Redonner une place de choix aux métiers traditionnels

Michèle Laferrière
Le Soleil

(Québec) La Fondation Saint-Roch de Québec caresse le rêve de redonner un «espace privilégié» aux métiers traditionnels du bâtiment afin de constituer une relève de charpentiers, de maçons et de tailleurs de pierre en s'inspirant de la philosophie du compagnonnage.

Magali Lavigne, directrice générale de la Fondation Saint-Roch, a fait une courte présentation de ce projet de chantier-école, en début de semaine, à l'occasion du Rassemblement des patrimoines de demain qui se tenait à la Chapelle du Musée de l'Amérique française. Cette «expérience pilote» n'en est qu'à ses balbutiements, mais l'enjeu est majeur, car le sort du patrimoine bâti québécois, qu'il soit résidentiel ou institutionnel, est directement lié à celui des artisans.

Grâce à un soutien financier du ministère de la Culture, des Commnunications et de la Condition féminine, le Conseil des métiers d'art (CMAQ) est devenu «porteur du dossier». France Girard, chargée de projet au CMAQ, a été mandatée pour recenser et répertorier les métiers d'art liés au bâtiment. Pourquoi? Pour offrir à ces artisans des ressources et des services, pour les regrouper et pour les représenter.

Le Rassemblement des patrimoines de demain a réuni quelque 130 personnes concernées par la mise en oeuvre de la Loi sur le patrimoine culturel (loi 82) qui prendra effet le 19 octobre et qui remplacera la Loi sur les biens culturels entrée en vigueur en 1972. Au terme d'une journée de conférences et de discussions, les participants à ce Rassemblement ont affirmé leur appui à cette loi, car ils voient en elle «une manière de protéger et de valoriser le patrimoine en tenant compte de ses nouvelles réalités».

Avec la nouvelle loi, en effet, deux notions font leur apparition: le patrimoine culturel immatériel et le paysage culturel patrimonial. Comme ils ne sont ni des objets, ni des immeubles, ni des documents, et comme ils font appel «directement à la mémoire ou aux connaissances des gens», les métiers traditionnels du bâtiment font partie du patrimoine culturel immatériel (aussi appelé patrimoine vivant, folklore ou culture traditionnelle).

En 2003, l'UNESCO a élaboré la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. «Le compagnonnage est sur la liste du Patrimoine immatériel de l'UNESCO depuis 2010», a mentionné Magali Lavigne.

Le projet de chantier-école des métiers traditionnels ne concerne que le restaurant des édifices à valeur patrimoniale. La Fondation Saint-Roch, par son action, veut accoler «un label d'excellence» à cette formule de formation des charpentiers, des ébénistes, des maçons, des tailleurs de pierre qui détiennent une expertise essentielle à la restauration des bâtiments anciens tels les presbytères, les églises et les maisons ancestrales. Elle veut «créer des passerelles» avec les cégeps et les écoles de métiers d'art, tout en s'inscrivant dans le circuit du compagnonnage. Magali Lavigne rêve de formation et d'emploi pour ces artisans qui méritent, selon elle, «un espace privilégié» dans notre société.

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