Ces maisons qui font frissonner

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(Québec) Un soir d'octobre, vous roulez doucement dans un quartier, quand, soudain, une demeure attire votre oeil. Avec ses tourelles, ses pignons et sa grande galerie, elle est bien différente des bungalows qui l'entourent. Mais ce que vous remarquez le plus, c'est cette espèce d'énergie qui s'en dégage. Quand l'architecture donne froid dans le dos.

«Votre maison, elle nous fait peur!»

La maison Lefebvre a vu passer des générations... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 3.0

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La maison Lefebvre a vu passer des générations dans ses murs, et la maison elle-même a vécu plus d'une vie.

Le Soleil, Patrice Laroche

«C'est une maison mythique dans le quartier. Tout le monde la connaît», exprime Michel Gauthier, copropriétaire de la Maison Lefebvre. Les soirs d'Halloween, «chaque fois qu'ils viennent, les enfants nous disent : "Votre maison, elle nous fait peur!"»

Inscrites dans la céramique du hall d'entrée, deux initiales : «B.L.» pour Béland-Lefebvre. En 1924, Joseph-Alexis Lefebvre a fait construire la structure actuelle de la maison. Ingénieur civil, il a établi les plans de la maison avec un ouvrier français qui a vécu chez lui pendant un peu plus de trois ans, raconte son fils Antonin Lefebvre, au Soleil.

À sa mort, la maison est devenue la propriété de son fils, puis de la femme de ce dernier, Yvette Laberge. Cette dernière a finalement vendu la résidence à Michel Gauthier, scénographe, et Michel Labbé, artiste en arts visuels.

Immense maison de pierres avec deux tourelles, la résidence est entourée d'un grand jardin, une rareté à l'endroit où elle est située, au coin du boulevard des Chutes et de l'avenue du Collège, dans Beauport. Elle a été rénovée pendant de nombreuses années, tant l'intérieur que l'extérieur. «Je me souviens, c'était une catastrophe, elle avait l'air d'une maison hantée», se souvient Michel Labbé. Mais elle était habitable tout de suite, malgré les nombreux travaux qu'ils ont dû faire. «Cinq ans de plus dans cet état, et elle se délabrait.»

Son architecture et sa grosseur la distinguent des résidences du quartier. À l'origine, elle était encore plus isolée. Sur d'anciennes photos datant des années 50, on la voit seule au milieu des champs. Alors qu'Yvette Laberge se départissait de la maison en 1984, elle a aussi vendu les terrains qui l'entouraient, autrefois propriétés des Lefebvre. La maison est désormais encerclée de constructions plus récentes.

À l'intérieur, la pierre, la brique et le bois règnent. Un grand foyer trône au milieu de la salle à manger et le papier peint des murs, d'origine, reproduit un effet bois. Au sous-sol, en suivant un mur de briques qui tourne sur lui-même, on arrive à l'endroit où les anciens propriétaires recevaient le charbon. En revenant sur nos pas, on a l'étrange impression de se trouver dans un labyrinthe.

La maison de style éclectique victorienne n'a pas toujours eu l'apparence qu'elle a aujourd'hui. «C'était une ancienne maison de ferme. C'était une petite maison, mon père a bâti tout autour», raconte Antonin Lefebvre. En observant certains détails, les propriétaires actuels estiment que pendant la construction, les escaliers auraient été déplacés. Sous la charpente du toit, ils ont retrouvé une vieille charpente, celle de l'ancienne demeure.

Lorsqu'ils ont pris possession de la maison, en 1984, ils ont dû refaire la plomberie et l'électricité. Les tuyaux sifflaient dans les murs et chaque fois qu'ils branchaient plus d'un appareil dans une prise électrique, les fusibles sautaient ou faisaient des flammèches. Un autre occupant, plus susceptible d'y voir là des signes occultes, aurait pu prendre ses jambes à son cou.

Pendant les travaux de rénovation, ils ont aussi retrouvé un journal dans un mur, un vieil exemplaire du Soleil. En reconstruisant, ils en ont enfermé un à leur tour.

La maison devrait changer sous peu de propriétaire. Son statut mythique dans le quartier a attiré les visiteurs curieux. «La première visite qu'on a eue, la femme avait joué avec les enfants qui étaient ici.»

Maintenant, la question qui tue : «La maison est-elle hantée?» Non, répondent les propriétaires. Aucune mort violente ni événement traumatisant ne s'y serait passé. Et une fois la plomberie et l'électricité changées, la maison est redevenue silencieuse. Au contraire des rumeurs qui, elles, ne cessent de courir sur le château du boulevard des Chutes.

Ces victoriennes où naissent des légendes

«Les bâtiments continuent de faire peur au monde» à travers les siècles, analyse Marc Grignon, professeur en histoire de l'architecture à l'Université Laval, pour qui le fait d'attribuer un fantôme, ou une légende, à un lieu témoigne du «pouvoir qu'un bâtiment a sur les gens».

Les maisons hantées reviennent couramment dans la littérature et le cinéma. Ces maisons isolées et dégagées sur leurs quatre faces surplombent les villages d'un air menaçant. On les retrouve dans les films de Hitchcock notamment, mais ces derniers se basent sur une tradition des romans gothiques, dont les histoires sont peuplées de châteaux hantés.

Dans ces récits, les lieux eux-mêmes sont dotés d'une âme qui leur est propre. Un sentiment que l'on retrouve dans les maisons «hantées» des quartiers de banlieue qui, en plus d'une âme, ont droit à leur propre nom.

Et à l'image des châteaux hantés, elles en gardent les éléments: tourelles, clôtures métalliques, fontaines, pignons et épis, qui sont caractéristiques de l'architecture éclectique victorienne. Ce type de bâtiment, construit fin XIXe, début XXe, est surreprésenté dans les films d'épouvante.

«Un jour, on verra peut-être des bungalows hantés, mais normalement, on s'en tient aux vieilles affaires», rigole Pierre Cloutier, des Sceptiques du Québec.

Spiritisme

Pour un petit brin d'histoire, une explication possible de l'association entre l'architecture et les fantômes découlerait du grand intérêt pour le spiritisme à la fin du XIXe siècle, de même que l'arrivée de la photographie. Certains charlatans se vantaient d'ailleurs de pouvoir prendre les morts en photos. Et les séances de spiritisme, où les vivants tentent d'entrer en contact avec les morts, très populaires dans les milieux bourgeois, se déroulaient dans des maisons dont l'architecture... vous l'aurez deviné, était victorienne.

Les séances de spiritisme ont été très à... (Image libre de droits, tirée d'une édition de l'Illustration en 1853) - image 5.0

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Les séances de spiritisme ont été très à la mode fin XIXe siècle et première moitié du XXe siècle. Victor Hugo et l'ancien premier ministre Mackenzie King se sont notamment adonnés à ces séances où les vivants tentent d'entrer en contact avec les morts.

Image libre de droits, tirée d'une édition de l'Illustration en 1853

Mais l'architecture seule ne peut expliquer la fascination qu'exercent certaines maisons plutôt que d'autres. En effet, ce type de bâtiments, explique M. Grignon, se retrouvent beaucoup dans le quartier Montcalm et encore plus à Montréal, sur le Plateau, mais ils ne possèdent pas la même «aura».

Pour ce faire, la maison doit être isolée. Si ce n'est pas par un grand terrain, c'est par ses caractéristiques. C'est pour cette raison qu'en banlieue, ces maisons fascinent autant. «En banlieue, il fait moins clair, il y a plus de silence. Et les maisons hantées sont rarement ordinaires», remarque M. Cloutier.

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