L'incroyable histoire de la maison Gariépy

Gaétan Gariépy, avec la casquette de son père... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Gaétan Gariépy, avec la casquette de son père François

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Après avoir récupéré la terre de ses ancêtres, à Deschambault, Gaétan Gariépy a réalisé son rêve d'y bâtir de ses mains la réplique de la maison qui a vu naître son père et son grand-père.
Retour dans le passé.

Coiffé de la casquette de son père, Gaétan Gariépy pose devant un miroir de corne antique égaré, oublié, puis récemment rendu à sa famille. Fébrile, fier, ému, volubile, le quinquagénaire a noirci au stylo 30 pages de calepin qui résument l'histoire de la maison Gariépy. Elle commence à Deschambault, en 1795.

Il nous y a reçus par une journée maussade de mai, en nous promettant une histoire incroyable. Elle l'est, oui, mais pas autant que la passion, la patience et l'amour qui ont animé Gaétan Gariépy dans une saga au terme de laquelle il a récupéré la terre de ses ancêtres et construit la maison de ses rêves.

Récapitulons. En 1978, Gaétan et son père, François, avaient vendu une portion de la terre familiale à un homme de la ville qui y a installé sa tente-roulotte pendant plusieurs étés. «Avec l'argent, mon père avait marié ses deux filles, Louise et Solange, relate Gaétan. Il a fait un bon coup.»

Gaétan a taillé et posé lui-même les pierres... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 2.0

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Gaétan a taillé et posé lui-même les pierres de Château-Richer. Les planches viennent de Beaumont.

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Des années plus tard, le citadin accepte de revendre le lot où il campait à Gaétan Gariépy. Ce dernier ne se doutait pas qu'il se battrait pendant près de 20 ans contre la Commission de la protection du territoire agricole pour pouvoir y bâtir sa maison. La Commission, en effet, estimait que cette portion de terre devait servir exclusivement à l'agriculture.

L'histoire se conclut en 2014 par une victoire en appel de Gaétan et de son père, le tribunal estimant que le lot avait été utilisé à d'autres fins que l'agriculture pendant des années, soit du camping. Une maison pourrait donc y être érigée.

En 2015, aidé par son fils, Gaétan s'est mis à l'ouvrage afin de réaliser le rêve de sa vie : construire de ses mains cette résidence sans âge, réplique de la maison de pierres qui avait vu naître son père et son grand-père et qui avait été démolie en 1955, pour cause de décrépitude. Elle était située juste en face, de l'autre côté du rang 2, à Deschambault.

Défi émotif

Pour Gaétan, le défi était plus émotif que technique. Bâtir une maison, il dit que ce n'est pas sorcier, puisqu'il enseigne la charpenterie-menuiserie depuis 17 ans, à l'École des métiers et occupations de l'industrie de la construction de Québec. Mais «rendre hommage à la maison de pierres» de ses ancêtres, c'était le geste symbolique qu'il souhaitait poser pour son père.

«Fier de sa famille et de [ses] nombreux accomplissements, M. François Gariépy s'est éteint le 21 novembre 2015», a consigné Gaétan dans son calepin. «Il a donc vu la réalisation inachevée de la maison Gariépy construite à l'image de la maison de nos ancêtres Gariépy sur des terres durement gagnées.»

Gaétan Gariépy a obtenu ses fenêtres magnifiques de... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 3.0

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Gaétan Gariépy a obtenu ses fenêtres magnifiques de la maison Louis-Fornel de Place Royale, à Québec.

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L'émotion l'étreint quand il revoit son père, assis dans la cuisine de la maison en chantier. Le vieil homme est mort d'un bête accident, «à 87 ans et six mois», après des décennies de lutte administrative, à l'aube d'une nouvelle vie entre des murs érigés pour lui, par son fils.

Amateur d'antiquités, Gaétan en a disséminé un peu partout chez lui : une lampe à l'huile avec projecteur achetée à Grondines; une toile de saint Dominique Savio, le patron des jeunes; une horloge Twiss qui avait appartenu à Phillias, son grand-père navigateur; une baratte à beurre dont la famille se servait pour couler le sirop d'érable; des lustres anciens restaurés; un poêle à bois de Sainte-Claire de Bellechasse.

La cabane à sucre rustique, construite en 2010... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 4.0

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La cabane à sucre rustique, construite en 2010

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Plusieurs meubles et objets anciens appartenaient à la famille Gariépy et avaient été entreposés dans une grange voisine, qui a été démolie l'an dernier. C'est ainsi que Gaétan a pu mettre la main sur ces trésors.

Le miroir à corne

Égaré en 1955 lors de la démolition de la maison de pierres, puis oublié, le miroir à corne de François Gariépy faisait partie des objets entassés dans la grange, où il a été retrouvé, lui aussi, en 2016. «Et c'est la veille de Noël dernier, que le nouveau propriétaire [de la grange] est venu me visiter en m'apportant le fameux cadre à corne, comme si mon père voulait me dire que toujours espérer fait de nous des gagnants», a confié Gaétan à son petit carnet.

Égaré en 1955, ce miroir à corne a... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 5.0

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Égaré en 1955, ce miroir à corne a été retrouvé dans une grange en 2016. «Et c'est la veille de Noël dernier, que le nouveau propriétaire [de la grange] est venu me visiter en m'apportant le fameux cadre à corne, comme si mon père voulait me dire que toujours espérer fait de nous des gagnants», a confié Gaétan à son petit carnet.

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Pour bâtir sa demeure, il a acquis les fenêtres de la maison Louis-Fornel, à Place Royale, qu'il a restaurées d'une façon remarquable en les équipant de coupe-froid modernes. Dans une vieille maison de Deschambault, il a récupéré des poutres qu'il a fendues en deux sur la longueur et posées sur un mur de sa chambre.

Les pierres du parement extérieur viennent de la carrière Lachance, à Château-Richer. Devinez qui les a taillées à la main et installées? Et les planches, il les a trouvées à Beaumont.

Le designer Tim Romanow a guidé le propriétaire... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 6.0

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Le designer Tim Romanow a guidé le propriétaire dans l'intégration des éléments contemporains.

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Seule entorse à l'esprit ancestral, la cuisine contemporaine, blanche et noire, s'amalgame bien au rez-de-chaussée. Gaétan Gariépy en attribue le mérite au designer Tim Romanow.

Les érables du 2e rang en auraient long à raconter depuis que le premier Gariépy s'est installé à Deschambault, à la fin du XVIIIe siècle, et qu'il y a bâti sa maison de pierres. Morcelée, vendue, rachetée, agrandie, la terre familiale est entre bonnes mains aujourd'hui. Bordée par la maison de Gaétan et par la cabane à sucre rustique qu'il a lui-même construite en 2010, elle est source de fierté et d'accomplissement. 

«Je suis un hyperactif contrôlé par le travail», lance le sympathique charpentier en ouvrant la porte du garage immense qu'il est en train d'ériger et qui fait partie de son agenda estival fort chargé.




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