C'est vers 22h que mon amie Marie-Claude et moi sommes arrivés à Tadoussac pour participer à une nuit de capture et de baguage de nyctales, une activité que l'Observatoire d'oiseaux de Tadoussac (OOT) répète année après année pendant la période de migration.
Sur le terrain, Geneviève Perreault, biologiste responsable du baguage et son assistant Patrick Bérubé, en formation pour l'obtention de son permis de bagueur, s'affairaient déjà depuis quelques heures. Quand nous nous sommes montrés le bout du nez, ils avaient déjà réalisé une première capture.
Chez nous, un premier réflexe de déception et un peu d'inquiétude. En viendrait-il d'autres? Il y a de ces nuits où ces petits rapaces ne sont pas légion dans le ciel de ce couloir de migration. Pas une session ne se ressemble.
On a cependant été vite rassurés en effectuant notre première tournée des trois filets japonais, vers 22h30, deux sur le plat et un dans la dune qui descend vers le fleuve. Deux autres captures nous y attendaient. Et finalement, notre nuit s'est soldée par la capture de neuf nyctales, huit petites et une de Tengmalm, un record de baguage en une seule nuit pour Geneviève Perreault.
Nos petites nyctales étaient dans la descente. Geneviève et Patrick ont mis de longues minutes à les libérer car elles s'étaient littéralement?empêtrées dans les mailles du filet. C'est un travail qui demande énormément de minutie : il faut tout faire pour éviter de blesser l'oiseau.
Aussitôt sorties de leur fâcheuse position, elles ont été placées chacune dans un sac et dirigées vers le petit laboratoire installé dans une roulotte de la Société de la faune et des parcs du Québec.
Première nuit
En sortant la petite nyctale du sac, tout de suite on se rend compte qu'elle a déjà été baguée, mais sa bague est sérieusement abîmée; il faut donc la remplacer. Après la pose de cette nouvelle marque d'identité, c'est l'examen complet de l'oiseau.
On mesure son bec, on mesure ses plumes, on note leur coloration, on en prélève deux petites, on la pèse... et tout ça est consigné sur une fiche.
Notre première nyctale, la deuxième pour nos bagueurs, est une femelle qui fait un peu plus de 100 grammes.
Ceci étant fait, la nyctale est conduite à l'extérieur. On la dépose sur un plateau et dès qu'elle en a envie, elle reprend son envol pour redevenir libre. Ce n'est pas instantané, il y a des nyctales qui restent de longues minutes sur leur piste d'envol, se remettant probablement du choc qu'elles viennent de vivre.
Après, on passe à l'autre oiseau, elle aussi une petite nyctale, une femelle un peu moins volumineuse que la première : elle pèse moins de 100 grammes.
Notre nuit se poursuit avec un coup de deux autres captures, toujours dans les mêmes filets japonais, ceux de la descente vers le fleuve. Elles ont été plus faciles à libérer, moins empêtrées que les deux autres. On était rendu à cinq et c'était déjà plus que satisfaisant.
À la ronde suivante, ce ne sont pas deux, mais trois petites nyctales que nos bagueurs nous ramènent. Ça nous en faisait maintenant huit, au-delà de tout ce qu'on aurait pu espérer.
Beaucoup plus tard dans la nuit, vers la fin du quart de travail, c'est l'apothéose, le cadeau de Noël trois mois avant le temps : une nyctale de Tengmalm, une espèce qu'on capture beaucoup moins souvent. Mon Dieu que cette nyctale est belle, plus costaude que sa cousine, la petite nyctale.
Avec un compte de neuf, on s'est finalement couché à 3h30, fatigués, mais tellement heureux.
Deuxième nuit
Même rendez-vous, même endroit, mais beaucoup plus tôt. On arrive à 19h30, c'est le temps de déployer les filets qui ont été remisés pour la nuit, redéployés pour les passereaux le jour et remisés encore une fois.
L'opération dure environ une demi-heure et après la tournée des trois emplacements des filets japonais, on se prépare pour une activité qu'on a baptisée Laissez-vous charmer par les nyctales et qui accueille un maximum de 25 intéressés. C'est une initiative de Parcs Québec avec la collaboration de l'OOT.
À 20h, il y a une présentation préliminaire par un garde-parc, Alexandra Martin, et à 20h30, le groupe accompagne les bagueurs à deux emplacements de filets sur trois. Une grande chance, dès cette première tournée, une petite nyctale était prisonnière du filet le plus prolifique, celui de la dune qui descend vers le fleuve.
Au retour, les participants assistent à toute la séance de baguage exactement comme celle que je vous ai décrite plus haut. Chacun trouve réponse à ses questions.
À la deuxième tournée, tout le monde est revenu bredouille. Cette nuit-là, seulement quatre petites nyctales ont été capturées.
Il y a tellement à dire sur le travail de l'OOT que je vous reviendrai la semaine prochaine avec une autre chronique sur le même sujet.
* Dans la région de Tadoussac, dans le secteur sablonneux qu'on a baptisé les dunes, on ne trouve pas de véritables dunes, mais plutôt des terrasses marines.
Activité enrichissante
Cette activité extrêmement enrichissante se tient du jeudi au dimanche inclusivement jusqu'à l'Action de grâce.
Ça coûte au total 16 $ pour un adulte, ce qui comprend l'activité et le droit d'accès au parc.
On peut aussi parrainer une nyctale pour 50 $. On lui donne un nom et c'est nous qui la relâchons dans la nature.
Les sous ainsi récoltés vont directement à l'OOT.
Il faut réserver à tout prix pour cette activité. Vous pouvez appeler directement au bureau du parc et parler à Mélissa Bernier. Elle se fera un plaisir de prendre vos réservations. Elle est en poste de 13h30 à 20h30 et son numéro est le 418 235-4238. On peut aussi réserver au 1 800 665-6257 et pour plus de renseignements, on va sur www.parcsquebec.com.