La vieille ville d'Alep défigurée par la guerre

La cour intérieure de la mosquée des Omeyyades... (Photothèque Le Soleil)

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La cour intérieure de la mosquée des Omeyyades (ci-contre en 2014), envahie par de la ferraille et des fils électriques, s'apparente à un champ de bataille.

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Rim Haddad
Agence France-Presse
Alep

La vieille ville d'Alep, renommée pour ses souks animés et sa citadelle pluricentenaire, est aujourd'hui méconnaissable après des années d'une guerre sans merci qui a ravagé la deuxième ville de Syrie.

Durant des siècles, et jusqu'au début du conflit en 2011, la métropole septentrionale était la capitale économique du pays et un centre culturel attirant les touristes du monde entier. Ils y admiraient les vestiges des civilisations qui se succédèrent dans l'une des villes les plus anciennes au monde.

Mais aujourd'hui, seuls des chats errants sont visibles dans les ruelles jonchées de gravats de la vieille ville inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Quatre années durant, la vieille ville a été l'une des lignes de front. Ses monuments antiques portent les traces des combats incessants ayant opposé rebelles des quartiers est aux soldats du régime contrôlant les secteurs ouest.

Le 7 décembre, les insurgés ont été contraints de s'en retirer, débordés par l'offensive foudroyante lancée par le régime à la mi-novembre.

«Patrimoine irremplaçable»

Les pertes provoquées par les violences de ces dernières années sont inestimables.

La cour intérieure de la mosquée des Omeyyades, envahie par de la ferraille et des fils électriques, s'apparente à un champ de bataille, comme a pu le constater mardi une journaliste de l'AFP à l'occasion d'une visite organisée par l'armée.

Le toit en bronze du bassin à ablutions a été perforé. Dans un angle, le minaret seldjoukide datant du XIe siècle s'est effondré lors de violents combats en avril 2013. À sa place, une montagne de blocs de pierre, où l'on peut apercevoir parfois d'élégantes sculptures décoratives.

Autour du sanctuaire du prophète Zacharie, d'imposants blocs de ciment ont été disposés par les rebelles pour le protéger.

La citadelle, joyau de l'architecture militaire islamique du Moyen-Âge, a perdu une section de ses imposants remparts. Son entrée affiche encore les traces d'un incendie, tandis que la porte en bois gît sur le côté, abandonnée sur un tas de pierres.

Le souk, avec ses échoppes parfois centenaires, a été partiellement détruit par les flammes.

Ce marché couvert était le plus grand au monde avec ses 4000 échoppes et ses 40 caravansérails, qui attiraient depuis des siècles des artisans et des marchands venus des quatre coins du monde.

Aujourd'hui, ses murs sont couverts d'impacts de balles et des traces des tirs de mortier et de roquettes.

Le souk était «le coeur économique d'Alep, il fait partie d'un patrimoine irremplaçable», déplore l'avocat et historien aleppin, Alaa al-Sayyed. S'y attaquer «c'est porter un coup décisif à l'économie d'Alep, puisque des milliers de familles, riches ou pauvres, dépendaient du souk pour leur gagne-pain».

Abou Ahmad, 50 ans, est là pour en témoigner.

Ce commerçant possédait plusieurs échoppes où il vendait les étoffes aux couleurs vives qu'il fabriquait. Contraint par les combats d'abandonner son commerce florissant, il tient aujourd'hui un modeste kiosque dans le quartier central de Fourkane, préparant du café et autres boissons chaudes pour les passants.

«J'ai dû vendre les bijoux de ma femme pour acheter ce kiosque», se lamente Abou Ahmad, les larmes aux yeux.

Il rêve de revenir à l'ancien souk, espérant voir une de ses boutiques encore debout. Sinon, il devra vendre sa voiture pour payer les réparations. «Je suis un commerçant et je ne veux pas abandonner mon commerce. Je veux le transmettre à mon fils», lance-t-il.

Ville fantôme

La guerre a ravagé le secteur touristique près de la citadelle, n'épargnant ni la mosquée Al-Sultaniya ni le Grand-Sérail, un élégant bâtiment administratif en pierre blanche datant du mandat français. Le Carlton Hotel, un palace, a été réduit en poussière en février 2014 lorsque des rebelles ont fait exploser des mines dans des tunnels.

Et dans le quartier voisin d'Aqyul, les immeubles résidentiels détruits par les combats s'alignent à perte de vue. Aux fenêtres, dont les vitres ont été soufflées par les explosions, des lambeaux de rideaux bleus battent au vent.

Un chat déambule parmi les décombres et s'arrête pour renifler un corps décomposé au milieu de la route.

Même le cimetière local n'a pas échappé aux combats. Les pierres des sépultures brisées gisent dans l'herbe sèche.

Dans le quartier de Bab Al-Hadid, où se trouve l'une des portes de l'Alep médiéval, le silence règne. Près de la place éponyme, datant de 1509, le drapeau de l'opposition, doté de trois étoiles rouges, est peint sur les devantures des boutiques.

Sur un mur du quartier désert, un graffiti: «De l'Houran à Alep, la révolution continue».

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