Construction durable: une pionnière reçoit le titre LEED Fellow

«Avec le titre de LEED Fellow, je me... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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«Avec le titre de LEED Fellow, je me sens encore plus responsable d'être un agent de changement, pour essayer de mobiliser les gens, pour aller encore plus loin», a indiqué Josée Lupien, qui a reçu ce titre la semaine dernière à Los Angeles.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Ils sont seulement deux au Québec à détenir le titre de LEED Fellow, la plus haute reconnaissance dans l'industrie du bâtiment durable. Après Martin Roy, qui a obtenu ce statut en 2013, Josée Lupien vient tout juste de le recevoir à la conférence internationale Greenbuild de Los Angeles.

Décrite comme une «pionnière des principes de construction durable», elle fait évoluer la cause depuis une douzaine d'années. Elle a notamment cofondé Vertima, consacrée à la validation et à la certification de matériaux écologiques auprès des manufacturiers. Son entreprise implantée à Québec, à Montréal, à Sherbrooke et dans le Bas-Saint-Laurent vient aussi d'ouvrir un bureau avec des partenaires aux États-Unis.

De retour de la conférence Greenbuild, Josée Lupien est plus convaincue et militante que jamais. Cette Montréalaise établie dans la capitale depuis 2008 a répondu aux questions du Soleil. Mais avant tout, elle tenait à partager ses honneurs, «un travail au fil du temps avec plein de collaborateurs».

Q Comment atteint-on la plus haute distinction dans l'industrie du bâtiment durable, LEED Fellow?

R Ce n'est pas nous qui choisissons d'être LEED Fellow. Ce sont nos pairs qui appuient notre candidature. J'ai eu de belles lettres d'appui du Conseil du bâtiment durable du Canada, de Québec International, des architectes avec qui j'ai eu la chance de faire évoluer la cause. Initialement, j'avais une volonté de le devenir, parce que je considère que j'ai eu la chance d'être partie prenante de l'évolution du bâtiment durable.

Il y a un comité au U.S. Green Building Council qui statue si notre dossier est accepté. En cours de processus, il a fallu que je redémontre des preuves satisfaisantes au-delà de mes appuis et de mon dossier initial pour préciser des actions. Ça demande aussi un minimum de 10 ans d'implication et huit ans de titre professionnel.

Ce qui m'a surprise, c'est d'être la seule au Canada à recevoir ce titre cette année.

Q Où votre engagement a-t-il commencé?

R Ce qui est intéressant de voir dans un cheminement professionnel, c'est qu'on fait des choses par conviction, mais on n'anticipe pas ce qui va arriver dans le futur.

J'ai commencé très humblement. Je travaillais avec les architectes en leur suggérant des produits de revêtements de peinture qui rencontraient les exigences LEED. On était la seule compagnie qui avait ce type de produits. J'ai acquis des connaissances pour démontrer comment les produits étaient conformes, parce qu'à la base, ils ne sont pas LEED d'emblée.

Il s'est alors créé un noyau de gens interpellés par la certification LEED. On est devenus des bénévoles au sein du Conseil du bâtiment durable du Canada (Josée Lupien est membre fondatrice de la section Québec). Un de mes premiers chapeaux était d'être en charge du comité éducation au Québec. Mais si je voulais aider les gens à évoluer, à passer leurs examens, je devais en connaître davantage et passer l'examen moi aussi.

En 2006, j'ai obtenu un titre et je suis devenue une référence. Au point où avec mon conjoint et associé, Jean DesRosiers, on a décidé de fonder notre entreprise, Vertima en 2008. Notre coup de coeur a été d'aider les manufacturiers à faire ce même cheminement, à faire la démonstration comment leurs produits pouvaient contribuer à LEED.

Q Toute cette approche écologique, santé, qualité de vie était importante pour vous?

R J'ai un background en sciences de la santé et en design intérieur. J'ai un parcours assez varié qui me sert dans tout ce que je fais. Il y a un dénominateur commun qui est le bien-être des gens dans leur environnement.

Sans en faire toute une histoire, j'ai eu des problèmes de santé très jeune. Le contact humain est très important. Ce qu'on peut vivre avec les gens autour de nous et ce qu'on peut faire pour les aider, ç'a toujours été ma motivation.

Q Vous êtes la première femme LEED Fellow au Québec. Vous avez mentionné que votre titre serait véritablement utile «en allant de l'avant et en inspirant les femmes et les jeunes générations». Quel est l'apport des femmes dans votre milieu?

R Je ne fais pas de distinction entre le travail des hommes et des femmes. Mais je trouve que la femme au fil du temps a réussi à faire sa place. J'ai eu la chance de collaborer beaucoup avec de femmes, de belles sources d'inspiration et de motivation pour aller plus loin. J'ai commencé en 1986 où c'était un milieu d'hommes. À l'époque, il y a des gens qui ne voulaient même pas me parler parce que j'étais une femme. J'ai vécu l'évolution et je veux donner de l'espoir.

Q Après toutes ces années d'implication et de réflexion, pouvez-vous nommer trois défis pour le Québec?

R En amont, les différents corps de métier devraient beaucoup plus discuter, collaborer, se concerter pour faire dès le départ un bâtiment plus performant, plus sain.

Les gens doivent aussi avoir la passion de faire de beaux bâtiments. J'arrive de Greenbuild, où j'ai eu la chance de voir le fondateur de Starbucks, un monsieur de plus de 80 ans qui partageait sa vision, qui à l'échelle internationale a décidé d'intégrer les critères LEED dans l'aménagement intérieur de ses cafés.

Troisièmement, on entend de plus en plus parler des engagements pour réduire les gaz à effet de serre. Dans un contexte de construction, ça touche tout : la performance énergétique, l'orientation, la forme du bâtiment, le choix des matériaux. Il y a des initiatives à l'international qui exigent des produits à faible empreinte carbone. Pour moi, c'est un incontournable.

Q Vous avez déjà soulevé dans le passé le côté «marketing» de la certification LEED. Qu'en pensez-vous aujourd'hui?

R Ce que j'aimerais, c'est que les gens le fassent pour la bonne raison, pas juste pour avoir une certification.

Il y a beaucoup d'avantages à avoir une certification LEED. Le piège, c'est d'y adhérer en cours de route pour aller chercher un point ici et là. Le but est plutôt d'avoir une vue d'ensemble pour réduire l'impact environnemental à long terme, qui est la valeur ajoutée.

Présentement, il y a quand même beaucoup de promoteurs qui disent que s'ils ne font pas de projets LEED, ils perdent de la cote.

Veux, veux pas, le promoteur en a beaucoup à respecter pour avoir un projet compétitif et rentable. J'ai l'exemple de l'un d'entre eux qui devait faire la certification parce que son locataire l'exigeait. Il était plus ou moins content, mais à force d'avancer, il a réalisé qu'il allait avoir une réduction de son taux hypothécaire parce que le projet était LEED. Il y a des aboutissants qui font que les clients sont contents.

J'ai aidé la Ville de Québec à monter le programme de subvention pour les écoquartiers. Quand il y a des soutiens comme ça, c'est encourageant.

Petit lexique des titres LEED

À côté du nom de Josée Lupien, les titres se succèdent: LEED PA C+CB, DI+C et maintenant Fellow. Comment s'y retrouver?

Les titres d'agrément LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) s'obtiennent après la réussite d'examens donnés par l'U.S. Green Building Council. Il y a trois niveaux de titres LEED.

Niveau I: Associé écologique LEED

Ce titre reconnaît les personnes qui ont démontré l'acquisition des connaissances de base des principes fondamentaux du bâtiment durable et indique que son détenteur est à la fine pointe de l'industrie du bâtiment durable.

Niveau II: PA (professionnel agréé) LEED avec spécialité

Le titre démontre que son détenteur possède une connaissance plus approfondie des pratiques du bâtiment durable et une spécialisation dans un système d'évaluation des bâtiments LEED. Il s'applique à cinq domaines:

› PA LEED conception + construction de bâtiments (C + CB)

› PA LEED habitations

› PA LEED design d'intérieur + construction (DI + C)

› PA LEED aménagement de quartier (AQ)

› PA LEED exploitation et entretien (E + E)

Niveau III: LEED Fellow

Le titre de Fellow LEED reconnaît une classe extraordinaire de professionnels d'élite. Les fellows contribuent à l'amélioration des normes de pratique et à la constitution d'un corpus de connaissances favorisant l'amélioration continue dans le domaine des bâtiments durables. Le titre est attribué à la suite d'un examen par les pairs et d'une mise en candidature.

Source: Conseil du bâtiment durable du Canada

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