Des maisons et des autochtones

Rénovée et agrandie, cette maison de Kitcisakik est... (Guillaume Lévesque)

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Rénovée et agrandie, cette maison de Kitcisakik est beaucoup plus saine pour la famille qui y vit.

Guillaume Lévesque

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Les images de réserves autochtones diffusées par les médias montrent souvent des lieux tristes et désolés. Des architectes, des chercheurs, des communautés travaillent toutefois ensemble pour construire l'avenir et penser des habitats mieux adaptés à la culture des Premières Nations.

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Tciky Penosway, 32 ans, charpentier-menuisier, représente bien la fierté des quelque 450 membres de la communauté de Kitcisakik.

Guillaume Lévesque

La maison de rêve de Tciky Penosway

Tciky Penosway vit à Kitcisakik, dans le parc de La Vérendrye, en Abitibi. À l'aube de la trentaine, il a suivi une formation, aidé à rénover plusieurs maisons dans sa communauté et obtenu ses cartes de compétence reconnues partout au Québec.

Depuis le 8 septembre, il travaille comme menuisier-charpentier pour une compagnie non autochtone de Val-d'Or et est envoyé réaliser des contrats à une heure de son village. «C'est très le fun!» lance-t-il au téléphone. Papa de trois enfants de 5, 10 et 15 ans, il met aujourd'hui de l'argent de côté pour refaire le revêtement extérieur de sa propre maison, changer le toit, la cheminée, le cadrage des fenêtres et mettre sa résidence à niveau.

La bougie d'allumage de toute cette activité? Un projet de l'organisme humanitaire Les Architectes de l'urgence et de la coopération, lancé par Guillaume Lévesque en 2008. L'objectif avoué : améliorer la qualité de vie des habitants de Kitcisakik par transfert de connaissances.

«Je venais de voir Le peuple invisible de Richard Desjardins et j'ai été très interpelé. Je ne savais pas...» raconte l'architecte de Montréal, à propos de ce documentaire sur le peuple algonquin.

On y voit notamment la misère de la communauté de Kitcisakik qui vit sur la terre ancestrale sans statut légal. Les membres ont refusé de signer un accord menant à la création d'une réserve pour éviter de céder des droits d'usufruit sur leur terre. Ils sont donc considérés comme des «squatteurs».

Les sept dernières années, Guillaume Lévesque a fait une cinquantaine de voyages là-bas. Dès le départ, il a pu constater l'état de la centaine de maisons. Des petites demeures de 20 pieds sur 24, sans eau courante ni électricité, où s'entassent souvent des familles de plus de quatre enfants.

Il parle de toitures abîmées, de murs sans revêtement extérieur, du chauffage au bois qui ne fournit pas et d'un gros problème de moisissures.

«Les conditions sont difficiles. Ils doivent aller chercher leur eau», continue l'architecte. Un bloc sanitaire est installé dans le village, avec quelques douches et toilettes, sans bain pour les enfants, trois laveuses et sécheuses et un endroit pour faire la vaisselle, «comme dans un gros camping pour 450 personnes». Des toilettes sèches sont installées un peu partout.

Pour faire fonctionner les lumières, la télévision et le micro-ondes, les familles utilisent des génératrices à essence, bruyantes, polluantes et coûteuses. «Une grande partie de la population est sans emploi. Le peu d'argent qu'ils ont, ils le dépensent en essence.»

Bien qu'un barrage régule la rivière des Outaouais à côté, on leur a refusé d'y installer des microturbines. Le dossier est politique.

Avec une centaine de poêles à bois et des génératrices au gaz qui fonctionnent à plein régime, l'architecte laisse imaginer le smog qui se crée.

SOS isolation

La santé des enfants a été la première inquiétude soulevée aux Architectes de l'urgence par la communauté. Pour contrer les infiltrations d'eau et la propagation de champignons, il fallait rénover et bien isoler.

Le projet pilote prévoyait d'abord la rénovation de deux maisons, l'installation de deux moulins à scie grâce à la Fondation Frontières et la formation de membres de la communauté pour participer aux chantiers et développer une autonomie.

L'initiative s'est bonifiée, la Société d'habitation du Québec a allongé un fonds pour permettre la rénovation d'une trentaine de maisons supplémentaires. En 2010, une école primaire a aussi été inaugurée.

C'est ainsi que Tciky Penosway et 13 confrères et consoeurs sont devenus charpentiers-menuisiers, avec l'aide du fédéral. Et qu'ils ont réalisé à quel point leurs maisons étaient mal isolées. «Avant les travaux, on brûle 40 à 45 arbres par hiver pour se chauffer. Après, 15 à 20 arbres», illustre-t-il.

En plus de rendre les habitations saines et confortables, les Architectes de l'urgence ont voulu les agrandir, pour contrer la surpopulation et garder les enfants dans la communauté, au lieu de les envoyer dans des foyers scolaires à Val-d'Or.

L'architecte a fait de la planification avec les familles pour réaménager leur intérieur. «Généralement, ils voulaient les chambres à l'est pour avoir le lever du soleil, des maisons tournées vers la lumière du jour, des pièces de vie au sud, un espace extérieur couvert pour sécher le bois de chauffage, cuisiner, permettre aux enfants de jouer dehors même les jours de pluie.»

La prochaine étape, selon Guillaume Lévesque, serait de constituer une coopérative ou une entreprise de construction au sein de la communauté, pour avoir des revenus et ne pas dépendre uniquement des subventions.

Quand il y retourne aujourd'hui, il constate que les familles entretiennent mieux leurs maisons. Elles se sont approprié ces demeures en investissant dans les travaux de rénovation, elles qui avaient l'habitude de vivre dans des maisons de la communauté et de les échanger au besoin.

Au fait, comment Tciky Penosway construirait sa maison de rêve aujourd'hui? «Ce serait une maison de deux étages d'à peu près 24 pieds par 36, au bord d'un lac, avec quatre chambres à coucher, un grand salon, une grande douche et deux bains», énumère-t-il en riant. Il l'imagine encore recouverte de bois, avec beaucoup de fenêtres, et chauffée au bois. «Pas d'Hydro», tranche-t-il.

La cuisine serait aussi en bois, armoires, table, chaises. «C'est beau, le bois!»

Dans sa cour, il voudrait un garage pour y mettre ses véhicules et un atelier pour apprêter sa viande de chasse et de pêche.

Alors qu'il raconte, dans sa voix s'entremêlent fierté et espoir.

Un exemple de petite maison, sans eau courante,... (Guillaume Lévesque) - image 3.0

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Un exemple de petite maison, sans eau courante, ni électricité, avec ses murs sans revêtement extérieur à la merci de l'eau et du soleil. 

Guillaume Lévesque

Avec l'aide du gouvernement fédéral, 14 membres de... (Peter Papatie) - image 3.1

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Avec l'aide du gouvernement fédéral, 14 membres de la communauté de Kitcisakik ont été formés en charpenterie-menuiserie, dont quatre femmes.

Peter Papatie

Pour plus d'information

  • Les Architectes de l'urgence présente des vidéos sur Kitcisakik à architectes-urgence.ca, onglet Missions, Nation algonquine

  • Le peuple invisible, documentaire réalisé par Richard Desjardins et Robert Monderie, sorti en 2007

  • Bidonvilles, architectures de la ville future, du cinéaste Jean-Nicolas Orhon, aborde aussi la réalité de Kitcisakik : bidonville.radio-canada.ca

Architectes de l'urgence et de la coopération

Fondé en 2007, Architectes de l'urgence et de la coopération est le bras humanitaire de l'Ordre des architectes du Québec. L'organisme vient en aide aux populations sinistrées ou dans le besoin. Il est intervenu en Indonésie après le tsunami, en Haïti à la suite du tremblement de terre et plus près de chez nous, dans différentes communautés autochtones.

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