Cancer : environnement vs. malchance, round 2

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(Québec) BLOGUE / Il y a deux ans, à peu près tous les médias du monde avaient fait leur manchette d'une étude parue dans Science, qui était décrite comme prouvant qu'environ les deux tiers des cancers sont simplement dus à une certaine malchance. Ce n'était pas tout à fait ce que l'article disait, mais bon, c'est l'image qui s'était imposée. Or les deux auteurs (avec un autre) ont récidivé cette semaine, de nouveau dans Science, à cette différence près que cette fois-ci, c'est bien ce qu'ils disent : 66 % des cancers s'expliqueraient par les mutations qui apparaissent aléatoirement lorsque nos cellules se divisent, 29 % seraient causés par des facteurs environnementaux et 5 % auraient une origine «génétique». Et j'ai un peu de misère à les suivre.

Leur article est en libre accès (yé!), ceux qui veulent le lire au complet peuvent le télécharger ici. Essentiellement, l'exercice est le même qu'en 2015 : l'incidence des cancers selon le site (poumon, foie, cerveau, etc.) est mise en parallèle avec le rythme auquel les cellules-souches se divisent dans chacun de ces organes. Les auteurs - Christian Tomasetti, Lu Li et Bert Volgenstein, tous de l'Université John Hopkins - ont élargi leur analyse à 69 pays cette fois-ci alors que leur première étude se limitait aux États-Unis et ils ont aussi ajouté quelques types de cancer qui n'y figuraient pas, mais leur conclusion est la même : les tissus dont les cellules se divisent le plus sont ceux où les «erreurs» de copie dans l'ADN (les mutations) sont les plus fréquentes, ce qui mène à plus de cancers que dans les tissus où les divisions cellulaires sont rares. C'est ce qui explique pourquoi les cancers colorectaux sont plus fréquents que les cancers du cerveau, par exemple.

Tout cela est vrai. Là où je ne suis plus sûr de suivre, c'est que les auteurs se donnent beaucoup de mal pour démontrer que les erreurs de réplication de l'ADN ne sont pas incompatibles avec des causes environnementales, pour ensuite calculer la part de chacun, comme si les deux s'excluaient. Ces erreurs peuvent et sont souvent causées par des facteurs environnementaux, mais la méthode utilisée dans ce papier ne permet pas de séparer la part de l'environnement et la part de la malchance, ont d'ailleurs reproché des critiques de leur premier papier. En outre, parmi les critiques du second, on en trouve de très sérieuses, notamment de n'avoir tenu compte que d'une source de mutation (l'erreur de copie) alors qu'on sait très bien qu'il y en a d'autres (fusion de gènes et mauvais nombre de copies d'un même gène) qui peuvent dégénérer en tumeurs.

Et le travail de Tomasetti et de ses collègues est en bonne partie un modèle mathématique dont les résultats sont en porte-à-faux avec pas mal d'études épidémiologiques, dans lesquelles l'environnement (l'exposition à des polluants, mais cela inclut aussi l'alimentation) joue un rôle majeur. D'après les réactions que j'ai vu ça et là, leur dernier papier n'a pas l'air d'avoir convaincu grand-monde.

Alors quel pourcentage des cancers, au juste, viendrait de l'environnement - et serait donc «évitable» - si ce n'est pas le 29 % dont parle l'article de Science? J'ai vu des estimés à 70 %, d'autres à 95 %, mais ce qui est certain, c'est que cela varie beaucoup d'un cancer à l'autre. Il semble par exemple que le cancer du poumon est presque entièrement «environnemental», alors que le cancer du cerveau serait surtout une question de malchance. Mais on touche ici, je pense, au grand mérite de Tomasetti et al.: avoir lancé le débat et stimulé la recherche autour de cette question, parce que la part de l'environnement, des gènes et du hasard pur (parce que oui, ça joue un rôle) n'a pas encore été complètement élucidé.

L'ennui, c'est qu'on n'aura accordé d'attention à peu près qu'au point de départ de cette conversation, sans grand égard pour ce qui a suivi ni pour les conclusions, qui s'enlignent pour être pas mal plus nuancées. Dommage. Mais cette partie-là n'est pas la faute de M. Tomasetti...

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