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Père et fille en même temps que... demi-frère et soeur

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Les deux derniers loups de l'Isle Royale, dans le lac Supérieur

Rolf Peterson

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(Québec) BLOGUE / Il y avait déjà un certain temps que l'on savait les loups de l'Isle Royale, dans le lac Supérieur, en grave danger. Objet de la plus longue expérience de biologie du monde, ces loups prisonniers de leur île et observés depuis près de 60 ans ne sont désormais plus en danger, techniquement parlant : les dernières observations ont transformé le «risque» qu'ils disparaissent en une certitude à toutes fins utiles complète.

Située dans le nord-ouest du lac Supérieur, l'Isle Royale fait 72 km de long par 14 de large - un bon morceau de terre, donc, suffisant pour faire vivre une population de quelques centaines d'orignaux qui, à son tour, suffi(sai)t à supporter une meute de loups. Comme l'île est séparée du continent par un bras d'eau de 24 km, une distance infranchissable même pour d'excellents nageurs comme les orignaux, et comme l'île n'est reliée au continent que très épisodiquement par un pont de glace (seulement lors des hivers particulièrement froids), cela en fait un endroit rêvé pour étudier les dynamiques de population de prédateurs et de proies, un labo naturel qui est observé en continu depuis 1958.

Or il faudra dans un avenir rapproché, selon toute vraisemblance, s'en servir pour étudier les conséquences du retrait des grands prédateurs. La consanguinité avait toujours été un problème pour les loups de cette île, tous descendants d'une seule femelle et de deux mâles. D'une vingtaine qu'ils étaient généralement depuis les années 50, ils n'étaient l'an dernier plus que trois, soit un couple avec un rejeton malingre et affublé d'une étrange queue rayée - signe probable d'une consanguinité très élevée. Et le dernier rapport gouvernemental sur cette «population» a toutes les allures d'un avis de convocation pour enterrement. Les loups ne sont maintenant plus que deux, le petit étant mort, mais il y a pire : d'après ce topo paru hier sur le site de Science, les deux adultes formant un couple sont en fait un père et sa fille... en plus d'être demi-frère et soeur, puisqu'ils sont nés de la même mère à deux ans d'écart. Il s'agit-là d'une telle consanguinité que les biologistes doutent beaucoup que ce «couple» parvienne à engendrer une descendance un tant soit peu viable.

Pour vous donner une idée de ce que cela représente, biologiquement, prenons comme point de comparaison la richissime et puissante famille des Habsbourg, qui a régné sur l'Espagne (entre autres pays d'Europe) de 1516 à 1700 et qui avait l'habitude de se marier entre cousins-cousines, oncles-nièces et autres variations sur le thème de «garder l'argent [et le pouvoir] dans' famille». Sur une échelle de 0 (mariage entre deux étrangers) à 1 (mariage entre frère et soeur), cette vilaine habitude avait donné un coefficient de consanguinité de 0,2 à 0,25 à plusieurs unions de cette dynastie, au point de leur causer des problèmes de santé, de reproduction et peut-être même des traces de sélection naturelle pour éviter les pires effets de cette consanguinité extrême.

Les deux derniers loups de l'Isle Royale, eux, ont un coefficient de consanguinité de 0,438. Triste fin...

Pour participer au débat sur le blogue de Jean-François Cliche : http://blogues.lapresse.ca/sciences/

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