Construction écologique: des mentalités qui ont la couenne dure

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Le second projet annoncé du futur écoquartier Pointe-aux-Lièvres, une parcelle formée de 52 maisons de ville en unités superposées, est mené par Momento Immobilier et la firme Tergos Architecture et Construction écologique

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Après plusieurs complications dans le dossier des écoquartiers D'Estimauville et Pointe-aux-Lièvres, la Ville repart tranquillement la machine. D'autres projets comme la Cité Verte fonctionnent, mais font face à un marché au ralenti. La construction verte a-t-elle la vie dure? De l'avis de deux spécialistes, bâtir vert n'est pas sorcier, ni même démesurément plus cher. Mais les mentalités ont du mal à changer.

«Il y a tellement de projets immobiliers disponibles que les gens doivent être vraiment convaincus de vouloir acheter vert», soulève David Leslie, architecte de Québec pionnier en la matière, membre du Conseil du bâtiment durable du Canada et du U.S. Green Building Council. Selon lui, les acheteurs sont sensibles à l'aspect écologique d'une construction, mais quand vient le temps de payer, les convictions ne sont pas toujours aussi fortes. 

«Le défi est dans la tête des gens, dans la tête de la société», opine de son côté Alejandro Montero, président de la firme d'architectes Tergos. 

«Il y a encore une connotation négative ou une perception grano, hippie de ce qu'est une architecture écologique, alors que c'est complètement faux. En réalité, les constructions les plus écologiques sont souvent les constructions les plus avant-gardistes et les plus high tech», explique-t-il. 

Le promoteur Sébastien Leboeuf s'est retiré des projets d'écoquartiers D'Estimauville et Pointe-aux-Lièvres en partie parce qu'il se disait incapable de livrer des constructions vertes aux conditions de la Ville, qui souhaitait que les prix restent abordables. 

«Économique»

Or, bâtir vert ne veut pas dire bâtir cher, interviennent David Leslie et Alejandro Montero. «Je reste convaincu que tout ce qui est écologique est économique à long terme», martèle M. Montero, qui pilote avec le promoteur Momento un projet de 52 maisons de ville pour l'écoquartier de la Pointe-aux-Lièvres. 

«Il y a beaucoup d'autres critères qui vont avoir un impact sur le prix de vente du logement : la condition du terrain, l'emplacement, l'éloignement, le goût de luxe du client...» énumère-t-il. «Sur l'ensemble du parc immobilier, les bâtiments verts ne sont pas les plus chers. [...] Cela dit, vert sera nécessairement plus cher que l'entrée de gamme. On ne peut pas comparer les deux, parce que la première caractéristique d'une maison écologique est qu'elle soit de qualité.»

Évolution à la vitesse Grand V

D'un autre côté, le secteur de la construction écologique évolue à la vitesse grand V, rappelle David Leslie. «Il y a beaucoup plus de possibilités qu'avant. C'est de plus en plus faisable de faire un projet intéressant à un coût qui l'est aussi», note-t-il. 

L'administration municipale a aussi son rôle à jouer dans le portrait, poursuit l'architecte. Il explique qu'une solution facile et peu coûteuse pour rendre un bâtiment plus efficace énergétiquement est son orientation. Or, quand les plans d'urbanisme et les rues sont déjà établis sans considération pour cet aspect, c'est plus difficile d'y arriver. 

«Ça dépend toujours jusqu'où on veut aller. Meilleure est la qualité du projet, plus on récupère d'argent à long terme», explique-t-il, citant notamment les frais de chauffage et d'entretien qui sont plus bas. «On peut être vert pâle ou vert foncé», nuance-t-il aussi. 

«C'est comme une recette», image de son côté Alejandro Montero. «Avec les mêmes ingrédients, certains chefs la réussissent mieux, d'autres moins bien», compare-t-il.

«Il y a beaucoup plus de possibilités qu'avant. C'est de plus en plus faisable de faire un projet intéressant à un coût qui l'est aussi»

David Leslie, membre du Conseil du Bâtiment Durable du Canada et du U.S. Green Building Council

«C'est comme une recette. Avec les mêmes ingrédients, certains chefs la réussissent mieux, d'autres moins bien»

Alejandro Montero, président de la firme d'architectes Tergos

Pointe-aux-Lièvres, «vitrine technologique»

Lentement mais sûrement, le projet d'écoquartier de la Pointe-aux-Lièvres reprend vie. Après l'échec de l'appel d'offres global qui avait confié la réalisation entière du projet au promoteur Sébastien Leboeuf, la Ville de Québec a décidé de morceler les terrains disponibles et de commencer à les offrir de gré à gré à des promoteurs. «Ça n'a pas été fait comme ça à l'origine, mais, finalement, on se rend compte que c'est une bonne chose de repartir sur une autre base, parce qu'on va avoir des écoquartiers plus complets», affirme Julie Lemieux, vice-présidente du conseil exécutif à la Ville de Québec. 

Le premier projet annoncé, la tour de condos Origine, dont la structure sera faite entièrement en bois massif, est mené par le consortium NEB (formé par EBC, Nordic Structures Bois et Synchro). Le deuxième projet annoncé est celui du promoteur Momento, qui s'est allié avec les architectes de Tergos pour faire lever de terre un projet de 52 maisons de ville. La Ville de Québec réserve aussi un terrain consacré au logement social. 

Dans un cas comme dans l'autre, les orientations des projets sont différentes. Origine, de son côté, sera une vitrine technologique pour l'utilisation de bois dans les constructions en hauteur. Le projet de Momento-Tergos, lui, a une vocation familiale très assumée et devra être certifié LEED et Novoclimat, selon les demandes de la Ville. «De la manière que je vois se développer les choses, chaque terrain est appelé à mettre en valeur une caractéristique sociale et environnementale un peu différente, pour répondre à différents besoins», analyse Alejandro Montero, président de Tergos. 

Julie Lemieux confirme : «Ce qu'on remarque, c'est que les différents promoteurs perfectionnent différentes formes d'innovations technologiques pour respecter les principes de l'écoquartier. Certains misent sur l'énergie solaire, d'autres l'emplacement au sol, d'autres les toits verts... Ça va nous permettre d'avoir une plus grande vitrine technologique, plus variée et plus rapidement aussi que si ça avait été sur les épaules d'un seul promoteur. On élargit le partage des idées et des connaissances.»

Favoriser la Mixité

L'accessibilité à différents promoteurs, des plus petits joueurs pour la plupart, favorisera aussi une mixité dans les projets et dans les usages. «Les premiers projets vont pouvoir donner confiance à d'autres joueurs», pense aussi Alejandro Montero. Le seul danger, selon lui, serait la perte d'un fil conducteur pour le quartier.

Du côté de la Ville de Québec, on se veut rassurant sur cet aspect. La Commission d'urbanisme est responsable de faire respecter certaines exigences relativement à l'intégration architecturale, note Julie Lemieux. «Certains disent que ça permet moins d'uniformité, mais je pense que c'est une bonne chose d'avoir un écoquartier avec différentes facettes, différentes personnalités», précise la conseillère municipale.

L'écoquartier D'Estimauville aura sensiblement le même destin. La Ville investit présentement dans le développement des infrastructures et l'aménagement d'un parc. La vente des terrains devrait suivre son cours après cette première préparation.

Quelque 70 % des maisons de ville construites... (Photo Pierre Soulard) - image 5.0

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Quelque 70 % des maisons de ville construites sont vendues.

Photo Pierre Soulard

La première phase de construction des condos a... (Photothèque Le Soleil) - image 5.1

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La première phase de construction des condos a répondu aux attentes, selon la porte-parole de la SSQ.

Photothèque Le Soleil

Report de construction à la Cité Verte

La Cité Verte, un projet privé de construction écologique mené par la SSQ dans le quartier Saint-Sacrement, a décidé récemment de prolonger la prévente d'un de ses immeubles de condos (ceux-ci se détaillant à partir de 239 000 $) de deuxième phase jusqu'au 30 novembre. Une décision prise «afin de suivre le rythme du marché résidentiel», explique Isabelle Dubois, porte-parole de la SSQ. Dans la foulée, certains acheteurs ont préféré se faire rembourser en raison du report de construction. Mme Dubois soutient que la première phase de  construction a répondu aux attentes, avec 85 % d'unités de condo vendues, et 83 % des espaces commerciaux loués. Du côté des maisons de ville, vendues à partir de 519 700 $, « 70 % de celles qui sont construites sont vendues. La deuxième phase est maintenant en prévente, soit une possibilité de 10 maisons de ville».

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