Plus religieux, donc moins généreux?

Une équipe de l'Université de Chicago a soumis... (123RF/Anna Nahabed)

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Une équipe de l'Université de Chicago a soumis à deux tests de «moralité» 1170 enfants de 5 à 12 ans provenant de six pays différents.

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BLOGUE / C'est une étude à la fois extrêmement intéressante et... un peu bizarre, en particulier dans ses conclusions, il me semble. Enfin, elle est disponible ici, vous me direz bien ce que vous en pensez.

Il existe une idée assez répandue selon laquelle les gens religieux ont un sens moral supérieur à celui des athées/agnostiques, et sont par conséquent plus altruistes, plus généreux. On peut trouver un certain nombre d'études qui tendent à la confirmer, notamment en montrant que les gens plus dévots (voir ici) donnent davantage aux oeuvres de charité. Mais d'autres suggèrent que le lien n'est pas si clair, que ce soit à cause de la méthodologie utilisée ou parce que cette générosité passe par des sentiments moins charitables, comme la réputation, ou parce que les athées se montrent tout aussi altruistes que les pieux dans certaines études.

Cherchant de nouvelles données pour éclairer cette question, une équipe menée par la neurochercheure de l'Université de Chicago Jean Decety a soumis à deux tests de «moralité» 1170 enfants de 5 à 12 ans provenant de 6 pays différents, soit le Canada, les États-Unis, la Chine, la Jordanie, la Turquie et l'Afrique du Sud. Du nombre, 510 provenaient de familles musulmanes, 280 de milieux chrétiens et 323 élevés par des athées/agnostiques.

Les gamins se sont d'abord vu présenter 30 autocollants et avaient le droit d'en garder 10 de leur choix - c'est-à-dire un beau petit pactole pour eux, n'importe quel parent vous le confirmera. Cependant, l'expérimentateur adulte leur expliquait qu'il n'avait pas le temps de passer dans les autres classes de l'école pour distribuer des collants et qu'il leur laissait donc une enveloppe où les enfants pouvaient déposer une partie de leur «trésor», afin que leurs camarades en aient eux aussi. Ceux qui provenaient de familles «sans Dieu» ont partagé en moyenne 4,1 autocollants, contre à peine plus de 3 chez les petits chrétiens et musulmans.

Dans l'autre expérience, les enfants visionnaient une vidéo montrant en alternance 5 scènes où un gamin faisant volontairement du mal à quelqu'un d'autre, en le frappant ou en le bousculant, et 5 vidéos où les torts étaient accidentels. Les jeunes sujets devaient ensuite dire, sur une échelle de 1 à 7, à quel point ce qu'ils avaient vu était «méchant» et quel degré de punition le petit coupable méritait à leurs yeux. Les petits athées se sont montrés moins scandalisés, donnant un score de méchanceté moyen de 5,1, contre environ 5,4 pour les petits Chrétiens et 5,7 pour les petits Musulmans. De même, les enfants religieux - et plus encore les musulmans, sans que l'on sache trop pourquoi - ont jugé que cela méritait une punition plus sévère que leurs camarades athées.

Or les auteurs interprètent les données de la deuxième expérience dans le même sens que la première, c'est-à-dire comme le signe que les enfants religieux sont moins «moraux», moins «prosociaux» que les autres puisqu'ils jugent plus durement 10 situations qui sont dans leur ensemble relativement équivoques. Et c'est ici que je ne suis plus sûr de suivre. Je ne conteste pas l'idée qu'une famille pratiquante puisse constituer un environnement en moyenne plus rigide qu'un milieu non-religieux, ce qui peut se traduire par un sens du bien et du mal et un sens du «à moi, à toi» plus aigu. Mais l'article ne présente que des grandes moyennes pour les scores de méchanceté, sans préciser si les enfants religieux ont jugé plus sévèrement les actes involontaires (ce qui serait effectivement moins moral) ou si leurs scores plus élevés venaient surtout du fait qu'ils étaient plus choqués que les athées par les gestes délibérés - ce qui ne serait pas immoral, mais pourrait au contraire être interprété comme la marque d'empathie supérieure ou d'un souci de justice plus fort.

Si c'était ce dernier cas qui s'avérait, alors le fait qu'ils réclament un châtiment plus dur que les enfants d'athées et d'agnostiques ne signifierait alors plus grand-chose...

Bref, à vue de nez, il me semble que ces résultats ne contredisent pas tant que ça l'hypothèse de la «religion prosociale», mais qu'ils vont plutôt dans le même sens que le reste de la littérature - c'est-à-dire: «c'est pas clair».

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