Pour ou contre la grève des étudiants (5)

Une leçon retenue (Photothèque Le Soleil)

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Une leçon retenue

Au début des années 1970, au secondaire à Chicoutimi, nous aussi, on était beaux, on était grands, on était forts, et nous avions aussi décidé de débrayer en masse pour protester contre les conditions médiocres d'encadrement du corps étudiant de l'époque. Ça semblait une bonne raison.

Par ce beau matin, donc, après avoir demandé un permis de manifester et dévoilé le parcours prévu, les élèves de Dominique-Racine de Chicoutimi ont pris la rue, ont traversé la ville et le pont, et sont allés rejoindre les étudiants de Charles-Gravel à Chicoutimi-Nord. Puis, refaisant le chemin inverse, nous sommes retournés vers Chicoutimi pour aller occuper le centre Georges-Vézina, rien de moins. On n'allait toujours pas enfant-de-chienniser la vie des citoyens en bloquant les rues, hein?

En bout de ligne, nous avons eu gain de cause sur une partie de nos revendications, mais pas sur tout. Alors, bien que les autorités considéraient le dossier clos, nous, qui nous pensions encore beaux, et encore grands, et encore forts, on avait trouvé ça le fun de manifester. On a décidé de tirer l'élastique et de continuer la protestation.

La réaction des directions scolaires ne se fit pas attendre. Voyez-vous, à cette époque, les directeurs d'école avaient du courage (pour ne pas dire autre chose). En moins de deux, ils déclarèrent les deux institutions fermées, et ont mis tout le monde dehors. Pour réintégrer les cours, il a fallu se réinscrire, un par un.

De plus, on avait bien pris soin d'identifier les instigateurs de cette deuxième manif, et pour revenir aux cours, chacun d'entre-nous a du se présenter devant un comité et signer un document qui allait ainsi : Ou nous poursuivions nos moyens de pression, et refusions ainsi de continuer à fréquenter l'institution, ou nous acceptions de poursuivre notre session en nous engageant à garder la paix. Quien toé!

Moi et ma gang de petits leaders prétentieux, on a réfléchi vite, vite, vite, et vous savez quoi? Cette année-là, j'ai choisi d'aller chercher mon diplôme, et je me suis tenu bien tranquille jusqu'à l'été.

Daniel Paquet, Québec

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Investissement

Il y a peu, j'étais pour des frais de scolarité quelque peu majorés pour les étudiants. Mais depuis que je vois le gouvernement libéral du Québec dilapider l'argent des contribuables dans la construction d'amphithéâtre et de routes nordiques pour les fins de l'entreprise privée qui n'aura rien à débourser, j'en suis venu à la conclusion que les frais de scolarité devraient être abolis. Nos étudiants méritent bien plus qu'on investissent en eux, car ils représentent l'avenir du Québec et l'économie du savoir.

Normand Bourdon, Québec

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Abolir les étudiants?

Lorsqu'on entend les arguments du gouvernement, qui sont aussi repris par une part importante de la population, on pourrait croire que les étudiants sont les pires escrocs de la société, qu'ils sont en quelque sorte à la base de tous nos problèmes. Le sous-financement des universités, les abus de programmes sociaux, la surconsommation des jeunes, tous des prétextes qui encouragent le gouvernement à serrer la vis aux étudiants. Minute...

Les étudiants ont le dos large, mais il ne faudrait pas prendre tout ce que le gouvernement Charest dit pour du cash. La ministre dit que les étudiants doivent, comme tout le monde, faire leur juste part. Tout le monde s'entend pour dire que la classe moyenne en fait déjà assez. Or, la très grande majorité des étudiants sont issus de cette fameuse classe moyenne, tout comme leurs familles, et après avoir terminé leurs études, ils en feront toujours partie. Donc, augmenter les frais de scolarité comme proposé n'est ni plus ni moins que d'augmenter une fois de plus le fardeau fiscal d'une partie importante de la classe moyenne.

De plus, il est bien difficile de croire que tout le monde fait sa juste sur le plan fiscal, lorsqu'on étudie de façon très superficielle les impôts des grandes entreprises. Selon la Chaire d'études socio-économique de l'UQAM, entre 2004 et 2009, ce qui inclut les années du ralentissement é conomique, les 6 plus grosses banques canadiennes ont cumulé plus de 80 milliards $ de profit et n'ont payé sur ce montant qu'une faible moyenne de 20% d'impôt. C'est l'équivalent d'un vol en plein jour et ce avec l'assentiment des gouvernements qui ne sont pas assez contraignants avec les grandes entreprises.

Imaginez le nombre de milliards qui sont ainsi écartés de notre trésor à tous. Or, pendant ce temps MM Charest et Bachand tentent de faire passer les étudiants pour les pires abuseurs en leur imposant une mesure qui rapportera tout au plus 180 millions $ dans nos coffres. On est bien loin du compte des grandes banques.

Le sous-financement est lui aussi discutable. D'ailleurs, M. Charest est en contradiction sur ce sujet. Il nous laisse entendre que les frais de scolarité trop bas causent le sous-financement des universités québécoises. Par contre, il a affirmé en point de presse la semaine dernière que le Québec est l'endroit au Canada où l'on paie déjà le montant le plus élevé per capita pour soutenir le système d'éducation. Il y a là un problème: si l'argent est dépensé, mais qu'il ne se rend pas aux universités il doit bien se perdre quelque part.

Les associations qui représentent les étudiants ne demandent même pas de nouveaux investissements dans les universités, elles soutiennent que le simple fait d'enrayer la mauvaise gestion suffirait amplement à assurer la pérennité de notre système d'éducation.

Combien de fois ai-je entendu que les étudiants sont capables de se payer des équipements électroniques dernier cri et des voitures sports. Il est vrai que l'on vit à une époque où la consommation ne se fait pas toujours de façon la plus responsable. Les jeunes ont accès très facilement au crédit et certains d'entre eux (il ne faut pas généraliser) n'hésitent pas à dépenser sans compter pour se procurer les plus récents gadgets sur le marché. Cependant, il est très important de faire la part des choses, ce n'est pas parce que certains étudiants sont en mesure de se procurer des produits de luxe, qu'il est justifié d'en soutirer davantage à ceux qui sont parmi les moins favorisés. Certes, la surconsommation chez les jeunes est un problème mais il faudrait s'y attaquer de la bonne façon, limiter l'accès au crédit serait un très bon début.

Les étudiants livrent une bataille importante et pas uniquement pour le milieu de l'éducation. Ils proposent des solutions qui amélioreraient le sort de l'ensemble de la classe moyenne et rétabliraient légèrement l'équité social. Soutenons-les et unissons-nous à eux pour le bien-être de tous!

Alexandre Côté, Beaupré

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Les recteurs nous mentent-ils ?

Les recteurs des universités québécoises sont tous des scientifiques. Pourtant, lorsqu'il est question d'une hausse des droits de scolarité, ils oublient comme par magie de consulter ce que nous dit la science. Afin de se donner les moyens de leurs ambitions pharaoniques (campus de l'Université de Montréal à Outremont, campus de l'Université de Sherbrooke à Longueuil, Îlot Voyageur, etc.), ces derniers n'hésitent pas à contredire ce que nous enseignent les études universitaires sur l'accessibilité et la réussite aux études supérieures.

De fait, les recteurs, réunis au sein de la Conférence des recteurs et des principaux du Québec (CREPUQ), partagent l'idée selon laquelle la hausse radicale des droits de scolarité n'aurait pas d'impact sur l'accessibilité aux études supérieures. Pourtant, les recherches nous disent le contraire. Une recension de la littérature effectuée par le Conseil des ministres de l'Éducation du Canada (CMEC), conclut: «toutes les études sérieuses démontrent que les hausses des droits de scolarité ont un impact sur l'accessibilité aux études». D'autres études démontrent hors de tout doute qu'une hausse importante des droits de scolarité modifie la composition de la population étudiante en faisant diminuer de façon marquée les étudiants provenant de milieux socioéconomiques défavorisés.

Le manque de scrupule des recteurs ne s'arrête pas là. La CREPUQ n'hésite pas à présenter un portrait bien parcellaire du financement universitaire. En excluant les fonds de recherche et d'immobilisation de leur calcul, la CREPUQ présente un portrait comparatif noirci des universités québécoises par rapport à leurs homologues canadiennes. Pourtant, lorsqu'on inclut ces données, le financement par étudiant est plus élevé au Québec que dans le reste du Canada ! On en comprend que les universités québécoises souffrent davantage d'une mauvaise utilisation des budgets disponibles que d'un sous-financement chronique. Les recteurs, qui se targuaient il y quelques années d'être les plus grands promoteurs immobiliers au Québec, devraient en prendre bonne note.

Bernard Bérubé, président de la Fédération du personnel professionnel des collèges (FPPC-CSQ)

Mario Beauchemin, président de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ)

Marie Racine, présidente de la Fédération du personnel de soutien de l'enseignement supérieur (FPSES-CSQ)

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Faut-il être entêté !

Je suis étudiant en médecine à l'Université Laval. Comme vous le savez sans doute, notre association étudiante, le RÉMUL, a voté le 19 mars dernier en défaveur d'une grève générale illimitée. Plusieurs raisons expliquent que je décide d'écrire aujourd'hui ces quelques lignes. Premièrement, la tristesse m'envahit depuis que connais l'issu de notre vote. Deuxièmement, il m'est impossible de me taire devant l'aveuglement croissant du gouvernement.. Troisièmement, la manière de gérer un État est de moins en moins convenable.

D'abord, la tristesse qui me transperce le coeur depuis le dévoilement du résultat du vote est de plus en plus insupportable. Je suis chagriné dans un premier lieu par l'hypocrisie dont ont fait preuve plusieurs de mes collègues. Au moment de l'admission en médecine, il nous est demandé de choisir quatre qualités qui nous décrivent bien parmi les neufs proposées. Dans celles-ci, on retrouve entre autres la capacité de compréhension de soi et des autres, la curiosité intellectuelle, la conscience sociale et du milieu, l'initiative et le sens des responsabilités. Ce sont effectivement des qualités qui aident à devenir un bon médecin et un bon citoyen en général. Je me demande toutefois où une majorité d'étudiants en médecine ont rangé ces belles valeurs lorsqu'est venu le temps de passer au vote. Il semblerait que ces belles valeurs qui nous animent au moment d'être admis en médecine ne veulent plus rien dire lorsque vient le temps de faire des choix de société... En second lieu, je suis triste pour les générations futures. Je serai médecin, mes enfants auront donc la possibilité de se rendre aux études supérieures sans se soucier de l'aspect monétaire. Je me vois toutefois déjà devant mon fils qui me demandera pourquoi est-ce que son ami Stéphane ne peut pas aller à l'université. Pourquoi, même s'il a d'excellents résultats et que ses parents ne sont pas pauvres, ne peut-il pas aller à l'université? Je m'imagine lui dire: «Parce qu'il fait partie de la classe «moyenne», la classe qu'un ancien gouvernement, formé entre autre par Line Beauchamp, Raymond Bachand et bien sûr Jean Charest, a décidé de cibler lorsqu'il a été question de savoir qui devrait renoncer aux études universitaires.» En troisième lieu, je me sens triste pour toute la population québécoise de toutes époques. Je me sens triste pour ceux et celles qui se sont battus, qui ont parfois donné leur vie pour garder notre langue et nos valeurs de justice et d'équité intactes. Je me sens triste surtout pour ceux qui devront faire un choix de carrière en fonction du revenu de leurs parents, pour ceux qui rêveront en couleurs à devenir avocat, philosophe ou journaliste. Je ne me sens toutefois pas triste pour les Line Beauchamp, Raymond Bachand et Jean Charest qui seront pointés du doigt dans les livres d'histoire de 2212 pour avoir fait reculer le Québec d'un demi-siècle, avoir saccagé cinquante ans de précieux investissements et avoir rejeté les choix de société faits durant ces mêmes années comme on se débarrasse de nos vieilles chaussettes.

Ensuite, faut-il seulement être entêté pour refuser de constater l'ampleur du mouvement étudiant ainsi que la légitimité de leur requête ou l'aveuglement est-il aussi nécessaire? Peu importe les prérequis, notre premier ministre ainsi que ses acolytes le sont de plus en plus. En date du 21 mars 2012, il y a 220 000 étudiants qui sont en grève générale illimitée. Le 22 mars 2012, nous étions 300 000 en grève. Plus de 200 000 étudiants ont manifesté dans les rues de Montréal. Malgré tout, la ministre de l'Éducation refuse de discuter avec les représentants étudiants. Un de mes bons amis a marché un jour sur mes lunettes et les a cassées; je lui parle encore. Si les lunettes de la secrétaire de Mme Beauchamp ont été brisées il y a plusieurs mois, l'automne dernier, c'est dommage. Cela signifie-t-il qu'il faille rompre les ponts entre le gouvernement et la population de demain et que mon ami est un salaud? Si oui, les valeurs que cela implique ne sont certainement pas les miennes.

Enfin, certains croient que le Québec devrait être géré comme une entreprise, je crois qu'il devrait plutôt ressembler à une grande famille. Dans une famille, quand les enfants ont faim, les parents leur donnent à manger et lorsqu'ils ont soif, ils reçoivent de l'eau. Les étudiants ont soif de connaissance et veulent nourrir leurs esprits. Qui sommes-nous, en tant que société, pour refuser aux enfants d'aujourd'hui et de demain de si nobles ambitions? Si l'on voyait des parents bien manger et rationner leurs enfants, tout le monde s'écrierait avec raison que cela n'a pas de sens. C'est pourtant précisément ce que le gouvernement tente de faire à l'heure actuelle. Je m'imagine très bien Jean Charest à table avec ses trois enfants: «Bon, désolé les enfants, il ne reste plus de pâté chinois parce que papa a tout mangé tout à l'heure.» À ceux qui réponderont à cela que l'État est plutôt une «business», je leurs répondrai qu'il n'est pas géré comme tel non plus. Une entreprise a comme but de faire de l'argent, pas d'en perdre de plus en plus comme ce sera le cas en diminuant le nombre de gradués universitaires. Aussi, ses dirigeants ne souhaitent généralement pas passer sous le couperet aux prochaines élections du conseil d'administration comme ce sera fort probablement le cas aux prochaines élections provinciales.

Je terminerai cette lettre en appelant toute la population étudiante à ne pas perdre espoir, à continuer de se battre. Nous ne sommes pas au casino et les jeux ne sont pas faits, même si notre gouvernement semble vouloir jouer à la roulette avec notre avenir. Comme on dit on hockey, il faut donner le deuxième et le troisième effort, car «c'est pas fini tant que c'est pas fini».

Louis Verreault-Julien, Lévis

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Si c'est bon pour les mines

Le gouvernement Charest prête flanc à bien des critiques, mais difficilement à celle d'être incohérent en matière économique. Baisser les impôts des particuliers suite aux transferts de péréquation provenant du fédéral, parallèlement à une hausse des tarifs des services publics reste tout à fait logique dans l'esprit libéral traditionnel. Qui jouit d'un bien (ou d'un service) de façon individuelle doit en payer la facture. C'est ce avec quoi on nous rabâche les oreilles depuis plusieurs semaines.

Le titre de la trilogie budgétaire de Raymond Bachand aurait pu être De l'utilisateur-payeur ou Guide pour payer sa juste part en société. Cependant, une petite note discordante vient cette fois jeter une ombre au tableau.

Dans son budget 2012-2013, le gouvernement propose une réforme du système de redevances pour les minières qui salivent apparemment déjà devant les opportunités incroyables que leur offre l'évanescent Plan Nord selon les dires de nos dirigeants. «Comment ça fonctionne, cette affaire là que les redevances?» me dites-vous?

Premièrement c'est assez compliqué pour en perdre son latin et ses maths de secondaire 1 mais ensuite, c'est surtout une façon assez subtile pour le gouvernement de nous dire: «l'État québécois recevra sa juste part. Cela dit, après que les dirigeants des minières auront été payés et que des dividendes auront été versées aux actionnaires». En d'autres termes, l'État, au lieu de charger un prix fixe pour les matières extraites de notre sous-sol (x dollars par tonne de métal), demandera une redevance sur les profits engrangés par l'exploitation de nos ressources.

Jusque-là, ça se tient. Grosso modo, le gouvernement assume le risque de ne pas être payer si les minières ne font pas de profits et espère que certains gros joueurs feront assez de profits pour en retirer la fameuse juste part.

Et c'est là que je décroche. D'un côté, on me dit que le gouvernement répartit le risque et fait en sorte que les plus petits joueurs de l'industrie minière ne soient pas indûment touchés s'ils ne réussissent pas à faire des profits. Comment se fait-il que, de l'autre côté, on demande à tous les étudiants de payer le même prix pour les services qu'ils reçoivent et ce, indépendamment des bénéfices économiques qu'ils en retirent?

Si le gouvernement espérait pouvoir continuer de se draper des beaux mots que sont cohérence et justice, il nous aurait servi les mêmes mesures pour les minières et pour les étudiants. Présentement, les minières rentables paient tandis que les moins rentables sont exemptés de payer les redevances. Les étudiants, eux, paient tous le même prix pour s'acquitter de leurs frais de scolarité et ce, peu importe si leur investissement leur garantie une plus-value ou non. Si le gouvernement était cohérent, il examinerait la possibilité de faire payer un impôt post-universitaire aux seuls étudiants qui atteignent un certain seuil (c'est le principe du bénéficiaire-payeur) comme il le fait actuellement avec les minières, et exempterait les autres étudiants de cette hausse. Mais plus le temps avance et plus ce gouvernement semble perdre le goût de la cohérence et de la justice.

Jean-Christophe Bédard Rubin, étudiant en droit et en philosophie, Université Laval

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