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Que faire quand la physique donne raison à Satan (ou pire, aux Patriots)?

Le quart-arrière des Patriots, Tom Brady, au coeur... (Photo Elise Amendola, AP)

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Le quart-arrière des Patriots, Tom Brady, au coeur du scandale des ballons dégonflés

Photo Elise Amendola, AP

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(Québec) BLOGUE/ Le 18 janvier 2015, les Patriots de la Nouvelle-Angleterre, équipe de football américain mieux connue hors du Massachusetts sous les noms de «Tricheurs», «Chanceux», «Saligauds» et «Grands Satans», disputaient un match éliminatoire contre les Colts d'Indianapolis, une équipe qui n'est pas suffisamment haïssable pour porter d'autres noms hors de sa ville.

À la mi-temps, deux arbitres ont mesuré séparément la pression dans la douzaine de ballons que chaque équipe avait à sa disposition, et ont trouvé que ceux des Saligauds étaient légèrement désoufflés, avec des pressions moyennes de 11,1 et de 11,5 «psi» (pound per square inch, grosso modo entre 76 et 79 kPa). Des vérifications avec la jauge-maîtresse de la ligue, la NFL, sont arrivées au résultat de 11,21 psi.

C'était assez gênant puisque les règlements de la NFL stipulent que la pression dans le ballon doit obligatoirement se trouver entre 12,5 et 13,5 psi (86 à 93 kPa). Sous cette fourchette, la préhension du ballon est améliorée à un point jugé injuste par certains, avantageant le quart-arrière (celui qui lance le ballon) indûment. Incidemment, celui des Grands-Satans, un Johnny-Belle-Gueule bourré de talent nommé Tom Brady, qui n'a jamais attisé la moindre jalousie ni d'animosité de la part de votre blogueur favori, s'en est donné à coeur joie lors de ce match, rossant les Colts 45 à 17. Quand l'affaire s'est ébruitée, peu après, elle fut accueillie par une seule et même réaction partout hors du Massachusetts : «Ben oui, encore», car c'était loin d'être la première fois que les Tricheurs étaient éclaboussés par une affaire d'entourloupe, de décisions douteuses des arbitres en fin de match et de combien d'autres de ces choses sur lesquelles les fans de sport font beaucoup de millage après une partie.

Au terme d'une longue saga, le Saligaud Tom Brady a été suspendu pour les quatre premiers matches de la saison qui s'en vient. Il en a appelé du verdict, réappelé et s'est acharné autant comme autant, mais les tribunaux américains ont mis fin ce matin au suspense, maintenant la mise au ban de quatre parties.

Et un peu partout dans l'Amérique-hors-du-Massachusetts, on susurre depuis : «'Bout time, joual-vert.»

Mais il y a (malheureusement) un petit détail qui cloche dans cette histoire. Minuscule, hein, rien pour rendre les Chanceux ne serait-ce qu'un brin sympathiques, mais quand même : les lois de la physique sont du côté des Pats. Juste ça...

Un groupe de chercheurs en physique et en génie a écrit un mémoire en tant qu'«amis de la cour», récemment. Avec des amis comme ça, remarquez, l'amateur de foot moyen se passerait bien d'ennemis, mais bon, concentrons-nous sur la science. J'en retiens deux points principaux.

D'abord, les «amis» reprochent à la NFL de condamner Tom Brady sur des bases extrêmement minces, au mieux. Les ballons, en effet, sont soufflés et leur pression mesurée à l'intérieur des vestiaires, mais la partie se tient souvent à l'extérieur - et en janvier, autour de Boston, il fait plutôt froid. Les gaz à l'intérieur du ballon perdent donc de la chaleur, de l'énergie, ce qui réduit immanquablement et naturellement la pression interne. La NFL l'admet, écrivent ces physiciens, mais affirme qu'il reste au moins 0,14 psi de baisse de pression (jusqu'à 0,53, selon la jauge utilisée, mais il n'existe aucune trace de celle qui a servi lors du match et les arbitres ont dit qu'à leur souvenir, ils n'avaient pas utilisé la jauge qui aurait donné ce résultat) qui ne peut pas s'expliquer par des causes «naturelles».

Or, lit-on dans le mémoire, l'existence de cette déflation additionnelle repose entièrement sur des présomptions. Les calculs de la NFL présument par exemple que la température des vestiaires était de 19,4 °C (67°F), alors que plusieurs documents parlent plutôt de 21,7 (71°F) - un point de départ qui ramènerait à zéro la déflation «artificielle».

Certes, rappellera-t-on (même au Massachusetts), la réaction première de Tom Brady au Deflategate a eu toutes les allures d'une opération de couverture pour faire disparaître des preuves. Et il est parfaitement vrai que les apparences, celles-là du moins, sont très incriminantes.

Mais, et c'est le second point du mémoire que je veux souligner, le fait est qu'en dépit de tout ce qui s'est fait ou pas, dit ou pas, tout indique que le quart-arrière des Saligauds a joué avec un ballon qui n'avait rien d'anormal. Les auteurs du mémoire ont analysé un échantillon de plus de 10 000 matches de la NFL joués à l'extérieur depuis 1960, pour lesquels il existait (!) des informations sur la météo. En présumant 13 psi de pression dans un vestiaire à 21°C (70°F) et en calculant pour chaque partie, selon la météo, la pression que devait avoir le ballon après un certain temps à l'extérieur, on obtient un graphique en «nuage de points» comme ceci, où chaque point bleu représente la pression dans les ballons pour un match en particulier :

[Insérer graphique1 ici]

Bref, non seulement y a-t-il un sacré paquet de parties de la NFL qui se jouent avec des ballons «dégonflés», mais les ballons des Tricheurs étaient en plein dans la moyenne de pression pour un match de la mi-janvier. La physique, comme on le voit, peut être extrêmement énervante...

Alors bien qu'il m'en coûte de l'admettre, et en dépit de toutes les apparences de cover-up, il faut nécessairement conclure que sur le fond, les Patriots avaient rai...

'Scusez, ça veut pas sortir... Les doigts m'en saignent tellement ça fait mal à écrire...

Sur le fond, les Patriots avaient raison.

Voilà, c'est dit, c'est fini, je ne le répèterai plus jamais.

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