Mettre un terme à l'itinérance

«Yanick a un peu été notre cobaye», lance Nathalie Giguère, coordonnatrice du... (Photo 123RF/cylonphoto)

Agrandir

Photo 123RF/cylonphoto

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) «Yanick a un peu été notre cobaye», lance Nathalie Giguère, coordonnatrice du projet Porte-clés, né en septembre 2015 à Québec. Ce programme financé par le gouvernement fédéral s'inspire de l'approche Logement d'abord, instaurée à travers le Canada.

Nathalie Giguère, coordonnatrice du projet Porte-clés... - image 1.0

Agrandir

Nathalie Giguère, coordonnatrice du projet Porte-clés

«Dans le fond, l'objectif est d'intégrer des personnes en situation d'itinérance chronique et épisodique en logement, de mettre tous les efforts pour qu'elles vivent de la stabilité et qu'elles deviennent, un jour, des citoyens à part entière», résume Nathalie Giguère.

Pour qui?

Le projet Porte-clés existe pour les gens dans la rue depuis 6 mois, 5 ans, 15 ans... Des gens instables, incapables de rester dans le réseau des refuges ou des ressources communautaires, des personnes judiciarisées, socialement isolées, aux prises avec des problèmes de consommation, de santé mentale, «les plus vulnérables». Ils sont repérés par les organismes et les travailleurs de rue.

Trois critères

Pour bénéficier du projet, ces gens doivent signer un bail, accepter que leur chèque soit géré par la fiducie pour que les logements soient dûment payés et avoir un suivi minimum d'une fois par semaine, expose Nathalie Giguère.

Les intervenants se déplacent souvent davantage, dit-elle, ne serait-ce que pour faire le ménage. «Parmi notre clientèle, il y en a qui sortent des centres jeunesse à 18 ans, s'en vont en prison 15 ans, puis passent 15 autres années dans la rue. Entretenir une maison, ils n'ont jamais appris ça», illustre Nathalie Giguère.

Le logo  du projet Porte-clés... (Photo Annick Laliberté) - image 2.0

Agrandir

Le logo  du projet Porte-clés

Photo Annick Laliberté

L'approche

Selon elle, le secret de la réussite passe par la patience, la tolérance, l'accueil, l'acceptation inconditionnelle.

«La subvention est sans condition. On n'exige pas que la personne soit abstinente, qu'elle suive une thérapie, qu'elle s'implique ou qu'elle fasse du bénévolat. On la prend comme elle est, on l'accueille, on lui offre un logement meublé», poursuit Éric Gignac, intervenant en stabilité résidentielle.

Il ajoute que la subvention va à la personne et non au logement. «Ce qui lui permet de choisir son loyer, son quartier, selon ses critères : la grandeur, les services autour, la proximité de la famille...»

Il donne l'exemple de Yanick qui a habité dans un premier appartement en basse-ville jusqu'en juillet dernier. «Il fallait un logement insonorisé, parce qu'il consommait entre 30 et 40 speeds par jour, à part les autres substances. Il ne dormait pas beaucoup, c'était un oiseau de nuit, il aimait déplacer les meubles.» Il s'est retrouvé au-dessus d'un bar dans une pièce et demie. Ce qui est bien suffisant au début, assure Éric Gignac. 

Un an plus tard, Yanick a fait du chemin. D'où son déménagement dans un trois et demie. Et comme il s'affranchit tranquillement des ressources concentrées en basse-ville, il s'est même permis de monter en haute-ville.

Sur les 57 candidats logés depuis le début du programme, deux volent maintenant de leurs propres ailes et n'ont plus besoin de services. Quatre sont retournés dans la rue.

«Mais ce ne sont pas des échecs. Pour certains, un logement est un cadeau mal emballé, c'est stressant, c'est trop tranquille et angoissant quand on est habitué au bruit de fond des refuges. Mais on reste là. On va essayer de les relocaliser, parce qu'ils y ont quand même goûté», indique Mme Giguère.

L'union fait la force

Huit organismes communautaires de la région unissent leurs forces et apportent leur expertise dans le projet Porte-clés 

  • Lauberivière
  • Mouvement d'information et d'entraide dans la lutte contre le VIH-sida (MIELS-Québec)
  • YMCA Québec
  • PECH
  • Projet intervention prostitution Québec (PIPQ)
  • Centre femmes aux 3 A de Québec
  • Café Rencontre du centre-ville
  • Archipel d'entraide

En chiffres

  • 257: noms inscrits sur la liste d'attente de Porte-clés
  • 57: personnes intégrées dans un logement depuis le début du projet
  • 44 ans: moyenne d'âge des personnes inscrites
  • 80 %: proportion d'hommes inscrits
  • 45 jours: temps moyen pour les intégrer en logement
  • 82 à 88 %: taux de succès de l'approche Logement d'abord, sur laquelle se base le projet Porte-clés
  • 50 000 $ à 60 000 $: coût social annuel d'un itinérant 
  • 12 000 $ à 15 000 $: coût social annuel d'une personne soutenue par Logement d'abord

Des effets positifs

Depuis qu'il a un chez lui, Yanick est beaucoup plus dans l'action, note l'intervenant Éric Gignac. La fin de semaine, il donne un coup de main à la cuisinière de la maison d'hébergement PECH. Il aide aussi d'autres candidats comme lui à déménager. Il a fait du ménage, de la peinture.

«Quand on intègre en logement une nouvelle personne, les gens comme Yanick qui aident au déménagement savent ce que l'autre va vivre. Les échanges d'information sont tellement riches. Il y a des messages d'encouragement qui se passent», remarque la coordonnatrice du projet Porte-clés Nathalie Giguère.

Des résultats positifs, les instigateurs du projet en ont d'autres. Comme ce candidat qui était admis à l'urgence une trentaine de fois par mois. Installé chez lui, ses admissions ont chuté à moins d'une trentaine de fois par année. «Le fait d'avoir un logement fait une grosse différence. Quand ils sont dehors, ils ont froid, ils s'en vont à l'urgence. Ça coûte cher à une société!» souligne Nathalie Giguère.

Un travail d'équipe avec les propriétaires

Dans la philosophie du projet Porte-clés, pas question de créer un immeuble à logements et d'y installer 60 itinérants. «On veut normaliser des personnes, qu'elles se sentent citoyens à part entière», insiste la coordonnatrice Nathalie Giguère. Mais pour y arriver, il faut développer un bon réseau de partenariat avec les propriétaires d'immeubles.

«Bâtir une crédibilité prend du temps. La défaire se fait en claquant des doigts», mime la coordonnatrice, bien consciente des difficultés à faire accepter sa clientèle.

Tous les efforts pour rassurer sont déployés. Une agente de logement, qui travaille pour Lauberivière, communique avec les propriétaires pour leur expliquer le projet Porte-clés. «Les propriétaires veulent trois choses : être payés, que le logement soit propre et ne pas avoir de problème avec les voisins», résume Nathalie Giguère.

Selon elle, ce qui aide beaucoup dans le processus, c'est le suivi assuré par Porte-clés. «Il faut être hyper vigilant sur le service qu'on donne aux propriétaires. Quand on nous appelle, on répond, on y va, on apaise. Ils ont besoin de pouvoir appeler 24 heures sur 24 s'il y a un bogue.» Elle explique que les intervenants passent chaque semaine, plusieurs fois s'il le faut.

«Si le locataire fait de l'insalubrité ou du ramassage compulsif, on le voit. On répare s'il y a des bris dans le mur, on lave les toilettes, on change les serrures, parce qu'il y en a qui perdent leur clé ou qui sont paranoïaques et pensent que des gens se sont introduits dans leur logement.»

Médiation

Les intervenants font aussi de la médiation entre propriétaires et locataires, et avec le voisinage. «Des fois, il y a des personnes avec des comportements inhabituels. Les intervenants vont démystifier tout ça.»

Nathalie Giguère voit les choses évoluer. «Au début, on se faisait regarder avec de gros yeux. Aujourd'hui, on a aussi de beaux commentaires. Des propriétaires nous appellent même pour nous dire qu'ils ont un logement disponible. On est rendu là, après un an et demi de travail.»

Un partenaire facilitant

Parmi les beaux partenariats que le projet Porte-clés a développés, la coordonnatrice Nathalie Giguère mentionne celui avec l'Office municipal d'habitation de Québec (OMHQ) et l'organisme Clé en main. Ce programme permet aux participants d'obtenir une subvention pour leur logement, un montant qui représente environ 25 % de leur revenu. «L'OMHQ a assoupli plusieurs de ses règles habituelles pour faciliter l'accès à un logement décent. C'est normalement un processus administratif qui demande plein de papiers, alors que les gens de la rue en ont peu ou pas du tout, comme leur carte d'assurance-maladie ou un rapport d'impôt à jour. L'OMHQ a accepté nos demandes de modifications de formulaire pour répondre aux besoins de la clientèle», salue Mme Giguère.




À lire aussi

  • Rebâtir sa vie après la rue

    Habitation

    Rebâtir sa vie après la rue

    Depuis un peu plus d'un an, Yanick Wagner a retrouvé le confort d'un logement. Une grande étape après avoir passé une dizaine d'années dans la rue.... »

  • Lauberivière: d'un bon lit à l'autonomie

    Habitation

    Lauberivière: d'un bon lit à l'autonomie

    Un accueil chaleureux, un lit confortable, de l'accompagnement. Voilà sur quoi le refuge pour sans-abri Lauberivière mise pour raccrocher les gens et... »

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer