Domaine Cataraqui: dans l'esprit pittoresque

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(Québec) Du chemin Saint-Louis, une allée de gravelle mène au stationnement du domaine Cataraqui. Sur place, dans le bruissement des arbres, la villa et ses neuf dépendances se dévoilent discrètement. Agrandi et rénové il y a quelques années, ce domaine de 165 ans conserve sa vocation première : se fondre dans la nature.

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Dans cette salle à manger baignée de lumière, l'École hôtelière de la Capitale propose une expérience gastronomique. En passant la main sur les fenêtres, l'architecte Karl Loeffler indique qu'il y a eu «beaucoup de travail invisible» lors des rénovations en 2009 et 2010.

Le Soleil, Yan Doublet

Note contemporaine à l'intérieur de la villa, l'oeuvre... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 1.1

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Note contemporaine à l'intérieur de la villa, l'oeuvre Essence de Patrick Beaulieu propose à différents endroits un jeu de lumière et d'ombre à partir de cônes de pin en bronze. Une belle intégration des arts à l'architecture.

Le Soleil, Yan Doublet

Le mouvement pittoresque, vous connaissez? Il s'agit d'une tendance en Grande-Bretagne aux XVIIIe et XIXe siècles qui prônait aux jardins et en architecture un retour à la nature, un aspect sauvage, asymétrique, un peu en opposition aux aménagements français, très géométriques. La notion de botanique, d'horticulture était alors très en vogue.

C'est dans cet esprit que le domaine Cataraqui a été construit, raconte Frédéric Smith, historien à la Commission de la capitale nationale, qui gère le site aujourd'hui.

À l'époque, des barons du bois se sont installés à cet endroit en haut de la falaise de Sillery. D'abord, James Bell Forsyth y a fait construire une maison d'été en 1831. Puis en 1850, un autre marchand de bois, Henry Burstall, achète le domaine et fait ériger sur les premières fondations un bâtiment central qu'il commande à Edward Staveley. «Staveley venait d'une grande famille d'architectes de Québec. Ils étaient un peu le pendant anglophone des Baillairgé», illustre l'historien.

S'élève ainsi un bloc de deux étages en brique écossaise beige, un revêtement assez sobre dans l'environnement. Quelques années plus tard, des ailes et un vaste jardin d'hiver, un pavillon vitré rempli de plantes, sont annexés au corps central. Pour que les bâtiments soient mieux intégrés dans le paysage, ils ont été construits plus en largeur qu'en hauteur, souligne M. Smith. Il ajoute que les nombreuses fenêtres et portes-fenêtres «essayaient de briser la frontière entre l'intérieur et l'extérieur» et permettaient de faire entrer la lumière. Le tout conformément aux convictions pittoresques.

8000 $
Montant déboursé par Henry Burstall pour acheter le domaine à James Bell Forsyth en 1850
9,7
hectares
superficie du domaine Cataraqui qui comprend une villa et neuf dépendances, dont une écurie, une étable et la maison du chauffeur
2
gouverneurs généraux du Canada-Uni y ont habité temporairement
1975
année où le domaine est reconnu monument historique

Les jardins historiques du Domaine Cataraqui sont ouverts... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 3.0

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Les jardins historiques du Domaine Cataraqui sont ouverts à tous.

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Le revêtement de l'agrandissement à droite, des panneaux... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 3.1

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Le revêtement de l'agrandissement à droite, des panneaux en terre cuite importés d'Allemagne, reprennent la couleur et l'esprit de la brique écossaise du bâtiment d'origine à gauche.

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Intervention calculée

Depuis ce temps, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts de Québec. Mais grâce à un investissement public-privé de 9,4 millions $ alloué en 2008, le domaine Cataraqui a été rénové et agrandi. Réouverts au public en septembre 2010, la villa, les dépendances et les jardins peuvent recevoir des événements et accueillent une antenne de l'École hôtelière de la capitale.

L'endroit fourmillait de monde lors de la visite du Soleil. «C'est bon signe!» se réjouit M. Smith. 

Une cuisine ultramoderne dessert des salles à manger baignées de lumière. Au plafond, les moulures ajourées en plâtre d'origine témoignent du faste anglais du XIXe siècle. Des suspensions modernes ramènent toutefois les visiteurs à notre époque. Soigneusement choisi, un papier peint victorien cache des petites imperfections aux murs, dévoile M. Smith.

Les fenêtres, les persiennes, ont été restaurées avec soin. «Il y a beaucoup de travail invisible», lance l'architecte Karl Loeffler qui a consacré deux années à ce projet à titre de directeur de l'équipe de production et membre de l'équipe de conception. 

La rénovation et l'agrandissement de la villa, les travaux d'aménagement extérieur et la remise à neuf de plusieurs bâtiments secondaires ont été confiés au consortium Brière, Gilbert, St-Louis, architectes.

M. Loeffler souligne que tout ce qui a été réalisé ou presque est réversible. «On ne sait pas ce que les propriétaires voudront en faire dans 100 ans. Voudront-ils revenir comme à l'époque?» soulève M. Smith pour expliquer ce possible revirement.

En passant dans la nouvelle section qui comprend notamment des bureaux, M. Loeffler montre les murs de brique apparents de la villa qui ont été intégrés et protégés.

De l'extérieur, l'agrandissement se traduit par un prolongement au nord de la villa principale. M. Smith raconte qu'il y a eu toute une réflexion au sujet de cet ajout: aller dans l'ultramoderne ou le mimétisme? La poire a été coupée en deux. «On s'est demandé ce que les architectes du XIXe siècle auraient fait avec nos matériaux d'aujourd'hui?»

La façade du Domaine Cataraqui est tournée vers... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 4.0

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La façade du Domaine Cataraqui est tournée vers le fleuve.

Le Soleil, Yan Doublet

Si l'ancien bâtiment et le nouveau sont parfaitement alignés, un retrait de quelques pieds marque le passage du temps. Pour assurer une harmonie, M. Loeffler pointe le revêtement choisi pour l'agrandissement, des panneaux de terra cota importés d'Allemagne, de la même couleur beige que la brique écossaise d'origine.

Même logique pour la toiture. «Au départ, on avait pensé mettre de l'acier inoxydable, mais on a opté pour l'acier galvanisé, plus terne, qui se rapprochait davantage de la tôle à baguette existante.» Résultat, notre photographe a eu du mal à déceler le point de rupture, signe d'une intégration réussie.

Pour restreindre l'agrandissement, les architectes ont aussi usé d'un subterfuge digne du mouvement pittoresque. La cuisine de l'École hôtelière, les chambres froides et la salle des machines (tout est chauffé à la géothermie) sont contenus dans un volume de pierre couvert d'une toiture végétale. Une inspiration des terrasses qu'on retrouve sur les plaines d'Abraham. 

En arrivant, ces pierres posées à l'horizontale et camouflées dans les plantes ne sont que «la pointe de l'iceberg», indique M. Smith. Un bel écran sur toute l'activité qui se passe à l'intérieur.

***

Domaine Cataraqui, 2141, chemin Saint-Louis, Québec. Information et réservation : 418 528-7433, cataraqui@capitale.gouv.qc.cawww.capitale.gouv.qc.ca/cataraqui 

Cette maisonnette, que plusieurs prennent à tort pour... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 5.0

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Cette maisonnette, que plusieurs prennent à tort pour une chapelle, est un ancien poulailler. Elle  hébergera d'ici l'automne 2016 un centre d'interprétation sur les grands domaines de Sillery. 

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Un centre d'interprétation sur les grands domaines de Sillery

En arrivant au domaine Cataraqui, les visiteurs prennent souvent ce petit édifice pour une chapelle. Il s'agit plutôt d'un poulailler, revitalisé dans la foulée des rénovations du site, et qui accueillera d'ici l'automne 2016 un centre d'interprétation sur les grands domaines de Sillery.

«On parlera évidemment de l'histoire de Cataraqui, mais on prendra prétexte de cette histoire-là pour parler de l'implantation de cette douzaine de vastes domaines qui ont ceinturé la falaise de Sillery, au XIXe siècle», explique Frédéric Smith, historien à la Commission de la capitale nationale.

Histoires de familles

L'architecture néo-classique du domaine Cataraqui ressemble à beaucoup d'autres villas de l'époque, poursuit l'historien en mentionnant celle de Spencer Wood, plus imposante, au Bois-de-Coulonge.

Et qui dit propriétés dit familles qui y ont habité. Sans tout dévoiler, M. Smith évoque des mariages, notamment des trois soeurs Mackenzie installées dans trois de ces domaines et qui avaient l'habitude de se côtoyer. Il mentionne le nom de James MacPherson Le Moine qui habitait un de ces domaines et qui a beaucoup écrit sur l'histoire de Sillery.

M. Smith souligne que ces propriétés historiques qui ont appartenu à la bourgeoisie anglophone sont souvent passées aux mains de congrégations religieuses, exception faite du domaine Cataraqui et de Spencer Wood. Dans certains cas, les villas ont été préservées, autrement, elles ont été intégrées à des agrandissements.

«Le défi actuel provient du fait que les communautés religieuses souhaitent se départir de leurs domaines après les avoir sauvegardés souvent près d'un siècle.» Ce qui renvoie à toute la question du plan de développement de l'administration Labeaume pour les domaines religieux, qui rencontre de l'opposition citoyenne.

Sans faire de politique, la Commission de la capitale nationale continuera de suivre le dossier, «ouverte à mettre en valeur le patrimoine de Sillery», dit M. Smith. La Commission est notamment impliquée dans le projet de sentier public le long de la falaise qui relierait à terme le Bois-de-Coulonge au domaine Cataraqui. Une idée qu'elle envisage d'ailleurs depuis les années 2000, glisse au passage l'historien.

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