Un documentaire célèbre l'histoire du quartier Petit Champlain

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(Québec) Sous ses toits mansardés, ses façades fleuries et ses airs d'accordéon, la rue du Petit-Champlain contient bien des secrets. Il y a 40 ans, la toute belle n'était qu'une ruelle de bicoques abandonnées, jusqu'à ce que deux rêveurs y réinjectent la vie. Derrière sa caméra, la réalisatrice Isabelle de Blois raconte.

Isabelle de Blois réalise un documentaire sur le rêve... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 1.0

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Isabelle de Blois réalise un documentaire sur le rêve de son père, l'architecte Jacques de Blois, et de l'entrepreneur Gerry Paris. Deux amis visionnaires qui ont porté à bout de bras la réanimation du quartier Petit Champlain il y a 40 ans.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

L'an dernier, la rue du Petit-Champlain a été... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 1.1

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L'an dernier, la rue du Petit-Champlain a été déclarée plus belle rue piétonne au Canada. Plus de 14 500 Canadiens avaient voté pour l'un des 32 lieux en candidature. La rue du Petit-Champlain est le seul lauréat à avoir remporté le prix du jury et le prix du public.

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Attablée au restaurant Le Cochon Dingue sur Champlain, la réalisatrice Isabelle de Blois fait défiler un pan de sa vie. Dans son oeil bleu se mélangent fierté et fébrilité. Cette journée-là, elle termine de filmer un documentaire sur le rêve de son père, l'architecte Jacques de Blois, et de l'entrepreneur Gerry Paris. Deux amis visionnaires qui ont porté à bout de bras la réanimation du quartier Petit Champlain il y a 40 ans.

Sur le trottoir, elle a notamment réuni sa mère, Claudette de Blois, sa soeur Élise ainsi que Claudine Picard, la veuve de Gerry Paris. Elles raconteront ce matin d'avril 1980 où la police les a embarquées dans des paniers à salade pour avoir présumément troublé la paix publique.

La cause de cette agitation? Elles faisaient partie des artisans, commerçants et gens de la place qui prenaient leur café au nouveau Cochon Dingue et avaient décidé de sortir leurs chaises dans la rue, empêchant un rouleau compresseur de sceller l'étroit trottoir. Un signal clair à la municipalité qui leur avait promis un élargissement pour installer une terrasse et une bande de verdure.

Si le boulevard Champlain et la rue du Petit-Champlain ont si fière allure aujourd'hui, ce n'est pas le fruit du gouvernement, veut rappeler Isabelle de Blois. En parlant de son père et de Gerry Paris en tête de liste, mais aussi de toute cette implication citoyenne, elle indique que des gens «se sont battus pour avoir une rue piétonne, un parc, des espaces verts» dans ce qui est devenu la plus belle rue au Canada.

Retour en arrière. «Mon père Jacques de Blois s'est toujours beaucoup préoccupé du patrimoine architectural de Québec», souligne la réalisatrice. Celui qui avait son bureau rue d'Auteuil a notamment participé au concept de réaménagement du Vieux-Québec : comment créer de beaux ensembles et préserver l'histoire tout en s'adaptant à la modernité.

«Ses propositions, c'était des dessins, c'était très imagé. Il se préoccupait de l'orientation du soleil, de la circulation piétonne...»

Aux tables à dessin, Jacques de Blois et... (Photo de RDP inc., tirée du livre Le rêve du Petit-Champlain, Septentrion) - image 2.0

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Aux tables à dessin, Jacques de Blois et Gerry Paris. 

Photo de RDP inc., tirée du livre Le rêve du Petit-Champlain, Septentrion

Le rêve de Jacques de Blois en dessin,... (Dessin tiré du livre «Le rêve du Petit-Champlain», Septentrion) - image 2.1

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Le rêve de Jacques de Blois en dessin, une vie de quartier autour d'un îlot de verdure 

Dessin tiré du livre «Le rêve du Petit-Champlain», Septentrion

Un jour, Gerry Paris a lancé à son père : «On devrait se trouver un îlot à rénover. On pourrait s'amuser à faire de l'urbanisme.» Passant par hasard sur le boulevard Champlain, Jacques de Blois a vu une petite pancarte à vendre sur l'édifice qui abrite aujourd'hui le Cochon Dingue, une ancienne usine de corsets abandonnée. 

Les deux amis l'ont acheté d'une succession américaine. «Le deal, au départ, c'était que Gerry avait un peu de sous, mon père avait l'expertise. C'est comme ça que ça a démarré, en commençant par un pâté de maisons.»

Le duo a ensuite rencontré un couple de joailliers, Loulou et Fabien Germain, qui avait loué un tout petit local un peu plus loin. Eux-mêmes avaient plusieurs amis artistes et artisans à la recherche de locaux. Parle, parle, jase, jase, une idée a germé : créer un lieu où les artisans pourraient se regrouper, habiter, travailler, avoir leur boutique, leur atelier et des espaces communs.

«Moi, je fais l'hypothèse que c'est le premier écoquartier. C'était en 1976, ils étaient vraiment des précurseurs», s'emballe Isabelle de Blois.

Route cahoteuse

Mais la route pour y parvenir a été cahoteuse. À commencer par l'état de désuétude des lieux. La réalisatrice se rappelle les bicoques abandonnées, des bâtisses sans plafond ni plancher. «C'était le domaine des pigeons! Pendant des mois, ils ont juste cureté et nettoyé tout ça.»

L'entrepôt de six étages qui occupait l'espace du parc Félix-Leclerc menaçait de s'effondrer. «La falaise coule, la bâtisse était pourrie.» Elle a été rasée et remplacée par un point de verdure, notamment pour attirer les familles dans la rue.

«C'est nous qui avons planté ce que sont devenus ces immenses arbres», mentionne Isabelle de Blois. «Les gens se sont approprié le projet. Tout le monde voulait fleurir le parc.»

Gerry Paris et sa famille vivaient à côté, au-dessus de l'actuel Lapin sauté. Déménagés de Sainte-Foy, les de Blois et leurs quatre enfants se sont installés dans la maison au toit mansardé rouge, qui accueille aujourd'hui la cidrerie Verger Pedneault. 

Claudette de Blois tenait une boutique de plantes intérieures dans la partie ouest de ce qu'est devenu le Cochon Dingue. «Je faisais les hôtels, le Hilton, Place Québec, les édifices à bureaux», énumère-t-elle. 

Son aînée, Isabelle, se rappelle avoir participé à enlever tout ce qui recouvrait les murs de pierre. «Il y avait du crépit, du bois, de la tapisserie... On arrachait quand c'était vraiment abîmé; sinon, on décapait, on peinturait.»

Un gros camion rouge allait déverser leurs rebuts dans les dépotoirs et rapportait à l'occasion de belles vieilles briques, des poutres, des fenêtres. Autant que possible, les enseignes des boutiques étaient fabriquées avec de l'usagé. «Ils recyclaient déjà!»

Le quartier Petit Champlain se redressait par la volonté citoyenne. 

Craignant un gouffre financier comme place Royale tout près, rénovée à grands frais, les différents paliers de gouvernement se montraient frileux. «Ça a été très difficile, ils ont eu des bâtons dans les roues. Juste obtenir un permis pour ouvrir un restaurant était compliqué. À l'époque, dans le quartier, le zonage permettait de manger un hot-dog ou un hamburger debout dans un dépanneur, c'est tout ce qu'il y avait. Ça a pris quelques années pour faire changer ça.»

Isabelle de Blois parle avec beaucoup d'admiration de ces «deux gars très complices, complémentaires, avec des personnalités différentes». Elle dépeint Gerry Paris en fonceur fougueux, alors qu'elle se rappelle la bonhomie et le sens de l'humour de son père artiste. 

S'ils «sont allés au bout de leur santé» dans ce projet - tous deux sont décédés de problèmes cardiaques -, «ils sont aussi allés au bout de leur rêve», dit-elle.

«Ça a été un modèle pour moi de voir des gens aller à contre-courant.»

=> Bilan du projet de Jacques de Blois et de Gerry Paris

  • 33 logements restaurés
  • 53 boutiques et ateliers aménagés et occupés
  • cafés-restaurants, bistros
  • théâtre
  • parc public

Un édifice qui n'en peut plus de se... (Photo de Jacques de Blois, tirée du livre «Le rêve du Petit-Champlain», Septentrion) - image 3.0

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Un édifice qui n'en peut plus de se tenir debout. 

Photo de Jacques de Blois, tirée du livre «Le rêve du Petit-Champlain», Septentrion

Un secteur pauvre et hétéroclite

Le quartier du Petit Champlain a été bâti au fil des siècles, rappelle la réalisatrice Isabelle de Blois.

«Il y a des bâtisses qui datent du régime français, d'autres des années 20 et 30. Il y a eu beaucoup d'éboulis qui ont détruit des maisons, refaites après coup. On sent l'évolution des bâtiments dans les matériaux.»

Débardeurs, ouvriers des chantiers maritimes y ont érigé leur maison. Entre 1725 et 1760, tout a dû être reconstruit en pierre pour prévenir les feux. Le quartier a accueilli des familles d'immigrants au XIXe siècle, arrivés durant la grande famine en Irlande, et qui travaillaient au port. Beaucoup d'édifices étaient aussi des entrepôts qui desservaient le marché Champlain, autrefois situé dans le secteur de la traverse. Puis le quartier s'est appauvri avec la baisse des activités fluviales, jusqu'à devenir l'ombre de lui-même au milieu des années 70.

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