Maison de paille: un projet de taille

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<p>Anne Drolet</p>
Anne Drolet
Le Soleil

(Québec) «Nous n'héritons pas de la terre de nos parents. Nous l'empruntons à nos enfants.» L'inscription est gravée sur la façade de la demeure de Sylvie Bélanger et de François Quessy, en haut de la porte d'entrée.

«Quand on a eu l'idée d'une maison écologique et le temps qu'on était en chantier, c'est un peu la pensée qui nous animait tout le long du processus. Que nos enfants ont le droit eux aussi de vivre sur une belle planète», explique Mme Bélanger.

La maison, qui détonne des autres habitations de la rue, s'harmonise pourtant parfaitement avec son environnement. La maison de paille est située au bord du fleuve, dans le village de Saint-Antoine-de-Tilly. Rien à voir avec celle du récit des Trois petits cochons qui a bercé notre enfance: la paille ne se voit pas, elle sert d'isolant en lieu et place de la laine minérale. Au simple regard, on voit bien que le revêtement n'a rien de conventionnel. Les murs extérieurs sont légèrement texturés, faits en crépi d'argile et recouverts de chaux. La couleur - du pigment ajouté à la chaux - n'est pas totalement uniforme, signe d'une matière naturelle et d'un travail artisanal.

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À l'intérieur, on retrouve la même composition pour les murs: un mélange d'argile, de sable et de paille, qui a été appliqué à la main sur la paille isolante. On complète ensuite par un enduit de chaux. Ils sont plus ou moins lisses selon qu'ils ont été faits au début de l'aventure ou après que les propriétaires aient acquis plus d'expérience, précise Mme Bélanger. Un relief qui donne toutefois du style. Ils ont aussi différents tons, du orangé au beige. Les possibilités de couleurs sont infinies, note-t-elle. Les cloisons intérieures sont quant à elles en panneaux de gypse, recouverts d'enduits de chaux.

C'est M. Quessy qui avait entendu parler des maisons en paille dans un article publié dans La Presse en 1997. Il avait été charmé par le faible impact environnemental et les matériaux sains qui sont utilisés. L'idée d'en construire une germe tranquillement dans l'esprit du couple. «Ça m'a pris un petit temps de réflexion», lance d'un rire timide Mme Bélanger. Mais après en avoir visité une dans leur quartier d'alors à Saint-Étienne, le déclic se fait. Ils se sentent immédiatement bien dans cette demeure qu'ils trouvent enveloppante et confortable.

En 2002, le couple se lance dans l'autoconstruction de sa maison de paille, sur son terrain de rêve acheté quelques années plus tôt. Il fait faire les fondations, la structure de bois, la plomberie et l'électricité par des entrepreneurs. Il reprend le flambeau pour isoler, à l'aide de ballots de paille. Comptable, M. Quessy avait pris son mois de vacances pour se consacrer au projet. Mme Bélanger avait quant à elle délaissé son emploi de fleuriste pour trois mois (qui sont devenus six en raison de la charge de travail!). Deux étudiants de l'Université Laval sont aussi venus leur prêter main-forte.

Le Soleil les avait déjà rencontrés en novembre 2002, alors que le chantier était sur le point de se terminer.

Fissures

Douze ans plus tard, force est de constater que tout ne s'est pas déroulé comme prévu! 

En effet, dès l'hiver 2003, le couple constate des fissures sur les murs extérieurs de la maison. Il fait des retouches, des expérimentations. Au fil des ans, d'autres fissures apparaissent. On refait le mur est, qui est balayé par de forts vents. Quelque chose cloche. Pendant cette période, M. Quessy et Mme Bélanger rencontrent l'artisane Sylvie Plaire, qui s'est aussi construit une maison de paille et est devenue spécialiste des enduits d'argile et de chaux. Sous ses conseils, ils décident de repartir à neuf : ils enlèvent complètement leurs enduits et retournent jusqu'à la paille. Ils utilisent alors un nouveau mélange - la composition du premier n'était pas adéquate - et améliorent leur technique. À l'été 2007, ils refont la façade nord. En 2009, le côté ouest. En 2011, ils choisissent de recouvrir un des murs en bois puisqu'il est constamment exposé à de forts vents et à d'importantes pluies. Finalement, cet été, ils se sont attaqués à la façade sud. 

Les deux autoconstructeurs admettent aujourd'hui qu'ils manquaient de préparation. Même s'ils avaient beaucoup lu et avaient requis les services d'un conseiller expert, ils avaient surtout des connaissances théoriques. Ils avaient aussi sous-estimé la charge de travail d'un tel projet. Mais tout est bien qui finit bien. Et le couple ne veut surtout pas faire peur à de nouveaux autoconstructeurs. Au contraire : il veut faire partager son expérience. Et surtout faire connaître les avantages d'une telle construction.

Une demeure qui respire

Malgré les embûches rencontrées, la famille Bélanger-Quessy ne regrette pas d'avoir bâti une maison de paille. En plus de ne faire pratiquement aucun déchet de construction, les matériaux utilisés sont naturels, peu ou pas transformés. «La majorité de cette maison-là peut retourner à la terre. On est vraiment dans la bioconstruction», précise l'artisane et spécialiste d'enduits d'argile et de chaux, Sylvie Plaire. Les murs de la maison des Bélanger sont faits d'un mélange d'argile, de sable et de paille, appliqué à la main. On ajoute ensuite un enduit de chaux.

Qualité de l'air

L'habitation est construite avec des matériaux qui respirent, permettant donc une qualité de l'air exceptionnelle. Le couple raconte d'ailleurs que leur plus jeune fils avait fréquemment de fortes quintes de toux la nuit, sans que les parents puissent mettre le doigt sur le bobo. Quand ils ont emménagé dans leur nouveau foyer, la toux s'est arrêtée d'un coup. Ce type de maison est fraîche en été et chaude en hiver en raison des propriétés de l'argile qui limite les grands écarts de température. L'argile régule le taux d'humidité, évitant la prolifération de bactéries et de moisissures. «Quand il y a trop d'humidité, les murs l'absorbent; quand c'est sec, ils nous retournent l'humidité», explique M. Quessy. L'argile est aussi anti-odeurs et insonorise bien. «C'est comme dans un cocon, on se sent feutrés, entourés, en sécurité», explique Mme Plaire.

L'artisane ajoute que ces matériaux sont très faciles à entretenir puisque la poussière n'y adhère pas. Par ailleurs, les murs extérieurs exigent un entretien tous les 5 à 10 ans, selon les expositions aux intempéries. Il s'agit de faire un badigeon, soit remettre une couche d'enduit de chaux pour éliminer les microfissures. 

Finalement, la paille compressée en ballots offre un degré élevé d'isolation. Malgré ce qu'on pourrait penser, elle permet une excellente résistance au feu. Les enduits d'argile et de chaux agissent même comme retardateur en cas d'incendie.

Par ailleurs, pas besoin d'avoir une maison de paille pour bénéficier des propriétés de ces enduits : Mme Plaire en applique aussi à l'intérieur des maisons conventionnelles. La salle de bain est particulièrement indiquée, note-t-elle, étant donné les propriétés antifongiques de la chaux. Mme Plaire fait aussi d'autres types de finis naturels, soit le stuc ou le tadelakt. www.sylvie-plaire.ca

Pièges à éviter

L'artisane Sylvie Plaire est venue à la rescousse de la famille Bélanger-Quessy. Elle affirme qu'il existe encore beaucoup de méconnaissance sur ces maisons, qui restent marginales. «Chacun patente de son côté, il n'y a pas énormément de communication entre les constructeurs. Ils y vont avec la littérature et les livres qu'ils ont. Bien sûr, ça amène certaines erreurs», constate-t-elle.

Les gens ont tendance à ne pas planifier assez leur projet et souvent, les maisons sont trop grosses. La durée de construction explose alors et les autoconstructeurs se découragent. Elle suggère de faire des maisons évolutives, qui peuvent grossir avec le temps. Et comme on cherche à faire une habitation écolo, les gens devraient se demander s'il est vraiment nécessaire d'en faire une aussi grosse. Autre mythe : les coûts. «Il y a très souvent l'idée que c'est des maisons qui ne vont pas coûter cher. C'est une hérésie», fait valoir Mme Plaire.

Même si les matériaux sont peu chers, il faut mettre le temps de main-d'oeuvre dans la balance. Ainsi, si vous ne travaillez pas pendant plusieurs mois pour mener à bien votre projet, ce manque de revenus devrait être comptabilisé. Basée à Sherbrooke, Mme Plaire offre des formations partout dans la province pour aider les autoconstructeurs à peaufiner ces techniques.

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