L'Indiana Jones de la botanique

Ernest Henry «Chinese» Wilson.... (Photo Wikiwand.com)

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Ernest Henry «Chinese» Wilson.

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<p>Larry Hodgson</p>
Larry Hodgson

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Le Soleil

La plupart des gens s'imaginent que l'Indiana Jones des films de George Lucas est un personnage fictif. Mais non! M. Lucas a basé en partie ses histoires de l'archéologue aventurier sur un véritable personnage : le botaniste britannique Ernest Henry «Chinese» Wilson, qui a parcouru l'Asie, dont la Chine, au début du siècle dernier.

La carrière de Chinese Wilson fut tellement remplie d'aventures qu'on peut difficilement croire qu'il voyageait dans le simple but de ramasser des plantes. Il a affronté des bandits, des révolutions, des animaux sauvages, la malaria et des serpents venimeux, traversé des montagnes, des déserts, des torrents impétueux et de frêles ponts alpins suspendus au-dessus des ravins profonds. 

Il a écrit l'histoire de ses voyages pour des revues botaniques, histoires qui ont été reprises par la presse populaire. Chinese Wilson devint rapidement un des hommes les plus admirés de son époque. 

Des origines modestes

Rien ne prédestinait le jeune E. H. à la vie d'explorateur. Mais à la vie de botaniste, oui. Né le 15 février 1876 dans le village de Chipping Camden, en Angleterre, il était le fils du fleuriste du village, donc immergé dans le monde horticole depuis sa plus tendre enfance. Jeune, il quitta l'école pour devenir apprenti jardinier, mais fut remarqué à 16 ans pour ses profondes connaissances botaniques par le Jardin botanique de Birming-ham, qui lui offrit un emploi. Pendant cet apprentissage, il se mit à suivre des cours d'horticulture le soir et fut un étudiant si diligent qu'il gagna le Prix de la reine pour la botanique. En 1897, le Jardin botanique de Kew l'engagea, et il commença à faire de la recherche et à publier des traités botaniques. Ainsi, il aurait très bien pu finir sa vie comme scientifique érudit enfermé dans une bibliothèque poussiéreuse... mais l'aventure l'appelait.

Il s'engagea alors auprès de la pépinière John Veitch & Sons comme explorateur. En 1899, on l'envoya en Chine à la recherche d'un arbre presque mythique, connu seulement par les descriptions écrites du missionnaire et botaniste français père David, 30 ans auparavant, et par des spécimens séchés qu'il avait envoyés dans les herbariums européens, soit l'arbre aux mouchoirs (Davidia involucrata).

L'arbre aux mouchoirs peut pousser dans les zones... (www.jardinierparesseux.com) - image 2.0

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L'arbre aux mouchoirs peut pousser dans les zones de rusticité 6 et plus chaudes, mais pas au Québec.

www.jardinierparesseux.com

Son patron lui conseilla d'oublier toute autre plante et de se concentrer sur la recherche de l'arbre aux mouchoirs. Il aboutit à Hong Kong avec une carte marquée d'une simple croix qui marquait un territoire de 50 000 kilomètres carrés! Pendant 10 mois, il suivit ses contacts jusqu'à une vallée perdue où il a trouvé la souche du dernier arbre aux mouchoirs du coin, fraîchement fauché. Malgré cette déconfiture, il continua ses recherches pour enfin trouver un petit bosquet de l'arbre, bien vivant cette fois-ci, 600 kilomètres plus loin. Il retourna en Angleterre avec non seulement l'arbre tant convoité, mais aussi avec des semences, des boutures et des bulbes de 305 autres espèces, dont plusieurs que la pépinière John Veitch & Sons offrit aux avides jardiniers européens.

Ses expéditions se multiplièrent avec Veitch, puis avec son nouvel employeur, l'Arboretum Arnold de l'Université Havard, à Boston. Ainsi il voyagea en Chine, en Corée, au Formosa (Taiwan), au Japon et en Australie. 

Au cours de sa vie, il introduisit quelque 2000 nouvelles espèces : des rosiers, des rhododendrons, des primevères, des hydrangées, des magnolias, etc. Plus de 60 plantes furent nommées en son honneur, dont le magnolia de Wilson (Magnolia wilsonii) et l'épinette de Wilson (Picea wilsonii). Il rapporta aussi un fruit que nous connaissons bien, le kiwi (Actinidia deliciosa), et deux arbustes qui font partie de la palette des jardiniers québécois : le forsythia (Forsythia ovata) et le kolkwitzia (Kolkwitzia amabilis). 

Le lis qui faillit avoir sa peau

La plante qui a le plus marqué la vie de Wilson fut un joli lis trompette : le lis royal (Lilium regale). Il le découvrit en Chine, où il ne pousse que dans une seule vallée isolée aux confins du Sichuan et du Tibet, la vallée Min. «Les fleurs de ce lis transforment une région reculée et désolée en un véritable jardin», s'extasia-t-il. Son texte enflamma l'imagination du monde horticole qui voulut à tout prix cultiver ce merveilleux bulbe.

Le lis royal dans l'allée royale des Jardins... (www.jardinierparesseux.com) - image 3.0

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Le lis royal dans l'allée royale des Jardins de Métis. 

www.jardinierparesseux.com

Il essaya par trois fois de ramener ce lis de la Chine : en 1903 il ne réussit qu'à rapporter des spécimens séchés. Il lança une nouvelle expédition en 1908 afin de récupérer des bulbes, mais ils pourrirent lors du long trajet vers l'Occident. Il retourna donc une troisième fois, en 1910, et réussit mieux cette fois-ci, car il renvoya 7000 bulbes à Boston, mais presque au prix de sa vie. 

Lors de l'expédition de retour, en effet, sa caravane fut emportée par un éboulement. Il subit une facture de la jambe droite et dut la fixer à une attelle de fortune faite d'un pied d'appareil photo. Il fallut par la suite qu'il marche pendant trois jours (oui, avec une jambe fracturée!) avant de trouver du secours. Juste à temps, car la gangrène faisait déjà son oeuvre. D'ailleurs, il marcha en boitant pour le reste de sa vie, une infirmité qu'il appela en riant son lily limp (sa boiterie du lis). 

Le lis royal, particulièrement facile à cultiver, est aujourd'hui en vedette dans plusieurs jardins, notamment aux Jardins de Métis. D'ailleurs, l'allée fleurie, où ce lis pousse en abondance, est nommée «allée royale» justement à cause de cette plante. 

L'aventure prend fin

Voyager commença à lui peser, cependant. En 1927, il mit fin à ses aventures dans les régions éloignées pour devenir surintendant de l'Arnold Arboretum. En 1929, il publiait son chef-d'oeuvre d'horticulture intitulé La Chine, jardin maternel, qui, selon un critique, était «la meilleure chose qui soit arrivée aux plantes depuis la photosynthèse».

L'année suivante, le grand aventurier, âgé de 53 ans, et son épouse moururent bêtement dans un accident d'auto. Le couple est enterré au Cimetière Mont-Royal, à Montréal.

Voilà la fin d'une ère, mais pas la fin des explorateurs botaniques. Encore aujourd'hui des expéditions d'exploration botaniques parcourent le globe, dans les régions reculées de l'Amazonie, de l'Afrique et de la Chine, expéditions qui rapportent encore des dizaines de nouvelles espèces chaque année. Il y a beaucoup à découvrir encore dans le monde végétal!

Réponses à vos questions

Sur cet érable de Norvège panaché (Acer platantoides... (Giselle Rouillon) - image 5.0

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Sur cet érable de Norvège panaché (Acer platantoides 'Drummondii'), il y a des réversions, au fond, à gauche, soit des branches à feuilles entièrement vertes, qu'il faudrait supprimer.

Giselle Rouillon

Arbre à identifier

Q Je vous fais parvenir une photo d'un arbre que nous trouvons très joli et qui irait bien dans notre aménagement, mais nous ignorons son nom. Merci de nous en informer.

Giselle Rouillon, Cap-Santé

R Il s'agit de l'érable de Norvège panaché (Acer platanoides 'Drummondii') dont la caractéristique principale est que ses feuilles sont ourlées de blanc crème, créant un effet bicolore, de près, et un effet vert très pâle, de loin. Il est de croissance assez lente et reste plus compact qu'un érable de Norvège typique, atteignant seulement huit mètres de hauteur, presque la moitié moins que ses frangins, avec une ramification dense et un port plutôt globulaire. Il est assez rustique pour notre région (zone 4b), mais craint les vents d'hiver. Il serait sage d'éviter de le planter dans un couloir de vent. Tout sol bien drainé, dans un emplacement au soleil ou à la mi-ombre, conviendra. Cette variété semble résistante à la tache goudronneuse, cette maladie qui défigure les érables de Norvège à feuilles vertes. Son plus grand défaut est qu'il est sujet aux réversions (des branches au feuillage entièrement vert). Il faut supprimer ces branches dès que vous les voyez, sinon elles ont tendance à dominer les parties panachées, et l'effet charmant de son feuillage bicolore est alors perdu.

Le nodule noir est une maladie des pruniers... (Josée Nadeau) - image 6.0

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Le nodule noir est une maladie des pruniers et des cerisiers qui est généralement fatale à long terme. 

Josée Nadeau

Pruniers aux excroissances noires

Q Nos pruniers ont développé des excroissances sur les branches. Il y en a vraiment beaucoup. On nous a dit de couper 30 centimètres en dessous, mais tous nos arbres devront être sacrifiés. Est-ce que les fruits seront comestibles malgré cela? Qu'adviendra-t-il si on ne fait rien? Nous avons donné des repousses à plusieurs personnes et il semble que tous nos «rejetons» soient atteints. J'aimerais bien conserver ces magnifiques arbres. Que dois-je faire? 

Josée Nadeau, Saint-Henri

R Il s'agit du nodule noir (Dibo-tryon morbosum), une maladie fongique très courante chez les pruniers et chez les cerisiers, autant dans les variétés cultivées que sauvages. On dirait des crottes de chat séchées qui entourent les branches. Cette maladie a anéanti l'industrie de la culture des prunes au Québec. Presque toutes nos prunes sont désormais importées de l'Ouest, où la maladie est moins courante et moins dévastatrice en raison de l'air plus sec.

Le traitement recommandé est de bien couper les branches à 30 centimètres sous le nodule, en stérilisant le sécateur entre chaque coupe. Mais la maladie réapparaît toujours et est impossible à éradiquer. À la suite de tailles de plus en plus importantes, l'arbre se met à rapetisser d'année en année. Si vous ne faites rien, la maladie s'étendra plus rapidement jusqu'à ce que presque toutes les branches soient touchées. Elles commenceront à mourir par les extrémités. Un prunier en pleine déchéance peut quand même produire une abondance de fruits, mais la quantité diminuera avec le temps. L'arbre finira par en mourir, mais ça peut prendre 10 ans ou plus. Il est fort probable que les repousses que vous avez données soient atteintes de la maladie : lorsqu'il pleut, les bactéries présentes dans les nodules sont souvent entraînées vers le bas par les gouttes d'eau. Les repousses en reçoivent donc.

Ce lilas japonais est probablement endommagé par la... (Photo Agathe Gagné) - image 7.0

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Ce lilas japonais est probablement endommagé par la brûlure bactérienne.

Photo Agathe Gagné

Lilas japonais au feuillage brûlé

Q Je vous envoie la photo de notre lilas du Japon dont plusieurs feuilles sont déjà jaunies et séchées. Est-ce qu'on doit s'inquiéter et couper les branches ou attendre à l'automne?

Agathe Gagné

R Je pense que votre arbre souffre de brûlure bactérienne ou de flétrissure bactérienne (Pseudomona syringae syringae), une maladie qui affecte plusieurs lilas, mais surtout ceux à fleurs blanches, comme le lilas du Japon (Syringa reticulata). Typiquement, le feuillage est tacheté au printemps, puis les tiges du secteur noircissent, et les feuilles s'assèchent tout en restant fixées à la plante. Supprimez les branches atteintes en coupant de 15 à 20 centimètres plus bas que la partie atteinte, visible par sa coloration noire. Faites cette étape par temps sec, quand il n'y a pas de risque de pluie avant plusieurs jours (l'humidité peut faire étendre la maladie), maintenant, à l'automne ou au début du printemps. Il est important de stériliser le sécateur entre chaque coupe, en l'essuyant avec un linge trempé dans l'alcool à friction. Une pulvérisation avec un fongicide à base de cuivre, au printemps, avant le débourrement, pourrait aussi aider.

Des questions svp!

Vous pouvez nous joindre par courriel à courrier@jardinierparesseux.com

Par courrier à :

Le jardinier paresseux

Le Soleil

C.P. 1547, succ. Terminus

Québec (Québec)  G1K 7J6

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