Quête d'idées pour aider les gens handicapés à visiter leurs amis

Michel Bédard, résident de Québec et militant, et... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Michel Bédard, résident de Québec et militant, et Olivier Collomb d'Eyrames, directeur du Regroupement des organismes de personnes handicapées de la Capitale-Nationale

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Michel Bédard est né avec le spina bifida et se déplace en fauteuil roulant. Il y a quelques années, il avait une copine qui habitait au troisième étage d'un immeuble. Pour la visiter, il devait monter et descendre 26 marches... à bras. Cette embûche, il la vit aussi lorsqu'il se retrouve devant une maison ou un bungalow dont l'entrée est perchée quelques marches plus haut.

«Ce qui est tannant, c'est qu'on ne peut jamais aller voir nos amis. Ça crée de l'isolement», déplore Olivier Collomb d'Eyrames, directeur du Regroupement des organismes de personnes handicapées de la Capitale-Nationale (ROP 03). Il pense aussi aux aînés, dont plusieurs ont des limitations et font face aux mêmes problèmes.

C'est pourquoi il a lancé le concours Au commencement était l'entrée. Un brassage d'idées pour aider les gens en fauteuil roulant, manuel ou motorisé, à franchir le seuil de la porte chez les personnes de leur entourage.

Jusqu'au 1er mai, étudiants en aménagement, en architecture, en design, en génie mécanique, en ergothérapie, en marketing au collégial ou à l'université sont invités à s'inscrire gratuitement en vue de proposer des solutions. Chaque inscription sous-entend une équipe multidisciplinaire de deux à cinq personnes, qui impliquera idéalement quelqu'un en fauteuil roulant. 

«Il faut que les gens se parlent», croit fermement Olivier Collomb d'Eyrames. En santé, on cherche à réparer la personne qui a un handicap. En génie, on l'aborde comme un poids de tant de newtons à soulever à telle hauteur. En marketing, on pensera au volet esthétique, un aspect non négligeable, insiste le directeur du ROP 03. Il pense aux plateformes élévatrices existantes : «C'est gros, c'est pas pratique, c'est moche. Personne ne mettrait ça devant chez lui.»

10 critères d'évaluation

Parmi les 10 critères d'évaluation des solutions qui seront soumises au concours, il y a d'ailleurs la subtilité, soit un esthétisme intéressant. S'ajoutent l'originalité, la simplicité à produire, la facilité d'utilisation, la sécurité, l'abordabilité, la fonctionnalité quatre saisons...

La saison froide complique la tâche aux gens en fauteuil roulant, souligne Olivier Collomb d'Eyrames. Les soulever et les porter n'est déjà pas aisé pour les accompagnateurs, ajoutez à ça les manteaux, les gants... «Ça devient doublement difficile», témoigne Michel Bédard. Dans son cas, il faut en plus s'accroupir, puisque le dossier de son fauteuil est court pour lui permettre une liberté de mouvement, mais n'offre aucune prise pour ses porteurs. Le directeur du ROP03 parle encore des risques de blessures, de douleur due au changement de posture lors du soulèvement et de toute la question de la dignité.

Quant aux plateformes élévatrices sur le marché, elles brisent constamment en hiver, ajoute-t-il au dossier. 

Les projets à déposer au plus tard le 30 juin 2016 et qui seront évalués par un jury devront donc permettre l'accès à l'entrée d'une résidence ayant de 3 à 7 marches, soit une hauteur entre 50 et 140 centimètres, en conditions hivernales. 

«On est ouvert à tout en matière d'innovation. On veut que les gens aient des idées», résume Olivier Collomb d'Eyrames. 

Le ROP 03 organise le concours en partenariat avec le Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS). «Nous travaillerons à ce que les gagnants développent éventuellement leur solution dans le cadre de la poursuite de leurs études, au sein du CIRRIS ou d'un autre centre de recherche», peut-on lire dans les règlements du concours. 

En ce qui concerne les droits de propriété intellectuelle, «l'idée est de donner ça à l'humanité, d'ouvrir les possibles», lance Olivier Collomb d'Eyrames, qui évoque même l'idée de combiner les trouvailles des uns et des autres.

Il annonce que trois prix de 5000 $, 3000 $ et 1000 $ seront remis aux gagnants, grâce à une subvention de l'Office des personnes handicapées du Québec.

À ce jour, 14 équipes de partout dans la province sont inscrites. Pour connaître toutes les modalités de participation au concours : aucommencementetaitlentree.com

Quand le ROP 03 s'en mêle

Depuis 1995, la mission du ROP 03 est de défendre les droits des personnes handicapées dans la capitale, toutes limitations confondues. Le regroupement intervient auprès de la Ville et de différents acteurs pour changer les façons de faire et rendre visitables et accessibles le plus d'endroits possible.

Une entrée facile d'accès, des portes suffisamment larges pour laisser passer un fauteuil roulant, un espace adéquat pour manoeuvrer dans les salles de bains, figurent notamment parmi les critères demandés, indique Olivier Collomb d'Eyrames, directeur du ROP 03.

Son regroupement s'est impliqué dans le dossier de l'amphithéâtre, qui a d'ailleurs reçu un prix aux Mérites d'architecture de Québec dans la catégorie Accessibilité universelle. Il travaille sur la place Jean-Béliveau devant le Centre Vidéotron, sur le Grand Marché public d'ExpoCité, sur le spectacle de Mumford & Sons qui aura lieu en juin à la Baie de Beauport. «On fait des suggestions», dit Olivier Collomb d'Eyrames.

Écoquartiers

Il se demande encore si les écoquartiers de Québec auront un volet social, un souci d'intégrer toute la population en proposant des demeures visitables pour tous. Car souvent, les personnes handicapées ne peuvent même pas visiter une habitation pour juger si elle est adaptable à leurs besoins éventuellement.

Le directeur du ROP 03 veut écrire prochainement à la Fondation Maurice Tanguay au sujet de la Maison Tanguay. «C'est très bien ce qu'ils font, c'est pour aider les enfants handicapés et leur famille. Mais il y a toujours une volée de marches. Faites une maison de plain-pied, surtout qu'elle est virtuelle», dit-il en les encourageant à porter un message.

Comme inspiration, il se tourne vers Victoriaville qui fait une place à l'accessibilité universelle dans son programme d'habitation durable et accorde de l'aide financière. Il salue aussi le modèle français. «Tout promoteur qui fait une maison pour la vendre doit construire une entrée de plain-pied, avec la cuisine, le salon, une salle de bain et une chambre accessibles. Ce qui n'empêche pas les maisons à étage.»

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