Faites des choix, faites les bons !
Lettre à la ministre de l'Éducation Line Beauchamp
Un jour, je fus étudiante, comme bon nombre de personnes au Québec me direz-vous. Et comme plusieurs personnes aussi, une fois sortie de l'école secondaire, du haut de mes 16 ans, j'ai dû faire des choix. Choisir ce que je voulais devenir «pour toute la vie», puisque c'est bien là l'image que l'on se fait du marché du travail à cet âge. Et comme plusieurs, moi aussi, j'ai utilisé la technique de l'essai et de l'erreur pour trouver finalement ma voie. Résultat: 5 années passées au cégep, un diplôme pré-universitaire et un diplôme technique en poche. Mais voilà que du haut de mes 21 ans, je dois faire d'autres choix qui concernent, une fois de plus, le dossier «pour toute la vie». Mon expérience technique avait été satisfaisante, j'avais somme toute bien réussi lors de ces années. Bref, une porte universitaire aurait pu s'ouvrir devant moi pour pousser plus loin mes études en travail social.
Je n'ai jamais étudié à l'université. C'est le choix que j'ai fait, il y a de cela 8 ans. Du haut de mes 21 ans, les 13 000$ accumulés en dette étudiante lors de ces 5 années collégiales m'avaient convaincue: pas question de commencer à travailler «pour toute la vie» avec 30 000$ à rembourser! Cette vision me semblait déprimante, décourageante. De plus, la voie que j'avais enfin trouvée ne m'aurait probablement pas permis de gagner un salaire annuel plus élevé que l'ensemble de ma dette étudiante si je m'étais permis de faire un baccalauréat. Je ne suis pas en train de dire que les études universitaires sont la voie de l'avenir, mais bien que déjà, il y a de cela plusieurs années, des étudiantes et des étudiants ont fermé la porte à ces choix par manque d'accessibilité.
À chaque jour, à chaque fois que vous refusez de revenir en arrière sur cette hausse des frais de scolarité, vous faites le choix de fermer la porte encore et encore à de nombreuses personnes. Vous faites vous aussi des choix qui, malheureusement, nous montrent que le Parti libéral du Québec préfère prendre le parti d'entreprises fortunées pour le Plan Nord plutôt que de s'occuper de l'avenir des étudiants et étudiantes et de ceux et celles qui le seront un jour.
Marie-Ève Duchesne, Québec
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Accordons nos violons!
Depuis des semaines,les étudiants font la grève contre une augmentation de 380$ des frais de scolarité pour une année. Je rencontre des étudiants d'ailleurs qui assument des frais nettement supérieurs et qui pourtant continuent leurs études.
Je vois aussi que les téléphones intelligents, les Ipod.les Iphones ne sont pas l'apanage des vieux... et la publicité nous le montre régulièrement.
Bon vous n'avez pas assez d'argent pour accepter cette augmentation, soit. Mais là ou je me perds, c'est quand les profs des écoles et des universités vous appuient!
Y a-t-il des comptables dans les deux camps? Que ferez-vous quand les profs feront grève pour de meilleures conditions, de meilleurs régimes de retraite, voire même, des augmentations de salaire? Qui va en assumer la note ? Vous, étudiants, qui devrez crier de ne pas toucher à vos frais ? À mon âge, je sais que quand le gouvernement donne à un groupe des augmentations, des conditions supérieures, ce sont nos contributions qui assument. Nos taxes au Québec sont usurières, les malades voient leurs maladies s'aggraver faute d'un bon accès aux soins. Comment pouvons-nous équilibrer les revenus des individus afin qu'ils puissent vivre décemment. J'en ai aussi contre des primes de départs pour tout le personnel de l'État, primes qui sont honteuses comme par exemple celles accordées aux cadres de l'Université Concordia... ceux et celles qui font augmenter vos frais, chers étudiants.
Je veux une société juste, un équilibre entre pauvres et riches, j'en assume une partie par mes impôts et taxes, ce que je trouve correct, mais j'ai des limites et les gens de la classes moyenne aussi!
Parlons donc ensemble toutes et tous pour voir de nouvelles formules d'ajustement pour une société meilleure et un Québec capable d'assumer sa population. Je crois que c'est possible si on accorde nos violons.
Pauline Nault, Lévis (St-Jean-Chrysostôme)
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Pour construire une société prospère
Tout autour du monde, des études supérieures sont disponibles. Aux États-Unis, elles coûtent très cher alors qu'en France, elles sont gratuites, et tout le monde peut s'instruire. Au Canada, les coûts universitaires varient d'une province à une autre, mais dernièrement les coûts de la province de Québec attirent l'attention de bien des étudiants. La plupart d'entre eux sont contre la hausse annoncée des frais de scolarité de 325 dollars par an jusqu'en 2016-2017.
Endetter les étudiants, c'est endetter la société. Les frais ne devraient pas augmenter, car le gouvernement perdrait de l'argent en dépensant davantage, chose qui risque d'arriver avec la hausse des frais de scolarité.
Le gouvernement perd de l'argent
La hausse des frais de scolarité va sûrement décourager certaines personnes de poursuivre leurs études. Si on regarde le cégep, où 25 % des personnes inscrites décrochent , cela démontre qu'une grande partie de la population ne s'intéresse pas beaucoup aux études. En haussant les frais de scolarité, moins de personnes voudront poursuivre des études supérieures. Cela fera en sorte que les revenus de ces personnes moins éduqués seront moins grands, et qu'ils payeront moins de taxes, c'est le gouvernement qui en souffrira.
Le gouvernement dépense
Si plusieurs vont se décourager à finir leurs études, cela veut dire que les professions qui requièrent des études d'une dizaine d'années disposeront probablement de moins de personnel. Par exemple, un professeur universitaire doit étudier de longues années pour un salaire un peu plus élevé que la moyenne. Si les frais de scolarité augmentent, moins de gens iront vers des professions plus spécialisées et, comme les employés seront rares, le gouvernement devra hausser le salaire relié aux professions touchées pour attirer du personnel. C'est encore une fois le gouvernement qui devra éponger les problèmes, car rendu à un certain plancher d'emploi, le gouvernement ne pourra plus se permettre de réduire les postes.
Bref, en haussant les frais de scolarité, le gouvernement risque d'encourager plusieurs étudiants à se contenter d'études collégiales. En fin de compte, le gouvernement risque d'être perdant, car il recevra moins d'argent lié aux taxes et il devra hausser le salaire de quelques professions qui nécessitent des études supérieures. Tout cela pourrait être évité en haussant légèrement les taxes des compagnies les mieux nanties. De cette façon, tout un chacun contribuerait à la société de demain en fonction de ses capacités et de ses habiletés afin que la jeune génération puisse payer à son tour les frais de scolarité de la prochaine. Soutenir les étudiants, c'est construire une société prospère.
Emanuelle Makdissi, étudiante
Québec
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Merci aux artistes qui s'impliquent
Contrairement à certaines personnes, je tiens à remercier et à encourager nos artistes qui s'impliquent dans les différents dossiers d'actualité qui font avancer le Québec.
En effet leurs interventions amènent les Québécois à se poser des questions et montrent le côté de la médaille que plusieurs ne veulent voir. De cette façon, en connaissant le pour et le contre des différents projets, nos décideurs politiques sont obligés d'analyser davantage et de faire un choix judicieux.
Que ce soit pour l'eau, l'air, le sol ou comme c'est le cas ces temps-ci pour les étudiants en grève, j'admire ces gens qui osent prendre la défense du bien commun et qui n'ont pas peur d'affronter ceux qui les dénigrent publiquement.
Même s'ils n'ont pas de micros quatre heures par jour et cinq jours par semaine, ils réussissent à passer un message constructif. De ce fait ils contribuent à lancer des débats qui s'imposent dans notre société malgré les interventions inappropriées de ceux qui ne voient que le bout de leur nez.
Jocelyn Boily
Québec
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Sortie de crise
Loin de nous l'idée de s'immiscer au sein d'éventuelles - et nécessaires - négociations entre les associations étudiantes et le gouvernement du Québec, mais force est d'admettre que plusieurs éléments du présent débat vont à contre-courant du bon sens.
Ainsi, la justification de la hausse pressentie des droits de scolarité tirerait sa légitimité d'un certain sous-financement relatif des universités québécoises. Or, la méthodologie à la base de ce constat issu de la Conférence des recteurs et des principaux du Québec (CREPUQ), véritable juge et partie, est hautement discutable, voire malhonnête. Cette dernière, en excluant les fonds de recherche et d'immobilisation de sa comparaison, s'en tient à une analyse bien partielle des revenus et des dépenses des universités québécoises et canadiennes. Par ce stratagème, la CREPUQ en arrive à la conclusion que les universités québécoises souffrent d'un sous-financement de fonctionnement par rapport à leurs homologues canadiennes, un constat qui ne tient la route que par une manoeuvre comptable qui fait visiblement l'affaire de certains recteurs.
Selon les données du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), les universités québécoises, en tenant compte des fonds de fonctionnement, de recherche et d'immobilisation, dépensent plus par étudiant (29 242$) que leurs consoeurs canadiennes (28 846$)! Pourtant, plusieurs observateurs continuent d'accepter candidement et sans questionnement le sous-financement dont seraient victime les universités québécoises.
Certains rétorqueront que ces fonds proviennent de différentes sources et qu'un simple transfert n'est pas si simple, ce qui n'est que partiellement vrai. Or, voilà une tâche stimulante pour des états généraux sur les universités québécoises. De fait, l'occasion est belle pour jeter les bases d'une véritable délibération démocratique sur l'avenir et le fonctionnement de nos universités. Plutôt que de s'affronter par la voie médiatique ou celle des manifestations et des matraques, pourquoi ne pas permettre un réel espace de dialogue?
D'aucuns conviendront qu'il est pour le moins ubuesque d'exiger une hausse radicale des droits de scolarité, sous prétexte d'un sous-financement de nos universités, alors même que ces dernières ont globalement plus de moyens que leurs homologues canadiennes. La réflexion et l'analyse raisonnées des conséquences d'une hausse radicale des droits de scolarité doivent prendre le pas sur une décision improvisée et idéologique du gouvernement Charest.
Ce dernier nous répondra que cette discussion a déjà eu lieu le 6 décembre 2010 lors de la soi-disant «Rencontre des partenaires en éducation». Mais une seule journée de discussion autour d'orientations déjà planifiées peut-elle se qualifier comme étant un véritable débat démocratique? Où est l'urgence? Le devenir de nos universités, de nos jeunes et du Québec sont trop importants et méritent mieux qu'une discussion à la va-vite sur un coin de table.
Réjean Parent, président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
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L'Enfant roi
Enfant roi pas content...
Enfant roi fâché...
Enfant roi manifester...
Enfant roi faire la grève...
Enfant roi faire comme un gamin de quatre ans dans magasin à qui on refuse un jouet...
Pourtant...Enfant roi plein aux as :
«i-pod» + « i-pad» + «i-book» + « i-bière» + «i-smoke» + «i-car» + «i-touch» + «i-tech» + «i-Mac» + «i-ski» + «i-trips» + «i-ceci» + «i-celà» et patati et patata...
Pépé très «i-per déçu» de cette génération «i»...et demande à www.Maman.gouv.qc.ca de ne pas céder aux caprices de bébés gâtés.
Gilles Bilodeau, Québec
(Grand-père de cinq étudiants)
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Un choix de société
Lorsque la commission Parent dépose, en 1963, le premier volume de son rapport proposant la création d'un ministère de l'Éducation, Paul Gérin-Lajoie entreprend une tournée populaire de deux mois et demi à travers le Québec pour convaincre la population de l'importance de cette réforme. Devenu le premier ministre de l'Éducation en 1964, il poursuit sans relâche son travail, autorisant, entre autres, la création des polyvalentes et des cégeps, ouvrant de la sorte l'accessibilité aux études supérieures à tous les jeunes du Québec, excluant par ailleurs la gratuité au niveau des études universitaires.
Aujourd'hui, les étudiants inscrits à l'université se battent contre une augmentation de leurs droits de scolarité. À mon sens, cette lutte ne s'attaque pas au véritable problème en ce sens qu'elle devrait viser la gratuité scolaire au-delà du niveau collégial et englober les études universitaires.
À mon avis, il existe deux sphères politiques primordiales dans une société qui valorise le plein épanouissement de ses citoyens, à savoir la santé et l'éducation. Nous avons déjà au Québec un système de santé accessible à tous; pourquoi ne pas nous doter d'un système d'éducation similaire, compte tenu que l'éducation représente le fer de lance d'une société tournée vers l'avenir?
Le Québec est maintenant placé devant un choix de société. Il doit accepter d'assumer les frais encourus par cette gratuité s'il désire permettre à sa jeunesse de se démarquer mondialement et ainsi devenir une véritable nation reconnue pour ses compétences dans tous les domaines.
Henri Marineau, Québec
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N'oubliez pas, nous sommes en 2012
Ayant fréquenté l'université Laval de 2007 à 2011, j'ai encore un assez bon souvenir de ce qu'est peut-être la situation d'un étudiant. La mienne fût facilitée par le fait que je n'ai pas eu à quitter la résidence familiale, mais je suis lucide sur ma condition privilégiée et ce discours bidon selon lequelles étudiants vivraient luxueusement me met en colère. Le caricaturiste Ygreck du Journal de Québec illustre d'ailleurs ce discours avec ses manifestants étudiants qui s'achètent des billets VIP pour Madonna ou se bronzent dans le sud.
Pour reprendre le dernier exemple, je dois dire que je n'ai jamais vu d'épidémie de bronzage au retour des semaines de lecture. Mes observations valent ce qu'elles valent, mais je me demande bien d'où vient cette idée que des légions d'étudiants québécois partent dans le sud lors du «congé» de mi-session. Est-ce une distorsion du cliché du Spring Break américain ou bien une généralisation faite à partir des photos de voyage sur le Facebook d'une cousine de Joe Blow? Il y a sûrement des étudiants qui font bel et bien ça, mais je doute qu'ils soient si nombreux et que cela inclue de nombreux bénéficiaires des prêts et bourses.
À cela, je peux rajouter le «déchirage de chemises» au sujet des téléphones cellulaires et des ordinateurs portables. Or, nous ne sommes pas en 1992, ces produits ne sont plus aussi coûteux et sont loin d'être superflus. Le téléphone est toujours essentiel en 2012 et sa version fixe est souvent remplacée par le cellulaire. Être aux études sans posséder un ordinateur est un exploit. Je ne me mets pas la tête dans le sable et je ne fais pas dans l'angélisme. Des profiteurs et des utilisateurs irresponsables des prêts et bourses, il y en a. J'en ai seulement contre un mythe que brandissent certains partisans de la hausse des frais de scolarité.
Pour conclure, je tiendrais à rappeler de nouveau que nous sommes en 2012, et que ça fait longtemps que les étudiants universitaires n'appartiennent plus à des ordres religieux. Le discours que je dénonce sous-entend pourtant que les étudiants devraient faire preuve d'austérité monacale avant de faire la moindre revendication impliquant «l'argent des autres». Je me demande comment réagiraient les partisans de cette idée si ceux qui versent leur salaire leur reprochaient de ne pas vivre assez modestement.
Antoine Desgagnés, Québec
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La marchandisation de l'éducation
Les chercheurs Simon Tremblay-Pépin et Philippe Hurteau, de l'IRIS, nous rappellent que la hausse des frais de scolarité ne rapportera en définitive que 190 M$, soit 1,2% du budget du ministère de l'Éducation. Pourquoi imposer une mesure qui rapporte si peu tout en comportant un coût social si élevé ?
Pour comprendre, il faut recentrer le débat autour de la notion de la marchandisation de l'éducation. Le but véritable de la hausse n'est pas tant de financer une éducation de qualité que de développer une culture d'utilisateur-payeur. Derrière l'opposition gel-dégel se cache, plus fondamentalement, un affrontement entre deux visions: l'éducation comme marchandise et l'éducation comme droit financé collectivement.
Cet affrontement s'inscrit dans la tendance séculaire du capitalisme à transformer toutes les sphères de la vie sociale en biens de consommation permettant de soutenir l'accumulation du capital. L'historien Edward P. Thompson et l'anthropologue Karl Polanyi ont tous deux démontré comment l'essor du capitalisme a été conditionnel à un processus très contesté, et souvent violent, de marchandisation de la terre, du travail et des denrées alimentaires, qui a eu pour effet d'éliminer les régulations normatives traditionnelles et politiques de l'accès à ces biens.
Après la Seconde Guerre mondiale, alors même que les luttes sociales contribuaient à démarchandiser partiellement le travail, la santé et l'éducation, un grand nombre d'activités humaines telles que le sport, le sexe, l'art, etc. tendaient à être marchandisées. À l'ère néolibérale, cette tendance à la dépossession du bien commun s'accélère alors que les marchés du travail sont libéralisés et qu'une offensive visant - entre autres - la (re)marchandisation de la santé et de l'éducation fait rage. À toutes les étapes, un conflit.
Le cas ontarien
Ce processus a influé sur la façon dont les institutions publiques organisent leurs activités, tel que le démontre la restructuration de l'éducation postsecondaire en Ontario, qui pourrait bien laisser présager ce qui nous attend au Québec. Les frais de scolarité y sont les plus élevés au Canada - 6 307 $ par année en moyenne. En 1990, le gouvernement ontarien assurait près de 80% du financement des institutions postsecondaires. En 2008, 50,8 % de ce financement découlait des frais de scolarité.
Cette explosion des frais et le désengagement de l'État s'accompagnent d'une culture d'utilisateur-payeur. Mon expérience en tant qu'auxiliaire d'enseignement à Toronto me le démontre : les étudiants-es payent plus cher et s'attendent donc à recevoir de bonnes notes. Beaucoup sont là moins pour acquérir un savoir que pour rentabiliser un investissement, et ne s'en cachent pas.
Parallèlement, on place les institutions postsecondaires dans un contexte compétitif et on s'assure de «produire» l'éducation de la façon la plus «rentable» possible. Le gouvernement ontarien déposait ce mois-ci un rapport recommandant de réduire la durée du baccalauréat de quatre à trois ans et d'offrir plus du tiers des cours en ligne. Le but déclaré est d'accélérer l'obtention de diplômes universitaires et collégiaux, de façon à «améliorer la productivité des ressources financées publiquement».
La tendance est claire : transformer l'éducation en bien consommable, produit de façon «compétitive», et acheté (à fort prix) par des individus développant leur capital-humain afin d'augmenter leur valeur sur le marché du travail. Le souci d'une éducation de qualité, complète et diversifiée, et du développement d'un esprit critique, devient un archaïsme soluble dans la soupe du marché.
L'alternative
La rhétorique voulant que les étudiants-es doivent payer leur «juste part» représente une acceptation tacite de la marchandisation de l'éducation. La hausse actuelle annonce la suivante. Où tracer la ligne? S'il s'agit uniquement d'investir sur soi-même, alors, en toute logique, payer sa «juste part» pourra vouloir dire assumer individuellement l'ensemble des coûts liés à son éducation. À quand les frais à l'américaine de 30 000 ou 40 000 $ par an? La cogestion du «juste prix» de l'éducation est un cul-de-sac pour le mouvement étudiant.
La seule alternative viable à la marchandisation, c'est de se diriger vers la gratuité scolaire - implantée dans plusieurs pays européens. L'éducation est un droit. C'est un bien qui profite autant à l'individu qu'à la collectivité. Elle doit donc être financée socialement, par l'imposition des entreprises et par l'entremise d'un système d'impôt progressif qui fait en sorte que les plus nantis - qui ont souvent profité d'avantage du système d'éducation - assument une part plus élevée des coûts du système. Il s'agit de la façon la plus efficace, la plus simple et la plus «juste» de financer nos universités.
Mais cette alternative ne viendra pas du ciel. Elle exigera des luttes importantes et le développement d'un mouvement étudiant démocratique forgeant des alliances avec des mouvements sociaux et syndical revigorés. Espérons vivement que la grève en cours pourra contribuer à cela.
Xavier Lafrance, porte-parole de la Coalition de l'Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante Élargie, lors de la grève étudiante de 2005
Doctorant en science politique à l'université York
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J'en ai marre
Je suis en désaccord avec la hausse des frais de scolarité. Puisque l'éducation dans notre société a toujours été importante, elle fait partie de nos valeurs. Je ne veux pas la gratuité scolaire et ce n'est pas, non plus, ce que la majorité des jeunes désirent. Nous demandons seulement que le gouvernement prenne nos arguments en considération.
L'éducation est essentielle pour le futur de tous. Elle fait rouler l'économie du pays en grande partie. Ce n'est donc pas un investissement seulement pour la personne qui étudie. Le gouvernement ne veut pas investir dans le futur des jeunes, mais il ne se gêne pas pour investir dans celui de ceux qui le détruisent comme, par exemple, les prisonniers en prison. Ce qui est encore plus révoltant, c'est qu'il prend ces décisions-là dans les mêmes temps. On voit vraiment où se situent ses priorités.
Le gouvernement a toujours en tête les élections et va chercher les votes de sa population. Il sait très bien que, en majorité, les jeunes ne votent pas. Nous devenons donc les cibles de ses nouvelles décisions. Prenons, par exemple, la loi concernant l'alcool au volant. Pourquoi ne pas l'appliquer à tout le monde plutôt que seulement aux jeunes? Les jeunes ne s'impliquent pas assez politiquement.
Étant une société qui oublie très vite, il suffit qu'un de ces dirigeants nous fasse une nouvelle petite promesse, et hop, tout est effacé.
Puis, ceux qui donnent comme argument que: les jeunes sont riches, qu'ils peuvent profiter des prêts et bourses, ne savent vraiment pas de quoi ils parlent. La classe moyenne n'a pas accès à ce genre de prêt. Les riches auront, comme toujours, un avantage dans notre société. Même que là, ils sont grandement avantagés sur tout le monde dans l'éducation car étant aussi un choix stratégiquement politique, les riches vont être en accord, ils appuieront le gouvernement et en plus lui fourniront du financement.
Les jeunes d'aujourd'hui ne dépensent pas plus que ceux de la génération précédente, si on considère leur pourcentage de revenu dépensé, comme certains l'affirment. Depuis toujours, les jeunes consomment pour s'intégrer dans une société comme la nôtre. Ils devront travailler encore davantage pour compenser cette hausse. L'éducation en souffrira encore, car c'est prouvé que plus les étudiants travaillent en dehors de leurs études, plus leur taux de réussite est bas.
Je crois que la hausse est une cause qui se doit d'être défendue, mais en tenant compte des moyens que l'on prendra pour faire valoir nos idées et nos opinions sur le sujet. S'impliquer et s'assumer politiquement est, d'après moi, meilleur que de faire de multiples manifestations, des grèves ou du grabuge. Mais ça c'est juste mon opinion, ma façon de voir ces choses selon mes valeurs.
Une étudiante qui en marre,
Tania Noël Giroux, Boischatel
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Un discours simple
Avant d'affirmer si on a raison d'augmenterles frais de cours à 1'université, il faut constater que le domaine de l'instruction est divisé entre les classes de la société, les riches qui peuvent payer leurs cours, quel qu'en soient les coûts et financement, sans s'endetter; alors que ceux de la classe ouvrière, ou autre classe défavorisée, doivent emprunter pour faire leurs études. Pour finir endettés, une fois qu'il ont terminé. Il n'y a pas de différence au travail une fois diplômés. Les classe sont nivelées. Sinon que celui qui est endetté ne peut bénéficier de son salaire avant d'avoir payé sa dette au PC. S'il veut améliorer son train de vie.. Pour cinq ans d'étude, il peut s'attendre à rembourser au moins cinq ans.
Au Québec et au Canada, il ne devrait pas exister de classe d'étudiants. Démocratiquement, il ne peut exister d'équité si les niveaux et les modes de payements sont différents, comme payer rubis sur l'onde ou emprunter pour étudier. Il y a une seule façon de financer les universités, les collèges et l'enseignement des métiers. Taxer les employeurs du système: compagnies, cliniques, bureaux, industries, commerces, fabricants.
Soit une taxe d'étude, une taxe d'apprentissage à tous ceux qui profitent des diplômés formés
pour leur enrichissement. Augmenter le coût des cours divise la population étudiante en classe sociale. Financer les universités à même les revenus de ceux qui emploient est équitable et vraiment démocratique.
Prochaine étape pour la prochaine élection d'un gouvernement démocratique. L'université gratuite comme ce l'est pour les autochtones des Première Nations..
Daniel-Bertrand Bouchard, Bergeronnes
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Soyez donc «lucides»
Le débat en cours sur les frais de scolarité m'interpelle énormément. De un parce que j'ai vécu la même chose en tant que militante dans les années 80, mais aussi parce que j'ai une fille qui est au coeur des manifestations présentes.
De tous les avis que j'ai pu voir depuis le début du débat, ceux des différentes chambres de commerce et du Conseil du patronat me semblent les plus incongrues... Leur équation est simpliste: les universités manquent de financement, donc il faut que les étudiants paient plus!
Mais vous, grands pontes de l'économie, où êtes-vous dans le financement? Vous criez au loup sur le manque de main-d'oeuvre qualifée et sur le risque de voir le marché du travail souffrir des retraites massives. Mais où êtes-vous? Qui l'utilisera cette main-d'oeuvre? Vous.
En augmentant les frais de scolarité, combien d'étudiants ne pourront faire d'études supérieures faute de moyens? Et que dire de ceux des régions éloignées qui ont déjà un lourd fardeau à supporter et ceux dont les parents ne veulent pas ou ne peuvent pas payer leur juste part?
Je vous le dis, vous les bonzes, vous prêchez tout et son contaire. Soyez donc «lucides» (un de vos mots préféré) et réalisez que nous courrons tout droit vers un désastre si nous nous passons de cette force vive qu'est notre jeunesse.
Christine Lévesque, Lévis
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La hausse des frais de scolarité d'un point de vue citoyen
Je ne suis pas étudiante. J'ai trente-et-un ans, un emploi et deux jeunes enfants. Pourtant, le 1er mars, j'ai emmailloté mon plus jeune dans sa poussette et je suis allée marcher avec les étudiants pour protester contre la hausse des frais de scolarité.
J'ai d'abord remarqué que les étudiants présents ont en très grande majorité répondu à l'invitation au civisme lancée par la ministre de l'Éducation dans son communiqué. La plupart se sont même spontanément écarté devant ma poussette pour me laisser passer, parce qu'ils assumaient que je voulais traverser la manifestation pour me rendre quelque part. Pourquoi cette assomption? Sans doute parce qu'on avait annoncé dans les médias une manifestation étudiante. Le reste de la population, à tort mais de façon tout à fait compréhensible, ne s'est pas senti invitée à se mobiliser.
Parmi les étudiants qui ont compris que je manifestais avec eux, certains m'ont demandé si j'étais là pour défendre le droit à l'éducation de mon poupon. Je leur ai souri, mais en réfléchissant à ma situation, j'ai pris conscience du fait que ce n'est pas vraiment le cas. Avec un peu de chance - si je conserve la santé et mon emploi - mes fils feront sans doute partie des privilégiés qui pourront se permettre d'étudier en dépit des frais de scolarité élevés. C'était donc un peu pour les autres que je marchais, pour ceux qui, malgré toute leur bonne volonté et leurs efforts, ne parviendront pas à amasser les sommes qui seront nécessaires pour étudier quelques années. Mais je ne suis pas plus altruiste qu'une autre et j'ai aussi un intérêt dans l'affaire, comme tous les membres de la société. Je souhaite rappeler cet intérêt parce qu'il est souvent oublié derrière le discours selon lequel les intérêts des étudiants sont opposés à ceux des autres parce que ce l'on investit dans l'éducation, il faut l'enlever ailleurs.
D'une part, que l'on bonifie ou non les programmes de prêts et bourses, la hausse des frais de scolarité barrera l'accès aux études supérieures aux plus démunis. Cela impliquera que les futurs diplômés ne seront pas les gens les plus méritants parmi la population, mais seulement les plus méritants parmi ceux qui auront eu la capacité de payer. Désirez-vous que le médecin spécialiste qui vous soignera peut-être dans dix ans ait obtenu son diplôme parce qu'il était le meilleur candidat possible, ou seulement parce qu'il était le meilleur candidat parmi ceux qui pouvaient se permettre d'étudier? De façon générale, si l'on admet que notre société a besoin d'universitaires - d'ingénieurs, de spécialistes de la haute finance, de médecins, d'avocats et de juges, par exemple - et si l'on reconnaît qu'il importe à la société que les gens qui occuperont ces postes-clé soient les meilleurs candidats possibles, on doit conclure que la société ne peut se permettre d'exclure des études universitaires les gens intelligents et talentueux qui n'ont pas eu la chance de pouvoir payer les frais de scolarité.
D'autre part, si l'on accepte la hausse des frais de scolarité proposée, les programmes découchant sur des emplois lucratifs se populariseront au détriment des autres. Rares seront les étudiants qui s'endetteront de dizaines de milliers de dollars pour étudier la philosophie, la littérature, l'histoire, la science politique et même les sciences pures, ces disciplines qui souvent rapportent peu à ceux qui les pratiquent. Or, une société privée de ces intellectuels vivrait au jour le jour, sans avoir la possibilité d'apprendre de ses erreurs ou d'innover sur des sentiers nouveaux et indépendants des impératifs du marché. Elle sombrerait dans une nouvelle forme de barbarie, un état où tous les efforts de ses membres ne viseraient que la subsistance ou l'augmentation du bien être matériel.
Mais sans aller aussi loin, on peut facilement concevoir qu'une société dont les dirigeants, les enseignants et les intellectuels proviendraient uniquement de la classe des privilégiés anéantirait tout véritable débat d'idées, parce que les opinions se ressembleraient autant que les milieux dont seraient issus ceux qui les véhiculent. Dans un contexte où nous devons chercher ensemble où se trouve le bien commun, peut-on se priver de l'apport intellectuel de ceux qui ont une perspective différente parce qu'ils ont l'expérience vécue de ce que la classe aisée ou moyenne ne connaît que par ouï-dire? Il y aurait apparence de consensus, mais l'exclusion des plus démunis des débats publics ne mènerait pas à la paix sociale. Sous le l'eau calme de l'unanimité des opinions exprimées, on sentirait les remous d'une nouvelle lutte des classes. Une société dans laquelle chacun s'estime égal aux autres en dignité ne peut réintroduire des inégalités sans en payer le prix.
Ces arguments ne sont pas nouveaux. J'en ai d'ailleurs entendu plusieurs à la manifestation, mais ils n'ont pas passé des milieux étudiants à la population en général. Le jour où s'organisera une manifestation non pas étudiante, mais populaire, où des centaines de parents avec leurs poussettes, d'aînés et de gens dans leur habit de travail se joindront aux étudiants pour défendre cette cause qui nous concerne tous, le reste de la population - et le gouvernement à sa suite - comprendra peut-être que défendre l'égalité, ce n'est pas réclamer plus pour soi et moins pour les autres. C'est exiger ce qui est dans l'intérêt tous.
Caroline L. Mineau, Québec
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