Rebâtir sa vie après la rue

Yanick Wagner... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Yanick Wagner

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(Québec) Depuis un peu plus d'un an, Yanick Wagner a retrouvé le confort d'un logement. Une grande étape après avoir passé une dizaine d'années dans la rue. Avec l'aide du projet Porte-clés, il se rebâtit  une vie et se met à rêver d'un emploi.

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La complicité est évidente entre Éric Gignac, intervenant en stabilité résidentielle, et Yanick.

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À force d'avoir manqué de tout, Yanick a une petite tendance à accumuler plein de choses. Ce qu'il aime chez lui, c'est aussi de pouvoir se poser sur son divan.

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L'emplacement de son appartement en ferait rêver plus d'un. Rue Saint-Joachim, juste en bas du Hilton, à deux pas de la rue Saint-Jean et de la place d'Youville, à Québec. Mais ce que Yanick Wagner savoure le plus dans son nouveau trois et demie, c'est de pouvoir se laver et se brosser les dents, lui qui a vécu 10 ans dans la rue.

Dix ans. C'est du moins ce qu'il pense, parce qu'il en a perdu de grands bouts. Ballotté d'un refuge à l'autre, il a raccroché à une certaine réalité il y a un peu plus d'un an, aidé par les intervenants de Porte-clés, un projet qui intègre les itinérants en logement. «Je ne me rappelle pas toujours ce qui s'est passé, ce que j'ai fait. Là, j'arrive à me souvenir de ce que j'ai mangé hier», glisse le jeune homme de 36 ans. Dans son oeil, on sent poindre la fierté.

Yanick revient de loin, même s'il a déjà connu une vie normale. Dans la vingtaine, il travaillait comme assistant-gérant chez Hart. Il a aussi été préposé aux bénéficiaires et chef-serveur. «Tout allait bien. Pis j'ai commencé à prendre de la coke, du jus, pis ces cossins-là...» La drogue a pris le dessus sur sa vie. Tout son argent a fini par y passer.

Il a étiré l'élastique en ne payant pas le loyer une première fois, puis encore un peu plus en décidant un jour d'aller coucher dehors. Tant qu'il avait sa coke. «Au début, ce n'était pas si grave et dangereux que ça en avait l'air. Je ne pensais pas partir pour une si longue escale.»

Son logement perdu, il s'est retrouvé en ville, dans la rue. «Dehors, on cherche toujours à consommer le plus souvent possible pour cacher sa souffrance. On s'habille tout croche comme on peut, on ne se lave pas, on ne mange pas toujours, on se fait voler, on a la police dans nos pattes...»

Il raconte que, parfois, les gens riaient de lui, qu'il recevait des insultes dans les restaurants. «On ne peut pas faire ce qu'on veut, parce qu'on a toujours notre poche, nos sacs avec nous.»

Et il marchait beaucoup, à s'en blesser les pieds. «On change de place, on essaie de s'en sortir, mais on n'est pas capable.» Pas capable de prendre du recul.

C'est ce qu'il fait aujourd'hui chez lui. «M'asseoir sur le divan, ça fait tellement du bien! Ça me permet de m'arrêter et de regarder où je suis rendu. Avant, j'étais juste dans marde à chercher quelque part où coucher» dit Yanick qui a traîné sa misère entre Lauberivière et l'Armée du Salut.

L'aide d'Éric

Depuis qu'il est installé, il a retrouvé un peu d'assurance et de confiance. Il sent qu'il a davantage sa place dans le monde, contrairement à avant, où il se sentait «seul, faible et minable». «Je le vois encore un peu que j'ai été dans la misère, mais grâce à Éric, ç'a changé.»

Tout au long de l'entrevue qui a duré plus d'une heure, Éric Gignac couve Yanick du regard. Une force tranquille à ses côtés. Il est «intervenant en stabilité résidentielle». Mais il suffit de le voir discuter avec son protégé, arriver chez lui avec son coffre à outils, lui monter une table IKEA à quatre pattes par terre pour comprendre qu'il est bien plus.

Petit à petit, Éric a gagné sa confiance. Il se rappelle quand Yanick a emménagé dans un premier appartement, en mai 2016, il accumulait plein de trucs après avoir manqué de tout. «Je lui demandais de me faire un chemin pour me rendre au lavabo. La rencontre suivante, le chemin était fait», relate l'intervenant.

Éric débarquait avec deux cafés, des cigarettes et restait assis avec lui. «Après 10 minutes, il me disait: "C'est beau? C'tu fini, là? " Puis ça s'est étiré à 15 minutes, 20 minutes, une demi-heure.»

À ce souvenir, Yanick réagit en riant. «Il faut me laisser une chance! Moi j'étais tout le temps tout seul dans la rue. Lui arrive dans le décor, il s'assoit et veut que je lui parle. Je ne savais même pas quoi dire!»

Éric l'a toujours pris comme il est, même «gelé comme une balle». «Moi, je lui disais seulement : "Essaie de répondre à tes besoins de base le plus possible". À un moment donné, il m'a dit: "Oui, ç'a du bon sens ce que tu me dis. Je me rends compte que si je ne dors pas, c'est plus difficile".»

Se nourrir, se coucher, dormir sont redevenues des priorités, alors que la drogue régnait auparavant dans sa vie. Après des douzaines de thérapies, Yanick ne prend plus de cocaïne. Il consomme encore certaines substances, notamment du pot, en témoigne l'odeur persistante dans son appartement. «Mais beaucoup moins qu'avant», dit-il.

Une cuisine avec coin dînette pour réapprendre à... (Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 2.0

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Une cuisine avec coin dînette pour réapprendre à se nourrir, une nouvelle priorité pour Yanick. En bas à droite, la table IKEA montée par Éric Gignac.

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De progrès en progrès

La drogue a eu des séquelles sur la santé de Yanick et un juge a imposé un suivi dans la communauté pour qu'il prenne de la médication. La bonne nouvelle, depuis qu'il est en logement, il est passé de 12 injections par an à seulement quatre.

Autre progrès, le jeune homme annonce qu'il ne va quasiment plus à la soupe populaire de Lauberivière depuis deux mois. Et il essaie de faire l'épicerie plutôt que d'aller à la banque alimentaire.

«Il va juste me rester à retourner travailler», lance Yanick, en contact avec Le Pavois, un organisme qui l'aidera à trouver un emploi. Qu'est-ce qu'il aimerait faire? Busboy ou serveur. Ce ne sont pas les restos qui manquent autour de chez lui.

Renouer avec la famille

À travers tout ce cheminement, Yanick a renoué avec sa famille, dont il a été coupé durant six ans. Il aura fallu une triste nouvelle, son père atteint d'un cancer, et décédé depuis peu. «Je m'en sors», dit-il visiblement en paix.

À 18 ans, son père lui avait montré la porte de la maison, mais le jeune homme a mis le passé derrière lui. «Je suis allé à l'hôpital. On s'est parlé juste avant qu'il parte.» Aujourd'hui, sans rien pouvoir effacer, il tente de se rapprocher de sa mère et de son frère.

Avant de nous quitter, il se tourne vers Éric et lui demande s'il peut avoir un chat. Ça lui ferait de la compagnie. «Et est-ce que j'ai le WiFi chez nous?» Éric le prend par l'épaule: «On va checker ça.»




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