Si rien n'est fait, il n'y aura pas de Soirée du hockey en ondes chez nous cet hiver. Le 31 juillet, après un an de sursis, CBC et la SRC a largué pour de bon la télédiffusion analogique.
Des millions de dollars pour entretenir une pléthore d'antennes dédiées à une technologie crépusculaire, pour 2% d'irréductibles: on veut bien, c'est intenable. La société d'État diffuse gratuitement en numérique non compressé par voie hertzienne; si on tient tant à CBC, il suffit de se procurer une nouvelle télé, ou le décodeur. Alors où est le problème?
Le problème est que la zone de couverture numérique est plus restreinte que la zone analogique - et de beaucoup. Depuis le 1er août, CBC diffuse par voie hertzienne au Québec qu'à partir de Montréal. Le signal ne dépasse pas Saint-Hyacinthe. Résultat: plus de hockey à la télé à Québec, Chicoutimi, Val d'Or, Sept-Îles, Sherbrooke... Déjà que la SRC, en abandonnant la Soirée du Hockey en 2005, nous a rendus orphelins de notre sport national, c'est décidément ajouter l'insulte à l'injure.
«Y'a le câble ou le satellite!» Tiens donc! Mais si on refuse? Passons sur l'irritant d'être réduit à engraisser un distributeur privé pour un service public, de surcroît quand le signal est gratuit en métropole. Passons sur le fait que le signal du câble est compressé. Passons même sur le fait qu'en fait de hockey, le câble nous rentre dans la gorge l'imbuvable RDS, dont l'accablante médiocrité fait douter de l'avenir même du Canada français. Le hockey à CBC c'est bon comme le hockey à la SRC dans le temps, dans le temps où la SRC avait l'intelligence de comprendre que le sport, c'est de la culture en mouvement.
Non; je refuse le maudit câble par principe. Ça scotche les enfants au sous-sol quand il fait beau. Ça nous happe malgré soi dans un maelström d'inepties entrecoupées de pubs abrutissantes. Ça nous englue dans une gangrène fascisante de «téléréalité» où le public participe au lynchage cathodique de pétasses siliconées et de brutes indigentes. Je déteste la télé. Profondément. Pas de ça chez moi. La télé publique pour suivre les séries au printemps et une soirée électorale à l'automne, c'est bien assez.
CBC démantèle sa dizaine d'antennes analogiques au Québec, dont celle de l'Île d'Orléans? Soit. Qu'elle les remplace par leur équivalent numérique. On a y a droit, c'est nos taxes. Je veux sortir la télé du placard le 6 octobre, gosser mon antenne, et entendre le vénérable Bob Cole décrire le premier but de Yakupov, avec les passes à Hall et Nugent-Hopkins. La même voix qui avait décrit les buts de Cournoyer et de Kharlamov au Forum en 1976; dans mon souvenir, la réception était neigeuse, les joueurs doublés de mystérieux «fantômes». S'il n'y a plus de «fantômes» en retransmission numérique, encore faudrait-il veiller à ce qu'ils ne disparaissent pas tout à fait de nos existences.
Philippe Navarro, Québec