Ce jardin, elle l'a cultivé plant par plant, depuis 33 ans, agrandi pierre par pierre, enrichi de mille et un ornements raffinés, jusqu'à ce qu'il se métamorphose en éden au coeur de Sillery. «J'ai voulu créer un beau cadre pour que mes deux enfants apprécient la présence de la nature», confie-t-elle. «On devrait pouvoir leur offrir ça quand ils sont petits», réfléchit-elle tout haut. «On consacre toutes ces années à embellir un jardin et quand il a atteint sa maturité, les enfants sont devenus grands et ils sont partis.»
Lucie Bigué a conçu un paisible îlot de verdure dans lequel elle vagabonde au gré de la course du soleil. Le matin, elle prend son petit déjeuner sur la table près de la fenêtre et de la fontaine. Ensuite, elle file à la piscine, au fond de la cour, avant d'entreprendre ses deux heures quotidiennes de jardinage. En fin d'après-midi, elle sirote une limonade sur la causeuse d'où elle peut embrasser la maison, la terrasse fleurie et le potager. La retraite lui a donné beaucoup de temps.
Elle a un tempérament «casanier». Elle aime rester chez elle. Elle a organisé son espace pour qu'il soit agréable d'y vivre dans la solitude, l'intimité familiale ou les mondanités. «J'ai fait mon choix d'investir dans ma maison, mon domaine», raconte-t-elle.
Chez Lucie Bigué, le luxe n'a pas sa place. Le mobilier de PVC et les vieilles chaises Adirondack ont été requinqués par de nouveaux coussins et plusieurs couches de peinture.
Elle a conservé son discret cabanon qu'elle a transformé en maisonnette pour les invités. Avec sa fenêtre à corderon torsadé, son clocheton du Maine, ses atours maritimes et son confort sans ostentation, il confère au secteur de la piscine une ambiance de bord de mer bon chic bon genre. Deux lanternes «zestent» les lieux.
Pas de béton
Vous ne verrez pas de béton dans cette cour, ni d'aménagement suggéré par un architecte paysager. Lucie Bigué a dessiné son jardin elle-même, évoluant selon le principe des essais et des erreurs. La seule plante exotique qu'elle a mise en terre près de la piscine n'a fleuri qu'une seule fois. Belle leçon! «J'essaie d'avoir le plus de plantes rustiques possible», mentionne-t-elle en énumérant : créosopsis, lytrum, roses indigènes, phlox, hémérocalles, hydrangées, fougères, achillées, lavande, clématites, échinacées. Des pétunias, «qui sentent si bon le soir», garnissent ses boîtes à fleurs. Des géraniums sont dispersés en petites touches pimpantes.
Sur la terrasse, la table est toujours mise. Des fauteuils de rotin invitent à la conversation, leurs petits coussins moelleux donnent envie de s'attarder. Dans une cour de Sillery, la beauté communie avec l'harmonie et la douceur de vivre.