Le plein d'information sur l'écohabitation

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La maison durable de Kate Alvo à Portneuf, une construction en ballots de paille et en bois sur pilotis, avec design solaire passif.

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(Québec) L'Espace 400e accueille ces jours-ci la première foire de l'environnement et de l'écohabitation Écosphère à Québec. C'est le temps d'aller faire le plein d'info sur les maisons saines, la façon de les construire, de les orienter, de les isoler, les matériaux à utiliser. En plus des quelque 200 exposants sur place, autant dans le domaine de l'habitation que ceux de la santé et de l'alimentation, des conférenciers partagerons leur savoir-faire et leurs solutions pour protéger la planète. Le Soleil s'est entretenu avec trois d'entre eux la semaine dernière, histoire de donner le ton.

Kate Alvo et son ex-conjoint, Bernat Ferragut Sole,... (Fournie par Kate Alvo) - image 1.0

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Kate Alvo et son ex-conjoint, Bernat Ferragut Sole, qui ont construit la maison de Portneuf. 

Fournie par Kate Alvo

Kate Alvo n'a pas peur du Grand Méchant Loup. Elle a construit sa maison en ballots de paille dans Portneuf, avec son ex-conjoint, Bernat Ferragut Sole. Elle habite toujours cette habitation durable et s'en sert pour donner des cours, des ateliers... et montrer ses défauts. Pour que les gens ne reproduisent pas les mêmes erreurs.

Designer pour Terracines, qui offre des services de consultation et de design en écoconstruction et en permaculture, Kate Alvo a d'abord appris «sur le tas», avant de perfectionner sa passion.

«J'avais 22 ans quand on a rénové une vieille maison avec mon père. En fait, on l'a complètement reconstruite», dit-elle en précisant que son père ne travaillait pas dans le domaine, mais qu'il aimait récupérer les vieux matériaux. Quand il est décédé, elle s'est retrouvée avec cette demeure retapée à quatre mains et a décidé de la faire inspecter. 

«J'ai su qu'il y avait plein de choses qui n'avaient pas été faites selon les règles de l'art. Je me suis retrouvée à la re-reconstruire une deuxième fois, à refaire la fondation, l'isolation, les fenêtres, la finition...» Un projet formateur dont elle s'est départie depuis.

Sa soif de connaissances pour la construction écologique, Kate Alvo l'a assouvie dans un programme spécialisé offert en Ontario, sous les enseignements de Chris Magwood. Elle a suivi cette formation intensive de cinq mois durant laquelle elle a touché à plusieurs techniques : ballots de paille, chanvre, géothermie, planchers radiants, toiture verte, toilette et compost, collecte d'eau de pluie, panneaux solaires... «C'était vraiment complet», dit-elle en ajoutant qu'il y avait aussi un volet design.

Sa maison actuelle est isolée en ballots de paille, même si elle ne privilégie pas une technique plus qu'une autre dans sa pratique. «Chaque situation est différente. Ça dépend des besoins des clients, des capacités de construction, du site.»

Loin de l'humidité

Une fois les murs fermés, on ne voit... (Fournie par Kate Alvo) - image 2.0

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Une fois les murs fermés, on ne voit plus la paille. La maison se pare de bois et de lumière. 

Fournie par Kate Alvo

Par exemple, la construction en ballots de paille n'est pas conseillée pour une maison à moitié enterrée, très près du sol. Ou encore située à Vancouver, où il pleut beaucoup. «La paille, il faut la tenir loin de l'humidité», dit-elle en précisant que le climat québécois ne cause pas de problème. 

Lors de sa conférence à la foire Écosphère de Québec, Kate Alvo parlera des avantages de ce type de construction, expliquera la différence entre la paille et le foin, donnera un petit cours de science de la paille. «Comment ça se fait que les murs respirent? Que l'humidité traverse naturellement?» Elle abordera aussi différentes techniques de construction en paille.

La designer écologique n'a pas de chiffres sur l'inventaire des maisons en paille dans la province. Elle estime qu'il y en a une bonne dizaine au Groupe de recherches écologiques de La Baie, au Saguenay, qui développe d'ailleurs un deuxième écovillage. Mais on en trouve beaucoup plus en Ontario, où Chris Magwood, justement, pousse le dossier, fait des recherches et collabore avec des universités, demande des tests d'ingénierie sur des murs de ballots de paille préfabriqués. «Ils ont intégré un code de construction de ballots de paille en Ontario. On n'a pas ça au Québec», mentionne Kate Alvo.

Articles à l'appui, elle assure par ailleurs qu'une telle construction dépasse de loin les normes pour le feu. «Les murs sont enduits. Ils ont un pouce de crépi de chaque côté, et le crépi est un coupe-feu. De plus, pour que le feu prenne, il faut de la circulation d'air, et dans un ballot de paille, il n'y en a pas.»

Elle reconnaît que pendant la construction, il faut faire plus attention avec la paille qui traîne par terre. «Mais une fois le mur construit, c'est extrêmement ignifuge. Plus qu'une maison en bois.»

Avant de se lancer dans un projet écologique, quel qu'il soit, Kate Alvo croit qu'il est essentiel de bien comprendre les bases de la science du bâtiment et les détails de la construction pour éviter les problèmes, notamment d'infiltration. «Il faut s'assurer de bien construire en partant. Peu importe les matériaux utilisés, si on veut que la maison soit durable, on ne veut pas être obligé de remettre de l'énergie à la reconstruire.»

Elle-même offre chez elle à Portneuf une formation théorique d'une journée. «Ça donne les bases, ça permet aux gens de savoir ce qu'ils doivent approfondir ensuite.» 

***

  • Kate Alvo, designer pour Terracines, prononcera une conférence intitulée La construction en ballots de paille démystifiée, dimanche à 15h à l'Espace 400e sous chapiteau.
  • www.terracines.ca
  • maisondurableportneuf.blogspot.ca (blogue sur la construction de sa maison, principalement en anglais)

Les earthships à la sauce québécoise

Ce dessin représente bien la philosophie des maisons... (Fournie par Solution Era) - image 4.0

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Ce dessin représente bien la philosophie des maisons que propose Solution Era, avec une serre en avant, un garage pour recueillir l'eau de pluie, une zone saine au centre d'un étage ou deux, construite avec des matériaux naturels. 

Fournie par Solution Era

Francis Gendron était guide de plein air jusqu'à ce jour de 2011 où il a vu Garbage Warrior (Guerrier des poubelles). Ce film retrace la vie de Michael Reynolds, un architecte américain qui a établi au Nouveau-Mexique une communauté expérimentale de maisons écologiques, les earthships. Son destin venait de changer.

Séduit par ces constructions basées sur la récupération et le recyclage, autosuffisantes en matière d'eau, d'électricité, de régulation thermique, voire de nourriture, Francis Gendron est parti étudier à la toute nouvelle Earthship Academy, à Taos, Nouveau-Mexique. 

«Là-bas, j'ai réalisé qu'il y avait très peu d'information en français sur le sujet.» Simplement pour partager son expérience, il a commencé à faire des vidéos sur YouTube, qui ont connu un franc succès.

À son retour au Québec, Francis Gendron a donné une centaine de conférences, auxquelles 7000 personnes ont assisté. On lui réclamait des formations. De là est née Solution Era, dont il est cofondateur avec Frédéric Wiper, lui aussi «académicien» de Taos.

Seulement voilà. «Je savais qu'on ne pouvait pas juste copier ici les maisons du Nouveau-Mexique. On croyait aux principes, mais il fallait les adapter au Québec», raconte Francis Gendron.

Pour l'aider dans sa démarche, il a rassemblé des experts québécois qui «allaient dans la même direction», la construction écologique. Ensemble, ils ont conçu deux cours offerts par Solution Era.

Frédéric et Francis donnent la formation Introduction au design de bâtiment écologique à Québec, à Sherbrooke et à Montréal. «En deux jours, on fait le résumé de ce qu'on a appris de meilleur au Québec, avec la philosophie de là-bas.»

Les plus intéressés peuvent poursuivre en suivant un certificat complet échelonné sur six mois, une fin de semaine par mois, durant lequel défilent des experts. Pour une question de logistique, cette formation est donnée uniquement à Montréal. «C'est un cours bien structuré pour que les gens apprennent, mais aussi pour qu'ils construisent eux-mêmes le plan de leur maison de rêve, supportés par les experts.»

Académie en ligne

Francis Gendron, cofondateur de Solution Era et de... (Fournie par Solution Era) - image 5.0

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Francis Gendron, cofondateur de Solution Era et de La Serre du futur, a eu la piqûre pour la construction écologique en voyant le film Garbage Warrior

Fournie par Solution Era

Devant la demande soutenue, les cofondateurs de Solution Era ont lancé un projet de sociofinancement Kickstarter en novembre dernier pour créer une académie en ligne. La campagne leur a permis d'amasser 76 000 $ et le cours d'introduction sera disponible en ligne sous peu, le certificat complet, dès novembre ou décembre 2016, annonce Francis Gendron.

Les deux associés ont lancé une deuxième compagnie appelée La Serre du futur, dont un DVD est mis sur le marché. «On s'est inspiré des mêmes principes, mais pour une serre écologique.» 

Prochaine étape, ils travaillent sur un projet de plans de maisons. «Construire une maison écologique peut encore générer un peu de friction. Les constructeurs, ceux qui dessinent les plans connaissent moins ça», a constaté Francis Gendron ces dernières années.

L'idée est donc d'offrir des plans de maisons et d'établir des partenariats avec des promoteurs de terrains et ceux qui construisent. «On trouve nous-mêmes les entrepreneurs qui respectent nos standards. Il n'y en a pas beaucoup au Québec», dit Francis Gendron en assurant toutefois pouvoir couvrir tout le territoire.

Et à quel genre de maison s'attendre? «La grosse différence entre une maison normale et ce qu'on essaie de développer, c'est un effort particulier pour interagir avec les phénomènes naturels. On s'assure de maximiser le gain solaire, 75 % des fenêtres vont être du côté sud, on va ramasser l'eau de pluie, pour devenir autonome en eau ou juste pour alimenter la toilette ou le jardin.»

Francis Gendron vise aussi des maisons «regénératives», qui permettront d'améliorer la santé de ses habitants. 

Il parle encore de maisons «résilientes», capables de créer leur propre chaleur, sans nécessairement être entièrement autonomes. «On ne veut pas faire peur aux gens, car plus une maison est autonome, plus son coût initial est élevé. Il faut être réaliste. À Taos, l'électricité faite au nucléaire et au charbon n'est pas écologique, ni économique. Les maisons sont 100 % autonomes. Tandis qu'ici, on a Hydro-Québec, notre électricité est plus écologique et moins chère.»

Enfin, le duo veut proposer des maisons «évolutives», auxquelles il sera possible d'ajouter une serre pour faire pousser un peu de nourriture, un garage pour ramasser l'eau de pluie. Le tout construit avec des matériaux recyclés et/ou naturels. 

Architectes et ingénieurs sont à finaliser les plans de ces maisons écologiques, résilientes, évolutives rêvées par Francis Gendron et Frédéric Wiper. Le premier modèle, le plus petit, s'appellera Simplicité, et son coût de construction débutera à 85 000 $. Le plus grand modèle, sur deux niveaux, devrait monter à 300 000 $.

«On cherche un point qui s'appelle l'écoabordabilité. Au départ, la maison vaut plus cher, mais dès les premiers paiements, elle coûte moins cher qu'une maison normale, car elle permet des économies d'énergie et d'entretien, car on aura pris soin de choisir des matériaux sans entretien.»

Solution Era occupera un kiosque à la foire Écosphère de Québec.

***

  • Francis Gendron, cofondateur de Solution Era et de La Serre du futur, prononcera une conférence intitulée Concevoir sa maison écologique et résiliente de rêve au Québec le samedi 28 mai à 12h à l'Espace 400e sous chapiteau.
  • www.solutionera.com
  • www.laserredufutur.com
 

Les maisons écologiques comme mode de vie

Maryse Leduc veut que ses maisons saines soient... - image 7.0

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Maryse Leduc veut que ses maisons saines soient aussi belles, lumineuses, qu'on y soit bien et pour longtemps. 

Maryse Leduc a du vécu dans le baluchon. Elle cumule 27 ans de métier dans le domaine des maisons écologiques, estime en avoir construit et rénové environ 1300. «C'est un mode de vie. J'ai plongé là-dedans», dit l'architecte et designer qui a orienté sa pratique en fonction de son intérêt de toujours pour la santé et le bien-être.

L'air intérieur d'une maison conventionnelle peut être plus pollué que l'air extérieur d'une grande ville, laisse-t-elle tomber. Tout dépend des matériaux utilisés et de ce qu'ils dégagent comme produits. «Mais ce n'est pas juste en mettant de la peinture sans COV [composés organiques volatils] qu'on fait une maison écologique», poursuit celle qui parle d'une approche globale, adaptée à chaque personne, à chaque terrain.

«Mieux vaut une plus petite maison de qualité... - image 8.0

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«Mieux vaut une plus petite maison de qualité qu'une grande maison sans âme», prône Maryse Leduc, architecte et designer de Montréal, qui a toujours orienté sa pratique en construction écologique.

Quand elle décrit sa philosophie, elle s'attarde notamment à l'implantation de la maison. Toutes ses constructions sont solaires passives, donc conçues pour bénéficier au maximum du rayonnement du soleil. Ce qui ne veut pas seulement dire qu'elles sont orientées au sud, nuance-t-elle. «C'est rendu très poussé, très raffiné et scientifique pour éviter la surchauffe l'été et l'aveuglement l'hiver.» 

L'architecte et designer prône un minimum d'interventions sur le terrain. Elle s'adapte selon s'il est situé en ville ou à la campagne et privilégie une implantation naturelle, «comme si la maison avait poussé toute seule». 

Elle insiste sur la dimension écoénergétique. En 2016, construire une maison «super isolée» est la chose à faire, selon elle. «On vit dans un pays nordique. Quand on est bien habillé, on adore l'hiver», compare celle qui fait même des maisons à double ossature. «Pour une différence de coût minime à l'échelle d'un projet, c'est incroyable ce qu'on va chercher en termes de confort, de bien-être et aussi d'économies d'énergie!» Elle voit la chose comme un investissement, un emprunt d'argent à soi-même.

Privilégier la qualité

Dans un projet, c'est le budget qui mène, convient-elle. Tout devient alors une question de choix. «Je pense qu'on ne peut pas construire une maison neuve aujourd'hui sans être conscient des matériaux qui seront durables. Il vaut peut-être mieux en faire un peu moins pour privilégier la qualité. Il faut savoir mélanger le cher et le cheap, c'est un art», lance-t-elle avec couleur. 

Devant la variété de matériaux, de systèmes de chauffage, de vitrages, de techniques de construction, elle recommande d'être assisté.

Lors de sa conférence à la foire Écosphère, elle abordera l'approche LEED (Leadership in Energy and Environmental Design), qui privilégie les matériaux locaux. «Tout ce qui vient de l'extérieur, c'est du kilométrage et de l'essence gaspillée. C'est sûr qu'une ardoise de Chine va coûter moins cher qu'une ardoise locale, mais on peut choisir de couper sur autre chose pour se payer ça. Et il y a le plaisir de dire : mon ardoise vient du Québec.»

Faire une maison en plastique, ça ne coûte pas cher. Comme manger des chips ne coûte pas cher, poursuit Maryse Leduc. L'écohabitation et l'alimentation bio ont cette réputation de faire gonfler la facture. Tout devient une question de priorité, selon elle. D'où l'importance d'un travail d'éducation. «Plus on sait, plus on fait attention. La maison, c'est notre troisième peau, après notre corps et nos vêtements.»

Le Québec en retard

Un projet du bureau Maryse Leduc architecte et... - image 9.0

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Un projet du bureau Maryse Leduc architecte et designer, dans Charlevoix

Toutes ses constructions sont solaires passives, donc conçues... - image 9.1

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Toutes ses constructions sont solaires passives, donc conçues pour bénéficier au maximum du rayonnement du soleil.

Quand elle regarde ce qui se construit en Allemagne, avec les panneaux solaires partout, elle ne peut que constater le retard au Québec. «Ah mon Dieu qu'on est en arrière!» lâche-t-elle avant de reconnaître un effort «notable» depuis quelques années. Surtout en ce qui concerne le choix de matériaux. 

En conférence, Maryse Leduc parlera de ses connaissances des presque 30 dernières années (y compris les «désastres» des débuts). 

Elle est aussi en train d'écrire un livre avec André Bourassa, un autre pionnier de l'architecture écologique au Québec. «On collige nos expériences. On veut partager, sans donner de leçon à personne.»

***

  • Maryse Leduc, architecte et designer, prononcera une conférence intitulée 27 ans de maisons écologiques le samedi 28 mai, 14h, à l'Espace 400e sous chapiteau.
  • Info : maryseleduc.com

=> Vous voulez y aller?

  • Quoi : Foire Écosphère environnement et écohabitation de Québec
  • Quand : 28 et 29 mai
  •  : Espace 400e
  • Entrée : gratuite
  • Information : projetecosphere.org/foire-de-quebec

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