Travailleuses du sexe: s'anesthésier : jamais!

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En réaction au texte «Les prostituées s'exposent à la mort à petit feu» du journaliste David Rémillard

Judith Trinquart, médecin légiste et de santé publique, dit que les travailleuses du sexe «s'anesthésient» inconsciemment et que notre espérance de vie est de 40 ans.

Je me demande de quelles travailleuses du sexe elle parle? Celles de la rue, qui représentent 3 à 4 % de toute l'industrie du sexe au Québec?

Étant moi-même escorte depuis huit ans, ayant commencé à travailler à 32 ans, militante pour nos droits et notre sécurité depuis sept ans et ayant plusieurs amies dans le métier, j'ai une bonne vue d'ensemble.

Pour ma part, je ne me suis jamais anesthésiée, d'aucune façon. Je suis une hyper sensible, je ressens tout et je veux continuer à tout ressentir, ça me protège justement des blessures. Je préfère guider mon client et lui montrer ce que j'aime me faire faire. Chaque femme est différente et unique. Les clients ont la phobie des femmes qui pourraient faire semblant, alors j'en profite pour les instruire. S'il faut changer de position, ou leur montrer comment mieux bouger le bassin et comment m'exciter, c'est dans mon intérêt de le guider. Le client réalise que le sexe devient meilleur et il devient par la bande un meilleur amant.

Quand un client nous fait mal involontairement, qu'est-ce qu'on fait? On lui dit ou on attend que ça passe? On change de position sans lui dire? Il y a une manière de dire et de faire les choses. Diplomatie et courtoisie sont de mise.

Certaines femmes vont endurer le mal, attendre que ça passe. Celles qui font ça, je suis en maudit après elles et je considère qu'elles travaillent mal et qu'elles font exactement ce qu'il faut pour détester le métier. D'autres copines, quand un client leur fait mal, elles vont lui refaire le même geste qu'il vient de faire. Alors si le client avait fait ça inconsciemment, il redevient conscient assez vite merci. Pour ce qui est de nos façons de réagir à une difficulté, nous sommes très créatives, on s'échange nos trucs, on en invente et on les adapte au besoin.

Un client qui nous ferait mal volontairement, il perdrait le droit de nous revoir et on peut même abréger la rencontre s'il n'est pas respectueux ou trop dur dans sa façon de nous toucher, s'il n'arrive pas à s'ajuster. J'ai déjà remboursé un client après 10 minutes de service. Je lui ai dit que j'étais trop sensible.

Il y a plus ou moins de cours de sexualité dans les écoles, et pas grand chose qui existe pour le côté pratique. Je nous considère dans bien des cas comme étant des thérapeutes sexuelles, des sexologues côté pratique.

Ce qui m'étonne un peu, c'est tous ces articles qu'on voit circuler sur les bienfaits du sexe. À quel point ça guérit tout. Mais dès qu'on parle de nous, on n'est que des victimes? Environ 80 % des hommes qui viennent nous voir sont en couple ou mariés. Ce sont les mêmes hommes que d'autres femmes fréquentent également. Si ces hommes sont corrects avec elles, pourquoi ils ne le seraient pas avec nous? Beaucoup de clients ont compris que pour avoir un bon service avec nous, ils doivent être très respectueux et gentleman.

Amélie Jolie, courtisane

Laval

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