Les «jeunes» pensent trop à faire la belle vie... vraiment, M. Legault? Nous ne sommes pas réellement étonnées d'entendre ce genre de préjugé, ce n'est pas la première fois. Nous comprenons même le «clash» vécu entre certains baby-boomers qui sont confrontés à la manière totalement différente de penser des nouvelles générations de travailleurs, qui eux, ne se reconnaissent pas dans leurs modèles de gestion. Entendre ces généralités appuyées par un aspirant premier ministre, c'est ça qui est inquiétant.
Dans notre entourage, nous voyons des jeunes entrepreneurs (qui occupent souvent un autre emploi à temps plein), des professionnels et des travailleurs qui ont envie de contribuer. Qui sont prêts à tout donner quand on sait leur faire une place, les impliquer et les motiver. Quand ils sentent que ce qu'ils font vaut la peine.
Votre désir de voir le Québec suivre le pas des Japonais, M. Legault, n'a rien de mobilisateur pour nous. Vous aimeriez que le Québec réplique et copie - à retardement - des recettes déjà vues. Or, pour se démarquer, il faut encourager les Québécois à réinventer, à innover, à trouver leurs propres solutions. À créer un modèle. Celui qui, peut-être, sera copié par d'autres. Vous ne croyez pas que la génération la plus éduquée de l'histoire pourrait y participer?
Vous voulez que le Québec remonte la pente (imaginaire à plusieurs égards), mais ironiquement, ce que vous proposez risque plutôt de nous ramener à l'état de province-ouvrière, qui, trop occupée à imiter les soit disant «puissances» étrangères, en oublie de participer à l'écriture des règles du jeu. À la création du monde de demain.
La dernière génération à être arrivée sur le marché du travail (les 20-35 ans, ou génération Y) défend des valeurs bien ancrées, qui sont basées sur une vision globale du monde. Une vision d'avenir. Ces valeurs leur viennent de leurs parents qui, justement, les ont encouragés à se dépasser, à étudier, mais aussi de leur propre expérience du monde, de leurs propres observations et analyses. Nous nous surprenons du fait qu'on ne les félicite pas de ne pas se contenter de suivre la vague, de rentrer dans le moule sans se poser de questions. Après tout, ce serait ça, à nos yeux, la paresse.
Les jeunes défendent des valeurs d'épanouissement personnel et professionnel, de contribution, de créativité, d'équilibre et de santé (faire du sport, voir des amis, n'est-ce pas le meilleur remède contre un système de santé trop engorgé?). Ils ont horreur de perdre leur temps (surtout de 9 à 5), d'être passifs et de regarder le train passer. Ils ont envie de vivre pleinement. De se sentir vivants. Et comme le monde de l'emploi actuel ne cesse de les freiner par sa bureaucratie, ses politiques internes ou sa mauvaise gestion des talents, ils s'exaspèrent, s'éteignent un peu plus chaque jour et se résignent à faire au moins de leur vie personnelle une aventure à leur image. Le grand clivage, c'est que selon notre définition, la productivité ne se mesure pas en heures, mais bien en résultats.
À nos yeux, le meilleur ingrédient pour assurer la productivité, c'est la passion (les idées qui «poppent», même dans la douche!), la mobilisation et l'engagement, l'apprentissage en continu (certains diront la perte de temps), l'ouverture sur le monde (certains diront fuir la réalité), l'échange de points de vue et la connexion, et oh! la honte: le plaisir et le bonheur. Ou pire. L'autonomie et la liberté (lire flexibilité).
Les jeunes n'ont qu'une envie: se créer une vie à leur image. Parce que quand on travaille à créer un monde à notre image, basé sur notre identité profonde, sur notre connaissance élargie du monde et des courants émergents, on n'a pas l'impression de travailler. Résultat: on ne travaille pas seulement plus, mais beaucoup mieux. N'est-ce pas l'antipode de la mentalité qui mesure la productivité au nombre d'heures «punchées» sans vraiment se soucier de ce qui a été accompli entre les deux? N'est-ce pas la vraie définition - en 2012 - de la productivité? N'est-ce pas après tout l'ère du temps? La mondialisation, la formation de communautés d'intérêts, l'abolition des frontières imaginaires que sont le temps et l'espace?
Il n'y aura toujours que 24 heures dans une journée. Ce qui fera la différence d'un point de vue productivité, c'est l'intelligence, la connaissance et le désir d'accomplir quelque chose de grand. C'est ce qui anime celui qui entame sa journée. Et les Y, du moins ceux que l'on connaît, ne vivent que pour ça. Au lieu de les juger à distance, il serait peut-être le temps d'essayer de vraiment les connaître.
Élise Rousseau et Julie Tremblay-Potvin, jeunes professionnelles en communication qui aspirent à ce que le monde de l'emploi réponde mieux aux attentes et aux valeurs des nouvelles générations