Il y a différentes façons de pendre un homme. En 1838-39, douze de nos compatriotes sont morts sur l'échafaud anglais, dont Chevalier de Lorimier, pour s'être battus contre le despotisme anglais, en plus de ceux qui sont morts au combat comme le Dr Chénier à Saint-Eustache. En 1885, c'était au tour de Louis Riel d'être sacrifié à la cause «Canadian» après avoir voulu défendre ses compatriotes métis contre l'envahissement sauvage de leur territoire par le nouveau Canada.
Aujourd'hui, on utilise des moyens plus subtils pour écraser ceux ou celles qui continuent de se battre pour la cause québécoise. Voyons le dossier Gilles Duceppe. Voilà un autre de nos compatriotes qui s'est battu avec acharnement au Canada anglais pour faire reconnaître nos droits et exiger qu'on nous respecte à Ottawa tant du point de vue de notre langue que du respect de nos compétences constitutionnelles.
Le Canada anglais ne peut accepter qu'il puisse y avoir des Québécois honnêtes à Ottawa. Avec la complicité de nos nouveaux venus «French-Canadians» NPD, voilà qu'on accuse M. Duceppe «d'avoir utilisé frauduleusement les fonds publics à Ottawa pour payer l'un de ses adjoints». Naturellement, nos journalistes québécois fédéralistes sont vite tombés dans le panneau en reprenant les accusations comme si elles étaient véridiques, sans en vérifier les fondements. Heureusement le Devoir, de façon cependant bien timide, a remis un peu les choses en perspectives. «Duceppe aurait suivi les règles», titre-t-on dans l'édition du 24 janvier 2012. Pourtant, une fois que nous avons terminé de lire l'article et les règlement de la Chambre des communes, il aurait fallu écrire : «Duceppe a respecté les règles».
En effet, les règles de la Chambre des communes sont claires, même si elles laissent la possibilité à différentes interprétations. Une somme de 100 000 $ est allouée à chaque chef de parti reconnu «pour remplir des fonctions parlementaires additionnelles», dont des questions partisanes. M. Duceppe aurait pu engager une tout autre personne pour faire le travail alloué à M. Gardner et personne n'aurait eu à redire.
Pourtant, le NPD et les journalistes auraient d'autres chats à fouetter de ce temps-ci à Ottawa, beaucoup plus importants que le 100 000 $ de M. Duceppe. Pensons aux nombreux sénateurs nommés par M. Harper, qui nous coûtent des millions et dont le seul travail est de vendre les politiques des conservateurs, ou encore les 50 millions dépensés par M. Tony Clement dans son comté lors du sommet du G8 en 2010. Et combien d'autres encore?
Mais il fallait bien encore une fois tenter de discréditer l'un des nôtres et en conséquence la cause que nous défendons.
Lucien Lessard
ex-député du PQ 1970-1982