J'ai été renversé par l'état désastreux de la conservation de l'église Saint-Coeur-de-Marie rapporté dans les pages du Soleil. Fermé depuis 1997, il est normal que le temple de style byzantin puisse subir les affres du temps. Mais à ce point?
Bien évidemment, quand un promoteur ne sait pas quoi en faire, que la municipalité rejette son projet de démolition pour faire place à un immeuble à condos modernes et que les coûts estimés d'un rénovation sommaire excéderont les 8 millions de dollars, on peut comprendre qu'on laisse le temps faire le travail. Hélas, un bien patrimonial important, doté d'une architecture unique est en train de sombrer. Assurément, on manque de vision.
Personnellement, j'ai un attachement à cette église. Raisons familiales, souvenir de jeunesse, etc. Par ailleurs, tout au long de ma carrière journalistique ou de communicateur, j'ai souvent déploré qu'on se rappelle peu de ceux qui sont passés avant nous, ceux qui bâti ou contribué à ériger le monde dans lequel nous prenons plaisir à évoluer aujourd'hui.
Stratégiquement situé à l'entrée du Vieux-Québec, au plus haut point géographique de la capitale, il serait ridicule de voir disparaître ce témoin de notre histoire. Pourquoi ne pas en faire un lieu de mémoire, une sorte de Panthéon des Grands Québécois.
Chaque année, la Chambre de commerce honore trois personnalités locales qui ont contribué à leur façon à développer la vie régionale. D'autre part, un groupe de sportifs anime un Temple de la renommée qui n'existe que virtuellement. Pourquoi ne pas regrouper ces organisations et donner un toit aux Grands qui ont marqué Québec.
Outre les communautés d'affaires et sportives, le monde culturel pourrait profiter du lieu et rendre hommage à ses icônes tels les Paul Hébert, Edwin Bélanger, Raoul Jobin ou Jean-Paul Lemieux. Une section pourrait être réservée aux universitaires et chercheurs. On pourrait notamment saluer l'oeuvre d'un Jean-Guy Paquet, ou du docteur Pierre Ferron. Les politiciens que sont les Gilles Lamontagne ou Jean Lesage y trouveraient leur niche comme la juge Claire l'Heureux-Dubé ou le coroner Stanislas Déry dans le secteur juridique.
Ce nouveau Panthéon pourrait abriter diverses sections et régulièrement, de nouveaux membres y seraient intronisés. Des expositions thématiques seraient également ouvertes aux visiteurs qui se recruteraient autant dans nos écoles que dans la population en général mais aussi, chez les touristes, nombreux à Québec.
De lieu de culte qu'il était, l'église Saint-Coeur-de-Marie reprendrait vie en lieu de mémoire, ce qui, ma foi, n'est pas si étranger l'un de l'autre. Et la mémoire étant précisément une faculté qui oublie, le Panthéon des Grands Québécois viendrait justement la raviver, à tout moment.
J'imagine que les efforts conjugués d'une fondation, des trois paliers de gouvernement, des grandes institutions ou entreprises et du public de même que de l'actuel propriétaire du site pourraient contribuer à boucler un budget d'implantation modeste, mais respectueux de notre mémoire collective que l'on souhaite vivante.
Je ne suis ni un promoteur, ni un administrateur. Juste un observateur privilégié de la vie de la capitale depuis près de 6 décennies. Et je suis triste de voir s'écrouler cet immeuble exceptionnel de la non moins exceptionnelle Grande Allée alors qu'une nouvelle et noble vocation l'attend sans doute, si quelqu'un saisissait la balle au bond. Je lance l'idée... comme çà.
Damien Rousseau
L'auteur a dirigé la programmation et l'information de stations de radios de Québec et de journaux hebdomadaires. Il a aussi été très actif au sein de groupes de gens d'affaires ou à vocation culturelle en plus de participer à la vie politique régionale.