Habiter le nord québécois

Maison d'Inukjuak au Nunavik... (Guillaume Larouche)

Agrandir

Maison d'Inukjuak au Nunavik

Guillaume Larouche

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Comment les communautés innues et inuites vivent-elles au nord du 49e parallèle? Comment occupent-elles le territoire, construisent-elles, organisent-elles leurs maisons? Quels sont leurs défis, leur vision sur leur aménagement futur?

Habitation de Kuujjuaq... (Violaine Giroux) - image 1.0

Agrandir

Habitation de Kuujjuaq

Violaine Giroux

«L'habitat autochtone nordique nous intéresse dans toute sa complexité», indique Geneviève Vachon, professeure titulaire à l'École d'architecture de l'Université Laval. Elle est responsable du nouveau projet en partenariat Habiter le Nord québécois: mobiliser, comprendre, imaginer, qui sera mené par une imposante équipe de 17 cochercheurs universitaires et collégiaux, de représentants de divers organismes et communautés innus et inuits.

Les Innus du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord habitent des réserves et des maisons relevant du gouvernement fédéral, alors que les Inuits des villages nordiques du Nunavik habitent dans des logements qui relèvent de la Société d'habitation du Québec et de l'Administration régionale Kativik.

Si les défis sont différents de part et d'autre, Geneviève Vachon voit aussi beaucoup de convergences entre ces deux peuples. À commencer par une récente sédentarisation, des logements qui sont conçus au sud, aménagés selon des modèles de banlieues, de la maison unifamiliale au jumelé.

«Des deux côtés, il y a des conditions d'habitation relativement semblables. Il n'y a pas assez de logements, ceux-ci sont souvent surpeuplés, standardisés, ils ne ressemblent pas à leurs aspirations, et font souvent émerger toutes sortes de problèmes sociaux, familiaux, de santé...»

Dans les deux cas, ajoute-t-elle, la construction se fait dans l'urgence, pour pallier des besoins minimaux. «Ces communautés regrettent de ne pas prendre part aux décisions, de ne pas participer davantage à la planification de leur propre communauté, voire à la construction de leur quartier.»

Geneviève Vachon soulève aussi le problème des changements climatiques. «Chez les Inuits, la fonte du pergélisol influence déjà la construction. Ils sont confrontés à de l'étalement, puisqu'il ne reste pas beaucoup de sol sécuritaire où construire leurs maisons. Alors que sur la Côte-Nord, chez les Innus, le défi relève plus de l'érosion des littoraux qui va probablement occasionner une dégradation prématurée des territoires d'habitation.»

Devant tous ces défis distincts et communs, l'équipe de travail compte d'ailleurs mettre en contact les deux peuples. «On veut offrir une plateforme d'échange pour qu'ils puissent se parler, que ce ne soit pas un projet unilatéral de chercheurs à communautés.»

Le Nunavut traîne de la patte pour le... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

Agrandir

Le Nunavut traîne de la patte pour le nombre d'années d'études projeté, catégorie où le Québec arrive premier, et pour l'espérance de vie. 

Photothèque Le Soleil

Des pistes à explorer

Découvrir les goûts et les besoins en habitation des communautés autochtones n'est pas simple, constate Geneviève Vachon. La chercheuse et ses collègues qui travaillent avec les Innus depuis des années dégagent toutefois quelques grandes lignes.

 

  • Ils veulent se reconnaître dans leurs propres maisons, avoir des repères identitaires dans leur communauté.
  • Ils apprécient les formes arrondies, qui créent un univers où l'on peut échanger.
  • Les Innus aiment le contact visuel, ils veulent se voir. Les maisons dont la conception leur a été imposée sont souvent très cloisonnées, alors que des tests montrent qu'ils aiment un salon, une cuisine, une salle à manger en aire ouverte, bien éclairée, et des chambres en mezzanine. «Il y avait là une piste à explorer.»
  • L'appréciation du bois ressort de rencontres avec des Innus à qui l'on a montré des images de transformations de leur communauté en vue d'élaborer un guide d'aménagement.
  • Ils souhaitent avoir de la verdure au sein de leur milieu de vie. «Actuellement, quand on construit dans les réserves, on décape jusqu'au sable et la végétation a du mal à repousser.»
  • En extension à leur maison, certains ont envie d'avoir des tentes, des cabanons, des ateliers de création ou de préparation de la viande de chasse.  

Un mieux-être qui ne passe pas que par les maisons

Violence, suicides, problèmes de dépendances aux drogues et à l'alcool... La crise autochtone ébranle et les images des réserves désolées ne laissent personne indifférent. Des maisons mieux adaptées pourraient aider au mieux-être de ces communautés, sans tout régler.

«Ce n'est pas suffisant», tranche Geneviève Vachon, professeure titulaire à l'École d'architecture de l'Université Laval et responsable du projet Habiter le Nord québécois : mobiliser, comprendre, imaginer.

Selon elle, il faut aussi se pencher sur l'aménagement des communautés. Elle rapporte les impressions de sa collègue Gaëlle André-Lescop, ingénieure civile et bientôt designer urbain, elle-même autochtone, qui travaille pour le Conseil de bande de Uashat mak Mani-Utenam, à Sept-Îles. Celle-ci questionne le modèle des rues, leur largeur, la répétition des mêmes maisons.

«Il faut aussi penser aux emplois», poursuit Geneviève Vachon, en citant comme exemple Uashat, propriétaire d'un centre commercial, les Galeries Montagnaises. «Il y a à Uashat mak Mani-Utenam des Innus impliqués dans la construction. Ce n'est pas juste une question de faire des maisons qui leur ressemblent, mais d'avoir la possibilité de les concevoir, de participer à l'aménagement, à la construction et qu'ils s'assurent entre eux que ça convient à leurs pratiques, à leur culture.»

Mine d'or

Envisage-t-elle un avenir pour ces communautés? «Les Innus et les Inuits ont une mine d'or, c'est celle de leur jeunesse. Les Inuits surtout sont encore en transition du nomadisme vers la sédentarité, qui s'opère dans un temps record. Au sud, ça nous a pris des centaines d'années. Mais les jeunes sont nés dans les communautés autochtones, ils étudient et fréquentent des villes, ils sont branchés, modernes et allumés. D'avoir ces possibilités, je trouve ça très enthousiasmant. Mais il faut avoir les moyens de mettre à profit cette belle jeunesse.»

Par là, elle entend d'avoir de bons programmes, des opportunités de formations, toujours et encore des emplois. 

«Mais il y a des urgences, il faut s'assurer d'abord que tout le monde soit logé correctement et dans des milieux stimulants.»  

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer