(Québec) «Fabuleuse», «bouleversante», «objets évocateurs du rang social, de la richesse et des goûts des propriétaires» : les portes anciennes sont élevées au rang d'oeuvres d'art au Moulin de La Chevrotière de Deschambault-Grondines, où se tient la nouvelle exposition permanente Savoir-faire-durer : l'art des gens de métier. Et le coordonnateur du projet, Donald Vézina, utilise pour les décrire des qualificatifs très flatteurs.
Cette collection de portes datant du Régime français se trouve au dernier niveau du Moulin. Elles appartiennent à l'antiquaire Jean-Marie T. Du Sault, qui les accumule depuis les années 50. «Ce sont des objets exceptionnels fabriqués par des artisans pour leur propre plaisir et pour celui de leurs clients», explique Donald Vézina. Toute l'exposition, d'ailleurs, rend hommage à ces artisans - ébénistes, forgerons, tailleurs de pierre - qui exercent des métiers traditionnels souvent sans savoir qui prendra leur relève.
M. Vézina désigne la «porte coupée». Elle a été taillée à sa tête et à sa base. Usure? Bris? Si elle pouvait parler... «Elle vient d'une belle maison, raconte-t-il. Mais elle a sans doute fini comme porte de cave ou de hangar.» «Les portes étaient des objets précieux, poursuit-il. Ça prenait deux jours pour en fabriquer une. On utilisait du bois de qualité, alors on les récupérait. Elles se promenaient d'une maison à l'autre.» L'application du développement durable ne date pas d'hier. «La ferronnerie est plus ancienne que la porte [coupée]», fait-il observer pour illustrer les notions de récupération et de réutilisation. «Vous voyez, on ne peut pas parler de développement durable sans revenir au patrimoine», expose-t-il avec un brin de fierté.
La porte cloutée est le plus ancien modèle au monde, nous apprend Donald Vézina. Celle montrée au Moulin de La Chevrotière vient de Cap-Santé. Elle est en «planches contrariées» que les clous tiennent fermement ensemble.
Le long d'un mur, une enfilade de portes dévoilent de subtils détails : tympans chantournés, motifs plis de serviette, assemblage à tenons et à mortaises.
Toutes ces portes ont survécu au passage des siècles. Elles témoignent d'un savoir-faire qui transcende leur vocation utilitaire. Les artisans qui les ont fabriquées recelaient de réels artistes. Au XIXe siècle, beaucoup des habitants de Deschambault et de Grondines étaient des pilotes et des marins, des gens fortunés, donc qui possédaient de belles maisons. «Ç'a créé une émulation et entraîné une tradition dans l'ébénisterie», mentionne Donald Vézina. L'exposition du Moulin de La Chevrotière salue ces gens de métier.