Ajouter Cantat au tragique de Sophocle?
Tout ce que Wadji Mouawad a dit lors de son entrevue à RDI vendredi dernier, est cruellement humain et déstabilisant. Cela nous questionne qu'on le veuille ou non.
Je me suis déjà prononcé en défaveur de la venue de Bertrand Cantat sur la scène du TNM. Mais l'homme a le droit de vivre et de prendre le temps de réfléchir à l'odieux de son geste posé sur une femme. Il doit le faire dans le silence selon moi, à l'écart et pour un certain temps encore et, surtout, loin des projecteurs.
Je suis en accord avec Wadji Mouawad quand il dit que Cantat ne peut être associé uniquement et à jamais comme celui qui aura tué Marie Trintignant. Il ne peut n'être que l'auteur de ce crime. Cantat peut devenir autre chose, mais il semble bien que revenir en arrière à titre de musicien soit une entreprise hautement délicate pour lui et pour la société. Mais cet homme ne voit sans doute pas de salut hors de son métier.
Une chose est certaine, ll ne doit pas devenir un symbole ni un prétexte pour renforcer le tragique de l'oeuvre de Sophocle. Il ne peut, selon moi, et à court terme, servir de maillon à une expérience théâtrale qui le confronte à la tragédie de sa propre vie. Le metteur en scène Mouawad envisageait ainsi la participation de son ami Cantat et espérait du même souffle provoquer une réflexion qui aurait ajouté à la symbolique de l'oeuvre de Sophocle. Comme il le mentionnait lui-même, encore, il aurait sans doute fallu qu'il explique bien avant le choix artistique impliquant Cantat à sa mise en scène. La réaction populaire des québécois aurait t-elle été la même? Qui sait?
Yvan Giguère, Saguenay
18 avril
------------
Hisser le drapeau blanc
En revenant sur sa décision de retenir les services de Bertrand Cantat, Mme Pintal a plié sous les pressions de juges d'estrades qui ont la prétention d'avoir le pouvoir de prolonger une peine à quelqu'un qui a déjà purgé la sienne aux yeux des tribunaux. À mon sens, le TNM, en agissant ainsi, cède malheureusement devant les pressions de propos lapidaires qui placent leur moralité personnelle au-dessus de nos valeurs humaines, entre autres, la possibilité d'une réhabilitation en société!
Henri Marineau, Québec
15 avril
------------
Humain, trop humain
La controverse entourant Cantat est venue illustrer, une fois de plus, notre grande difficulté à dissocier l'homme de l'artiste. C'est sans surprise que nous avons condamné l'artiste selon des considérations sentimentales, morales et humanistes alors que ce dernier devait être envisagé et jugé pour son travail artistique avant tout. Heureusement, le temps prendra soin d'évacuer les considérations humaines de l'équation et laissera place à l'essentiel. Ainsi, dans l'absolu, ce sera l'oeuvre musicale de Cantat que nous retiendrons. Le reste, j'en ai bien peur, est tristement secondaire. Pour preuve, se rappelle-t-on que Voltaire a financé l'esclavage ou que Rousseau a lâchement abandonné ses enfants? Si nous devions nous indigner et balayer du revers de la mains toutes les oeuvres pour cause qu'un de leurs créateurs est peu recommandable ou déviant, l'industrie de l'art irait à sa perte. Surtout que chez les artistes, ils sont nombreux à avoir leur part d'ombre, pour le meilleur et pour le pire. Au final, nous devrions être en mesure d'apprécier le travail d'un artiste qui nous déplaît humainement, même si, pour ce faire, nous devons nous amputer d'une partie de notre humanité. Il est nécessaire qu'il en soit ainsi, ne serait que pour apprécier une oeuvre à sa juste valeur. Malheureusement, plus souvent qu'autrement, la nature humaine carbure à l'émotion plutôt qu'à la raison.
Étienne Boudou-Laforce, Québec
12 avril
------------
Perdre ses illusions
Je suis de ceux qui ont applaudi l'audace de Wajdi Mouawad et Lorraine Pintal d'avoir embauché Bertrand Cantat, non pas l'homme, mais l'artiste. Malheureusement, en raison d'une campagne de salissage savamment orchestrée en coulisse par le gouvernement conservateur, Mouawad et Pintal ont reculé, de peur sans doute qu'Ottawa vienne couper ce qui leur reste de subventions. Dommage. J'ai toujours cru que la liberté artistique était non-négociable, question de principes et de convictions. Remarquez que je n'excuse pas le geste de l'ex-chanteur de Noir Désir qui a privé la France d'une excellente actrice en Marie Trintignant. Toutefois, si les artisans de la «radio peu belle» ont invoqué la liberté d'expression pour cautionner leurs propos aussi controversés soient-ils, pourquoi la même équation ne s'appliquerait-elle pas à nous, les artistes? Deux poids, deux mesures? Big deal! Ne pas applaudir un criminel, je veux bien. Mais Paul McCartney n'a-t-il pas déjà été arrêté à Tokyo pour possession de marijuana? Pourtant, 300 000 personnes l'ont acclamé sur les Plaines, il y a trois ans. Cela dit, je suis déçu de constater que le tandem Mouawad-Pintal n'a pas eu les couilles nécessaires pour aller plus loin... et j'y ai presque perdu toutes mes illusions!
Luc Vigneault, Québec
11 avril
------------
Bertrand Cantat et la «bien-pensance»
On s'est élevé contre le moralisme de Stephen Harper. Ne vient-on pas d'avancer beaucoup plus loin dans le cas du rocker de Noir désir?
Une autre pièce que celles de Sophocle s'est emparée de Bertrand Cantat et l'a plié à un rôle dicté par certaines hantises de notre temps. Ceux qui ont étudié la distribution des rôles dans une action, qu'elle soit romanesque ou théâtrale, se souviennent du schéma actantiel. Celui-ci s'applique également aux idéologies qui gouvernent les sociétés.
Dans le cas présent, nous aurions à un niveau supérieur et abstrait qui surplombe et inspire le drame réel une Religion de la femme qui veut la Femme absolue. Si l'on descend au niveau concret qui double le premier, le mouvement féministe et ses fidèles veulent le pouvoir. Dans cette quête, ils seront aidés par diverses forces, telles de nouvelles conditions de société, la complicité des pouvoirs politique, judiciaire et médiatiques, etc.
Mais des forces adverses s'opposeront à leur lutte dans une constellation serrée et honnie. Ce sont les survivants de l'ère patriarcale, l'hostilité vraie ou supposée des religions et divers personnages batteurs ou meurtriers des femmes.
Cantat a donc cristallisé dans la circonstance du cycle de Sophocle, et superposant une autre pièce à la première, la totalité des oppositions. Un meurtrier de circonstance est devenu le Criminel intégral capable d'assassiner la Femme tout court d'où la soufflure démesurée des réactions et le déchaînement d'une rare vindicte. Le drame de Vilnius, la beauté brute et animale du chanteur ne suffisent pas à expliquer ce choix de l'inconscient collectif. Des esprits que l'on croyait solides ont allègrement confondu le judiciaire et le jeu théâtral. Ce moralisme outrancier ne servirait-il pas d'exutoire et de diversion aux tragédies que le Québec s'avère incapable de dénouer?
Hubert Larocque, Gatineau
11 avril
------------
Démarche «réhabilitatoire»?
En réaction à l'éditorial «Oui à Cantat» d'Élisabeth Fleury
La défense que vous apportez à Bertrand Cantat tient bien davantage de l'élitisme et du traitement discriminatoire face à la caste artistique. Les privilèges qu'apportent la notoriété s'accompagnent de responsabilités. Le plombier n'a pas le prestige de l'artiste, mais, d'un autre côté, après avoir expié un crime, il pourra reprendre son métier... ce qui n'est pas le cas de l'artiste. Auriez-vous appuyé la production d'un spectacle sur l'exploitation sexuelle des enfants par... Guy Cloutier? J'en doute... même
si celle-ci était faite dans une démarche «réhabilitatoire». Parfois la réhabilitation passe justement par le deuil de sa carrière passée.
Michel Bellemare, Québec
11 avril
------------
Le choix tragique du TNM
La directrice du TNM, Lorraine Pintal, a défendu sur plusieurs tribunes le choix artistique du metteur en scène Wajdi Mouawad d'engager Bertrand Cantat et, a-t-elle précisé lors de la conférence de presse, elle n'a jamais pensé que sa décision de permettre à Cantat de faire partie de la programmation de la pièce de Sophocle, Des femmes, puisse créer un tel battage médiatique et populaire. Eh bien! Madame Pintal est bien naïve et manque de ce gros bon sens qu'on appelle le jugement. Aurait-elle permis à Guy Cloutier, pédophile notoire, de faire partie de la programmation? Je ne le crois pas. Pas plus que Julie Gagnon, actrice porno, ait sa place en éducation. Alors, comment une directrice artistique, au nom de l'Art, n'ait pas su préciser à Wajdi Mouawad qu'un batteur de femmes qui tue sa conjointe dans un moment de rage non contrôlée n'a pas sa place sur une scène artistique québécoise. Étrange dilemme. Enfin, en prenant tardivement la décision de ne pas inviter Bertrand Cantat à la représentation de la pièce théâtrale, Madame Pintal revient à la case départ et donne raison à Sophocle qui avait l'art de mettre en scène des héros confrontés à des choix moraux.
Augustin Réhel, Québec
11 avril
------------
Du Soleil dans ma journée
En réaction au texte «Oui à Cantat» de l'éditorialiste Élisabeth Fleury
Honneur à vous, Mme Fleury, honneur à votre journal, Le Soleil. Si on peut parvenir à dissimuler des élans d'humanité politiquement embarrassants derrière des interprétations hermétiquement logiques, l'essentiel, qui fait que l'on est une personne de valeurs et de sentiments appréciés de ses proches, finit malgré tout par transparaître et interpeler. Tel ce goût entre autres de laisser sa chance à l'autre, si différent et souvent trop vulnérable. Le climat ainsi privilégié contribue à aplanir, voire transfigure les rapports entre les divergences identitaires. Il accumule les énergies pour un meilleur demain. Les propos suivants vous sembleront peut-être d'une trop immédiate proximité, mais ce que je souhaiterais particulièrement serait de pouvoir couramment bénéficier, le matin au lever, de la générosité d'un quotidien dont les idiomes se distinguent à la fois par leurs élévations et leur progressisme. C'est votre façon la plus heureuse de mettre du Soleil dans notre journée.
Pierre Simard, Québec
8 avril
------------
Grand merci!
Madame Fleury,
Je suis féministe et militante pour la cause des femmes et milite contre la violence conjugale. Je partage cependant la position que vous avez prise dans le dossier «Cantat». Je vous remercie de l'avoir fait sur un ton rationnel et respectueux. Je souhaite que votre analyse de la situation rehausse le niveau de la discussion.
Louise-Andrée Poitras, Québec
8 avril
------------
Bravo !
Votre éditorial, Mme Fleury, apporte un brin de fraicheur dans le concert des cris que l'on entend sur le sujet, et ce, particulièrement de la part de certains politiciens à l'esprit étroit qui utilisent tout ce qui peut leur apporter un peu de publicité. Bien sûr, je ne veux pas banaliser l'acte que Cantat a commis, ce que je déplore aujourd'hui c'est la démagogie qui entoure la nouvelle. Bravo et merci!
René Lefebvre, Québec
8 avril
------------
Expiation et survie
Bravo Mme Fleury pour votre éditorial sur la venue de Bertrand Cantat au Théatre du Nouveau Monde. Je suis totalement en accord avec vous, Cantat n'est pas un criminel dangereux ni un récidiviste. Il a commis un crime pour lequel il a été puni. Devra-t-il resté caché pour le reste de sa vie parce que la société refuse de réhabiliter un pécheur repentant? Qui sommes-nous pour décider de son sort? Les groupes de défense des femmes sont montés aux barricades et s'insurgent contre la venue de Cantat. Oui, il est coupable d'homicide involontaire et cela constitue un crime grave, mais je vois mal comment sa présence ici pourrait constituer un danger. Ce n'est pas le meurtrier mais l'artiste que Wajdi Mouawad a choisi pour sa pièce Le Cycle des femmes. Et si Cantat a accepté, c'est sans doute qu'il y a vu une forme d'expiation pour son crime en même temps qu'une façon de survivre grâce à son talent artistique. Mme Pintal, n'écoutez pas ceux qui, par étroitesse d'esprit, pensent qu'il n'y a aucune réhabilitation possible pour celui qui a commis un crime.
Monique Boyce, Québec
8 avril
------------
Juppé et Cantat
En 2005, des Québécois avaient remué ciel et terre pour empêcher Alain Juppé de venir enseigner au Québec, parce qu'il avait été condamné pour une affaire d'emplois fictifs (mais avait évité la prison). Celui qui s'était le plus démené pour lui faire un deuxième procès en Nouvelle-France fut Gérard Bouchard, le chantre de l'interculturalisme, des accommodements raisonnables, le frère de Lucide Bouchard. La France nous avait trouvé alors passablement durs, avec raison.
L'affaire Cantat au TNM est de la même eau. Le Français a été condamné pour un homicide involontaire. Il a purgé sa peine et a été libéré dans un pays qui n'applique plus la peine de mort. Et voilà que nous lui faisons un deuxième procès en Nouvelle-France. Nous faisons durs avec notre moralisme malodorant. Je remarque qu'en général les commentaires masculins sont plus acerbes que les féminins. C'est le monde à l'envers.
Sylvio Le Blanc, Montréal
8 avril
------------
Illogique!
Alors, selon plusieurs, on peut battre sa femme à mort et être «réhabilité» après avoir purgé sa peine de prison en poursuivant son travail... mais on ne peut pas jouer dans un film porno, action tout à
fait légale, et garder son emploi! Qui trouve cela logique? Je suis désolée, mais il y a deux poids deux mesures dans la société. Les règles pour les «génies» artistiques et les règles pour monsieur et
madame Tout le monde. Je ne peux accepter que M. Cantat puisse continuer à faire ce qu'il aime sans problème en sachant très bien que, pour quelque chose de bien moindre, moi je le perdrais mon emploi. Qu'il assume et se recycle.
Mélanie G.-Gagnon, Québec
------------
Ébats sensationnalistes des médias justiciers
Jean-Louis Trintignant voue une éternelle haine à l'endroit de Bertrand Cantat, celui qui a causé la mort de sa fille et tout le monde peut le comprendre son état d'âme. Mais que Jean-Louis Trintignant veuille mousser et nourrir une haine généralisée à l'égard du meurtrier de sa fille, dépasse toutes les frontières de l'inacceptable, au chapitre des gratuités de la vengeance et à celui des très lourdes conséquences des vendettas. S'inspirant de la loi du Talion, Monsieur Trintignant se positionne en justicier. Il se substitue au système de justice, si imparfait soit-il. Par ailleurs, les médias voyeuristes et exhibitionnistes semblent incapables de mener un débat rationnel sur le sujet. Ils profitent de la notoriété de la victime et de la visibilité de ses parents pour multiplier des ébats viciés qui n'ont pas leur place, selon la logique du droit jugement, les dictées de la diffamation et les effets pervers et criminellement potentiels des vendettas. À toutes fins pratiques, Bertrand Cantat n'a rien fait d'autre que ce que font les saoulons et drogués québécois qui fauchent la vie d'innocents quidams et pour lesquels actes criminels même les récidivistes purgent des sentences bonbons dans la communauté, après quoi ils peuvent refaire leur vie, sans êtres marqués aux fers rouges des cribles harceleurs de médias et d'animateurs sensationnalistes, ne vivant que des fruits juteux des cotes d'écoute.
Gerry Pagé, Québec
8 avril
------------
Si ce n'était pas un artiste...
Depuis mon adolescence, je suis une fan de Noir Désir. Encore aujourd'hui, je prends plaisir à écouter les rythmes bruts de cette musique et les paroles à la fois connectées et brillantes écrites par Bertrand Cantat. Malgré tout le talent de Cantat, le fait est qu'il a commis un meurtre... La question qui devrait être posé à l'intelligentsia de la culture québécoise est : «Si Bertrand Cantat était éboueur, son geste lui serait-il pardonné si rapidement?» Je crois que le Canada ne devrait pas faire d'exception, la loi est la loi, et ce, même pour les artistes!
Linda Parent, Shannon
8 avril
------------
Réhabilitation ou adulation
Être une célébrité comporte de nombreux avantages, dirait-on: la réhabilitation ne passe pas, par exemple, par du bénévolat chez les femmes battues en Inde. Elle passe plutôt par les applaudissements reçus sur une scène montréalaise. Je ne pense pas qu'on puisse perdre notre titre de Champions du monde de la tolérance si on ne va pas l'acclamer. Vous avez le droit de le faire, remarquez, mais si c'est dans votre «palette mentale» d'y aller, vous aurez sans doute envie de préparer une soirée de gala pour Francis Proulx, celui qui a tué Nancy Michaud, l'assistante de feu le ministre Claude Béchard... Réhabilitation : oui. Adulation : non.
Michel Binette, Québec
8 avril
------------
Je n'en reviens toujours pas!
La vie d'une personne ne vaut pas grand chose... Quatre ans de prison pour l'avoir battue à mort. Wow! Et on dit que justice a été rendue.
Jean Bergeron, Nicolet
8 avril
------------
Ressaisissez-vous, M. Deltell !
Que vient faire l'Action démocratique du Québec dans cette galère? Que voulez-vous obtenir? Que désirez-vous? La peine de mort pour les crimes d'homicides involontaires? Refaire le procès des personnes déjà jugées par les justices compétentes étrangères? Si tant est, vous serez le juge ou le procureur du peuple? Pour l'instant vous êtes les deux, je ne vois là rien qui soit conforme à la justice. Votre motion déposée à l'Assemblée nationale se trouve à être tout sauf une action démocratique. La démocratie implique la justice.
Transformer une fois encore l'Assemblée nationale en tribunal pour juger in absentia un mis-en-cause sans rien prévoir pour qu'il puisse être entendu vous semble conforme aux règles les plus élémentaires de justice démocratique? Vraiment?
La rédemption et la réhabilitation sont des notions qui vous sont étrangères? Pas moi. La violence conjugale est un drame. La violence patriarcaliste est une tare. Que des victimes/bourreaux s'amendent est la preuve d'une prise de conscience sociétale essentielle. L'ostracisme et la stigmatisation ne font pas partie de la solution à ce drame personnel et sociétal qui nous touche.
Ressaisissez-vous! Vous errez dans les bas-fonds de l'obscurantisme le plus noir qui soit. Le Noir Désir, il est en vous, extirpez-le de votre coeur.
Luc Archambault, Lévis
7 avril
------------
Bertrand Cantat doit être retiré!
En entrevue à la télé cette semaine, Lorraine Pintal avait grand peine à expliquer le fait que le TNM avait embauché Bertrand Cantat pour participer à une de leur pièce de théâtre qui sera présentée lors de leur prochaine saison. Il est clair que cette situation embarrasse grandement la directrice artistique de cette institution théâtrale. Madame Pintal nous parlait de geste de rédemption pour ce meurtrier qui a tué sa femme, Marie Trintignant. Le chanteur de Noir Désir a été jugé pour son crime et a purgé sa peine.
Mais madame Pintal, avec tout le respect que je vous dois, sachez que j'aimais cette femme qui était pour moi une des actrices les plus touchantes du cinéma français. Sachez que j'aime tout autant son père Jean-Louis Trintignant qui ne se remettra sans doute jamais de cette tragédie familiale.
Sachez que j'aime les femmes et que je ne peux accepter que le moindre geste de violence soit fait à leur égard. Rien ne pardonne la violence conjugale, pas même l'alcool, pas même la drogue. Cantat a beau expliqué que son geste s'est fait sous les effluves de l'alcool, je m'en contre-fiche. Cet homme a commis un meurtre. Homicide involontaire ou pas, il a tué une femme.
Je demande à Lorraine Pintal et aux membres du conseil d'administration du TNM de faire en sorte que Bertrand Cantat soit retiré de la production théâtrale pour laquelle il a été approché. Cet homme pourra poursuivre sa réhabilitation loin des feux de la rampe, en espérant qu'il puisse trouver la paix et qu'il accepte de vivre avec le poids du crime qu'il a commis. Mais ne me demandez pas d'aller applaudir cet artiste dans un lieu public. Désolé je ne peux pas.
Yvan Giguère, Saguenay
7 avril
------------
Que celui qui n'a jamais péché...
...lui jette la première pierre! Il s'agit ici de l'épisode de la femme adultère dans l'Évangile. Une leçon profondément humaine qui peut être comparée aux lanceurs de pierres actuels en direction de Bertrand Cantat. Le crime commis par Cantat, tout comme celui de la femme adultère à l'époque, est odieux! Par contre, en vertu des lois actuelles, l'ancien chanteur du groupe Noir Désir a purgé sa peine. Comme dans le récit de la femme adultère, la décision des dirigeants du TNM nous invite à ne pas juger et encore moins à condamner les autres. Quant à Cantat, force est de constater que plusieurs fervents de la condamnation ont la main leste sur la lapidation!
Henri Marineau, Québec
7 avril
------------
Hymne au pardon
Pardon ou vengeance, qu'est-ce qui améliore une société? Un sage a déjà dit: oeil pour oeil finira par rendre tout le monde aveugle. En chaque homme il y a du bon et du mauvais. Chaque personne a un apport positif à apporter à la société. Après une faute, il faut donner la chance à la réhabilitation et, dans certains cas, plusieurs chances. Et c'est encore plus vrai quand on a affaire à un crime unique, si grave soit-il.
La société s'est donné un système de justice pour punir le crime. Trop faible pour les amis des victimes, trop sévère pour les amis des incriminés. Mais il est aussi très dispendieux, autant en coûts de système qu'en perte d'une force de travail, d'une perte de talents, souvent dans la fleur de l'âge.
Ou alors on peut choisir le retour à la barbarie, à la vengeance, répondre au meurtre par la peine de mort, à des crimes violents par des châtiments cruels. Compenser des peines trop faibles par des représailles perpétuelles par la population.
Quel châtiment satisfait les victimes? Lequel guérit la plaie? Les victimes vivent-elles mieux en cultivant leur soif de vengeance? Et ceux qui passent l'éponge et pensent à autre chose, n'est-ce pas plus libérant?
Je ne veux pas d'une société qui cherche à séparer le monde en bons et en méchants, pour s'acharner sur la partie la plus défavorisée de la société et leur créer un enfer sur terre. Miser sur l'incarcération, la haine, la mise au ban. Est-ce que ce sont là des caractéristiques d'une belle société? Agissez-vous comme ça dans votre quotidien, avec vos enfants, votre parenté, vos amis, vos collègues?
Mais ce crime est répugnant? Tant mieux. Belle occasion de mettre en pratique une approche réparatrice, basée sur l'amour et se détournant de la haine.
Jeannot Vachon, Québec
7 avril
------------
Pourquoi ce gars-là?
Hum! il y a un manque de jugement de part et d'autre. Je ne crois pas que ce serait différent si c'était en France, au contraire. Donc je comprends pas pourquoi on est allé chercher ce gars-là.
Lise Théberge, Québec
7 avril
------------
Il doit être non gratta
Ce personnage doit être non gratta au Canada ou partout ailleurs, c'est un criminel, même, si selon le code de justice, il a payé sa dette à la société en ayant fait son temps en prison, le minimum requis.
Il a tué une personne, une femme de surcroît, en utilisant la violence, la force d'un homme contre une frêle femme, un drogué, un asocial; il ne doit pas utiliser sa notoriété d'ancien chanteur pour se faire de l'argent sous ce prétexte.
C'est un criminel. Il a ôté la vie à une personne et il continue de vivre comme si de rien n'était.
Si vous permettez à cet individu de venir au Canada, il y prendra racine pour se faire une autre image, dehors les faux culs, donner la chance aux personnes qui débutent, qui font leurs premières armes, plutôt qu'à ce triste individu qui ne mérite aucun pardon, puisqu'il n'a aucun remords ni regrets de ses actes.
Joseph Malack, Toulon, France
7 avril
------------
Indécent de féminiser ce meurtre
Je trouve indécent cette féminisation de ce meurtre accidentel. Le meurtrier a payé sa dette, si j'ose dire. En France, pays des droits de la personne, personne ne trouve à redire sur le fait qu'il donne des spectacles. Des hommes et femmes politiques étrangères sont les bienvenus au Canada même s'ils laissent l'assassinat dans leur population se produire couramment, comme au Mexique, et bien d'autres pays. La pensée québécoise devient de plus en plus rétrograde.
Jacques Dautrême, Saint-Antoine-de-Tilly
7 avril
------------
Franchement....
Il a du culot ce Français!
Louise Warren, Québec
7 avril
-------------
Je n'ai qu'une question
Aurions-nous revu Bertrand Cantat s'il avait tué un enfant?
Diane Lapointe, Québec
7 avril
------------
Je ne comprends pas
Je trouve réellement déplorable toute la publicité concernant Bertrand Cantat en précisant bien qu'il a été condamné il y a quelques années pour avoir tué sa femme, madame Trintignant.
Il a payé pour «son crime» si c'en est un, et il peut continuer sa carrière. Pourquoi faire un tollé autour de cet artiste? En France, il n'en est même plus question. Sommes-nous plus catholiques que le pape? Je ne comprends pas. Ça prend du bien petit monde pour crier haut et fort qu'ils n'acceptent pas qu'il apparaisse au TNM. On pardonne bien plus facilement aux nôtres. Eux ce sont des Québécois et c'est correct. Arrêtons de voir la paille dans l'oeil du voisin et de ne pas voir la poutre dans le nôtre.
Céline Samson, Québec
7 avril
------------
On va vraiment aller l'applaudir ?
En tant que femme, je m'oppose fermement à ce que Bertrand Cantat soit présent sur la scène du TNM ou n'importe où ailleurs. Ce Monsieur a commis un geste de violence inouï et on va aller l'applaudir? Il a quand même la possibilité de se réhabiliter autrement qu'en faisant une prestation. Qu'il se recycle, comme beaucoup d'autres prisonniers ont dû le faire.
Cléo Baker, Thetford Mines
6 avril
------------
Présence inappropriée
Parfois et même souvent, le monde de l'information est une bête qui se nourrit d'elle-même. Juste le fait de commencer à en parler nous donne d'avance les réponses. Monsieur Cantat est un personnage public et je crois que sa présence sur scène au Québec n'est pas appropriée. Dans l'âme de plusieurs, laisser libre cours à ses activités professionnelles équivaudrait à refouler un mauvais sentiment qui vaut la peine d'être entendu. Se déplacer pour assister à un spectacle est en soi un geste d'amour. Difficile de dissocier dans ce cas l'artiste Bertrand Cantat et sa prestation sur la scène du TNM. L'humain est un être d'émotion, il ne faut pas l'oublier.
Roger Maltais, Québec
6 avril
------------
Bravo Pintal et Mouawad
Je suis étonné de la vive polémique déclenchée dans les médias depuis l'annonce de la participation de Bertrand Cantat à la trilogie de Sophocle au TNM. Toute personne peut faire des erreurs et se relever. Qui n'a jamais fait aucune erreur ?
Même les Français qui ont vu durant des mois dans leurs médias des photos et des détails du drame de Marie Trintignant et du procès ont réhabilité Cantat et l'applaudissent maintenant chaleureusement lors de ses spectacles live qui affichent complets.
Verlaine a été réhabilité après avoir tiré sur Rimbaud. Sa poésie est enseignée dans toutes les écoles. Chez nous, plusieurs personnalités dont Charron ont fait des erreurs et ont été réhabilitées par les médias et la société. Serons-nous, en 2011, encore si aveuglément et moralement «puritains»?
Ceux qui condamnent me semblent souffrir avec eux-mêmes. Ceux qui pardonnent me semblent être en paix avec eux-mêmes.
Pardonner libère, guérit, dépasse la raison, nécessite une grandeur d'âme et une volonté de transformer une situation négative en positive, en vue de la construction d'un monde meilleur. Sommes-nous capables de cela ?
Bernard Anton, Ph.D., Prévost
6 avril
------------
Manque de jugement
Les artistes aiment bien provoquer, c'est ce que vient de faire Mouawad. Pour Lorraine Pintal, qui n'a pas eu le courage de lui dire non, c'est un coup de publicité certain. Parlez-en en mal ou parlez-en en bien, mais parlez de moi.
Et actuellement, on parle du TNM. Sauf qu'en applaudissant le musicien, on va aussi applaudir l'assassin. C'est de la part de la directrice du TNM un total manque de jugement. Le meurtre, c'est trop grave pour qu'on le banalise à ce point.
Fernand Turbide, Ville Saguenay
6 avril
----------
Vous voulez réagir à ce sujet d'actualité, écrivez-nous à opinion@lesoleil.com. Votre commentaire doit être court et accompagné de votre nom, de votre adresse et de votre numéro de téléphone.