Pour que reviennent les merles bleus

J'ai oublié le jour et l'heure, mais je n'oublierai jamais le sourire de mon... (Collaboration spéciale, Jacques Samson)

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J'ai oublié le jour et l'heure, mais je n'oublierai jamais le sourire de mon père lorsqu'il arriva chez nous, la voiture remplie à craquer de nichoirs multicolores, des nichoirs à merles bleus. Il me lança: «Fille, je ne serai plus de ce monde depuis longtemps et il te restera encore des cabanes pour remplacer celles qui seront trop vieilles.»

Mon mari et moi avions installé, quelques années auparavant, des nichoirs à hirondelles et leur succès avait été tel qu'à peine les poteaux plantés dans le sol, plusieurs hirondelles virevoltaient pour essayer de s'y installer. Toute cette faune ailée égayait nos promenades autour des petits étangs près desquels nous les avions installés.

Notre intérêt pour la nature et les oiseaux nous avait amenés à espérer pouvoir ramener des merles bleus dans cet environnement. J'avais lu un article dans le Canadian Geographic qui traitait de différentes façons de réintroduire des espèces dans un environnement donné. Cette philosophie dans l'article m'inspirait beaucoup: «Préparez le terrain, conservez les habitats, ce qui pourra y revenir reviendra.» Nous avions des champs, des boisés et des arbres à différents stades de vie, de l'eau, des insectes... Nous nous faisions un devoir de laisser la nature s'installer, de la laisser choisir les plantes qu'elle préfère pour garnir les bords de fossés. Quelques petits nichoirs seraient un beau complément... Et puis, qui sait quelles surprises la nature peut nous réserver!

Mon mari s'était procuré un plan avec l'intention d'occuper les quelques heures qu'il pourrait trouver dans son horaire chargé pour bricoler une ou deux cabanes. Papa, qui avait été aux premières loges du projet «hirondelles», nous avait emprunté le plan. À peine deux ou trois semaines plus tard, il était là, tout sourire, avec le fruit de son travail: des tas de nichoirs et tout ce qu'il fallait pour en installer une dizaine. Il nous fallait maintenant attendre et espérer.

Chaque année, papa débarquait à la maison et on faisait la tournée de toutes nos cabanes; on réparait, nettoyait et remplaçait au besoin. C'était un rituel sacré, une de ces journées où le temps se suspend, où tout n'est que plaisir. Environ deux années se sont écoulées après la pose des nichoirs, jusqu'à ce qu'un jour de printemps on aperçoive, perché sur une corde de bois dans le champs, un petit oiseau au plumage bleu azur sous le soleil: notre attente était récompensée. Depuis, c'est par dizaines que nous les voyons se rassembler en fin de saison dans les champs pour se rassasier avant de nous quitter pour l'hiver.

Il y aura bientôt 10 ans que papa n'est plus avec nous. Au printemps dernier, par une froide journée du début avril, alors que je venais de solidifier un nichoir qui avait subi les outrages de l'hiver, j'ai aperçu sur un piquet de clôture un petit mâle merle bleu, venu sans doute en éclaireur. Je me suis surprise à sourire à ce cadeau inestimable. À mesure que les années s'ajoutent au compteur de nos vies, nous éprouvons de l'inquiétude pour la suite des choses. Que restera-t-il de tout cela après notre départ? Je ne peux qu'espérer qu'il en soit de nos vies comme de la nature : «Préparons le terrain et ce qui doit revenir y reviendra.»

Andrée Léveillée

Saint-Nicolas

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