En réaction au texte «Commération de la guerre de 1812 - Un conflit, deux versions» de la journaliste Annie Mathieu
L'article de madame Annie Mathieu paru dimanche est fort intéressant et démontre bien que si l'histoire repose sur des faits vérifiables, son interprétation peut être fort différente. C'est un peu comme regarder un verre à moitié plein selon quelqu'un et à moitié vide selon un autre, c'est pourtant le même verre et la même réalité.
En voulant célébrer cette guerre, le gouvernement Harper a au moins le mérite de faire en sorte que l'on parle de cette partie occultée de notre histoire. Que l'on en fasse une récupération politique d'un bord ou de l'autre, c'est une autre chose qui ne fait pas partie de mon propos.
Il faut se reporter à cette époque où la population du Bas Canada était plus importante que celle du Haut-Canada et pouvait donc fournir plus de troupes. Le Bas Canada, grâce au système de la Milice hérité du Régime Français pouvait lever plus de 50 000 hommes. On a d'abord eu recours à des volontaires. C'est la formation des Voltigeurs Canadiens (à noter qu'à cette époque Canadien signifiait Canadien Français). Une autre unité de volontaires, les Canadian Fencibles avait été recrutée en Écosse. Mais comme quoi, les Canadiens français n'étaient pas les seuls à déserter, les soldats de ce régiment ont déserté en masse et on a comblé les rangs en faisant appel aux Canadiens Français. Au début de la guerre, l'unité comptait plus de 600 hommes.
Le nombre de volontaires n'étant pas suffisant devant la menace et coûtant fort cher, le gouverneur Prévost a eu recours à la conscription. S'il est vrai que tous ne se sont pas présentés et qu'il y eut des désertions, on a quand même levé huit bataillons (plus de 5000 hommes). On a probablement tous un ancêtre qui en a fait partie.
Il y aussi quelques petits faits cocasses qui méritent d'être cités. Au quartier général, il y avait un officier qui agissait comme conseiller juridique : la capitaine Louis Joseph Papineau (le grand Papineau). Les autochtones ont aussi fait une contribution importante dans la défense du territoire. On avait formé une unité de «sauvages» (le mot n'était pas péjoratif à cette époque) commandée par des chefs autochtones mais encadrée par des officiers dont beaucoup étaient Canadiens Français. Le médecin de cette unité était Robert Nelson, un autre de nos Patriotes. Au début de la guerre, un officier de la Provincial Marine du nom de Rolette, né à Québec, a été le premier à capturer un navire américain au bord duquel se trouvait les papiers d'un général américain et le plan d'invasion du Haut Canada. Vous voyez, il n'y eut pas que Laura Secord.
Malheureusement, il y eut des perdants à cette guerre, ce furent les autochtones. La raison de leur empressement à se joindre aux Anglais et aux Canadiens était qu'ils voulaient protéger leurs territoires à l'ouest de l'Ohio, convoités depuis longtemps par les Américains. Le traité de Gand qui a mis fin à la guerre, n'a pas tenu compte de leurs revendications : les Anglais les ont laissé tomber!
La guerre de 1812 n'a pas été une guerre de haute intensité comme celle de 1914-18 ou de 1939-45, mais beaucoup de nos ancêtres y ont participé d'une façon ou d'une autre et elle fait partie de notre histoire nationale (aux deux sens du terme). Parlons-en, cela contribuera peut être à forger l'avenir.
Marcel Belleau, Québec