Lévis: bon sens et respect

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Vieux-Lévis... (Photothèque Le Soleil Érick Labbé)

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Vieux-Lévis

Photothèque Le Soleil Érick Labbé

Le Soleil

Faut-il avoir fait son Barreau pour lire un article de loi et le comprendre? Nul n'est sensé ignorer la loi, mais tous n'ont pas étudié le droit. Il est donc permis de penser qu'à la question qui précède, la réponse soit non. Prenons la chance de lire ensemble l'article 1467 du Code civil québécois et interrogeons-nous.

Voici: Article 1467

Le propriétaire, sans préjudice de sa responsabilité à titre de gardien, est tenu de réparer le préjudice causé par la ruine, même partielle, de son immeuble, qu'elle résulte d'un défaut d'entretien ou d'un vice de construction. [1991, c. 64, a. 1467].

Ceci étant posé, ma question est toute simple: comment puis-je lire cet article de loi et ne pas penser que quelqu'un, quelque part, l'a ignoré? Sans doute l'interprétai-je mal et tout croche, faute d'instruction. Mais plein d'autres questions me sautent à l'esprit soudainement: quelqu'un a-t-il cru que personne ne sait lire ni se poser de questions? Que des locataires ne pourraient s'être justement interrogés sur la portée de leurs recours en semblable circonstance? Quelqu'un n'a-t-il pas vu, par ailleurs, que durant des mois et des mois des bâtisses de notre voisinage ont été laissées portes et fenêtres béantes aux rigueurs du climat? Que cette situation entraîne petit à petit la ruine d'une construction? A-t-on réellement cru qu'on ne le répéterait pas tout haut, publiquement, et qu'on ne s'en indignerait pas?

L'abandon et la négligence - ne pas fermer les fenêtres et barrer les portes d'une habitation vide de ses occupants, c'est de la négligence, non? - sont deux modes de destruction lents mais bien réels. Or, qui a permis cette destruction? Comment? Mais plus important encore, pourquoi?

Quand la ruine évince (ceci étant une figure de style), n'y-a-t-il pas lieu de se demander: y-a-t-il eu préjudice?

Oups, encore des questions ennuyeuses.

À l'ère des stations spatiales et de la robotique intelligente, il semble que l'usage d'une serrure et d'une paire de clefs soient au-delà de la portée de certains. Alors qu'on a l'argent qu'il faut pour faire pousser des immeubles neufs, il semble que le prix du «plywood» à placarder à la quincaillerie du coin soit hors de prix. Réparer un éventuel préjudice est donc impensable. Troublant paradoxe. Difficile époque que la nôtre.

La manifestation apparente de certaines formes de pauvreté est saisissante. Être démuni, ne serait-ce qu'en apparence, du sens même du respect de ce que l'on possède est aussi très troublant. Mais au-delà des apparences, et pour utiliser un terme du vocabulaire légal, «nonobstant» la lecture et l'interprétation d'un article de loi, quand il pleut ou qu'il neige dans une maison, ou qu'un mur de brique menace de s'écrouler, nul besoin d'être savant ni devin pour comprendre que cela va ruiner cette maison. Et que la ruine d'une maison peut avoir des impacts sur la qualité de vies humaines non pas théoriques mais bien réelles.

Le bon sens et celui du respect, ça ne s'achète pas. Pour tout le reste, il y a... la loi.

Éric Fortier, résidant de la Côte du Passage

Lévis

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