Ce premier Atlas contient des données recueillies entre 1984 et 1989 par 932 observateurs qui ont passé 67 000 heures à sillonner la partie sud du Québec.
Quand on a un ouvrage comme celui-ci, une bible dans le domaine, pourquoi en publier un deuxième? D'abord, il faut dire que l'édition française sur papier du premier Atlas est épuisée depuis déjà quelques années. Quant à l'édition anglaise, il en reste quelques exemplaires. Cependant, il y a une édition électronique qu'on peut se procurer auprès du Regroupement QuébecOiseaux. Voilà déjà une bonne raison!
Mais les véritables raisons de cette nouvelle recherche qui aboutira à la publication du nouvel Atlas, ce sont les changements climatiques et le développement de plus en plus grandissant du Nord du Québec. La partie nord du Québec n'avait pas été couverte dans le premier Atlas.
Dans une allocution prononcée devant les participants au Congrès des ornithologues amateurs du Québec (COAQ) récemment à Saint-Hyacinthe, Marie-Hélène Hachey brosse un tableau des premières constatations sur le terrain, ce qui démontre clairement que les choses ont considérablement changé, de là le besoin de ce deuxième Atlas.
L'étude a commencé en 2010 et se poursuivra jusqu'en 2014. On a morcelé le Québec en 11 000 parcelles de 100 km2. Pour le moment, presque à la fin de la troisième année de recherche, 1900 observateurs ont sillonné 3700 parcelles, effectuant 52 000 heures de terrain. Il y a 18 000 points d'écoute dans différentes parcelles et, jusqu'à maintenant, on a touché 282 espèces.
Le nombre d'observateurs est le double de celui de premier Atlas, c'est beaucoup, mais c'est encore insuffisant. On a un besoin énorme de participants pour compléter les deux dernières années de cueillettes des données. Toute personne intéressée peut trouver l'information sur le site www.atlasoiseaux.qc.ca.
Des changements
Durant les 25 dernières années, il y a eu des changements importants chez la faune aviaire au Québec. Marie-Hélène Hachey précisait lors de sa conférence que pour les oiseaux de proie, ces changements étaient nettement positifs, mais que pour les oiseaux champêtres et insectivores, c'est un déclin certain.
L'urubu à tête rouge est en pleine expansion de territoire, tandis que les populations d'hirondelles de rivage et de sturnelles des prés sont en chute.
Des faits saillants
Dans les observations faites en 2011 et en 2012, il y a des découvertes particulièrement intéressantes. Une femelle fuligule à dos blanc a été vue avec huit canetons dans la réserve nationale de faune du lac Saint-François, à Dundee. Ce serait la première mention de nidification au Québec.
Dans les îles de Boucherville, plus précisément sur les grandes battures Thailhandier, on a observé la sterne caspienne qui nichait. C'était à proximité d'une colonie de sternes pierregarins. La seule autre mention de nidification au Québec de cette espèce remonte à 1995, sur la Basse-Côte-Nord.
La crécerelle d'Amérique a étendu son territoire de nidification jusqu'à Kuujjuaq. Un couple observé en mai s'est installé dans un nichoir, et la femelle y a pondu cinq oeufs, dont le premier a éclos le 13 juillet. Un peu plus tard, un deuxième nid a été découvert au beau milieu de Kuujjuaq. Les oiseaux s'étaient installés dans un vieux bâtiment.
Dans les îles de Berthierville, sur le lac Saint-Pierre, une oie des neiges a niché. C'est un phénomène rare au sud comme ça puisque les grandes oies des neiges nichent généralement en Arctique. Un autre endroit où on en trouve, c'est à l'île aux Loups Marins dans le Saint-Laurent à mi-chemin entre Montmagny et La Pocatière. On pense qu'il s'agit d'un oiseau blessé qui ne pouvait poursuivre sa migration et à qui sa «douce moitié» serait restée fidèle.
En Outaouais, c'est la grande aigrette qui a causé une surprise en nichant sur l'île Conroy. On a retrouvé deux nids, dont un qui a abrité quatre jeunes.
C'est à Blanc-Sablon qu'on a découvert un nid de buse pattue. Cette espèce niche généralement au Nunavik. Le nid était situé à moins d'un kilomètre de la frontière du Labrador et il contenait deux petits. Ce ne serait que la troisième mention en Basse-Côte-Nord.
Enfin, une tourterelle turque a été observée à 40 km de Québec, à Saint-Flavien. Il s'agirait d'un mâle qui défendait un territoire, mais il a été impossible de voir s'il y avait un nid.
L'objectif
Selon Marie-Hélène Hachey, on veut faire de l'Atlas un livre qui sera une référence dans le monde de l'ornithologie. Toutes les cartes seront mises à jour et comparées à celles du premier Atlas. On y ajoutera la position des sites de nidification des espèces en péril.
Amende salée
Une entreprise de Matagami, Blais et Langlois Inc., s'est vu infliger une amende de 10 100 $ pour avoir détruit 200 nids d'hirondelles de rivage au cours de travaux effectués dans une sablière. Les faits se sont produits en juin 2008 et la décision du tribunal a été rendue 10 juillet dernier. L'hirondelle de rivage est un oiseau protégé en vertu de la loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs. «C'est un oiseau qui niche dans des falaises abruptes naturelles ou artificielles, telles que des sablières ou des carrières de granulométrie fine à proximité des zones humides. Des travaux d'excavation ou de construction réalisés au printemps ou pendant l'été peuvent donc avoir des effets dommageables sur la nidification de cette espèce», précise un communiqué publié par la Direction de la protection de la faune Nord-du-Québec. En rendant cette nouvelle publique, le ministère des Ressources naturelles en profite pour inviter les citoyens témoins d'actes de braconnage ou de gestes répréhensibles à l'encontre de notre patrimoine faunique ou de ses habitats à les signaler à S.O.S. Braconnage, au 1 800 463-3191, ou à un bureau de la protection de la faune régional. Pour en connaître les coordonnées, visitez le site Internet www.mrn.gouv.qc.ca/fr/faune-adresses-regions. C'est offert gratuitement et en toute confidentialité.
Un nid intrigant
Gisèle Robertson a été intriguée par ce nid fait de boue qu'elle a photographié en Estrie, à Brigham. Il y a toute une chaîne impliquée dans l'identification de ces nids. D'abord, Gérard Cyr, du Club des ornithologues de Québec (COQ), ensuite Marie-Hélène Hachey, de l'Atlas des oiseaux nicheurs du Québec, et enfin, Robert Loiselle, responsable des laboratoires de biologie de l'Université du Québec à Chicoutimi. C'est d'ailleurs ce dernier qui a fourni les explications pertinentes. Pour lui, il s'agit de guêpes solitaires des sphécides (mud-dauber), une espèce qui utilise la vase pour construire son habitation. Il n'a jamais observé de tels nids et il n'y aurait aucune mention au Québec. Il s'agirait d'un nid frais. «Il y a plusieurs sections et dans chacune une ou plusieurs araignées sont déposées par la guêpe... avec un oeuf. La larve qui va éclore se nourrit de l'araignée, qui n'est pas morte, mais paralysée. Un garde-manger très performant, quoi! En effet, l'instinct de la larve lui dicte de conserver les parties vitales de l'araignée... pour le dessert», écrit-il dans un courriel. Cette espèce de guêpes vit en Nouvelle-Angleterre et plus au sud.