Ce sont les voisins qui sont contents! L'affreux garage a disparu pour faire place à une maison contemporaine, intrigante et rudement bien intégrée à l'îlot des Tanneurs, une enclave du quartier Saint-Roch, à Québec, située entre les rues Arago, Saint-Vallier et le boulevard Langelier. Ce garage, Luc Cournoyer l'a démoli de ses mains, à l'hiver 2007, en conservant des poutres, des blocs de béton et des portions de madriers qui rappellent son ancienne vocation.
Ce terrain était convoité. Des promoteurs rêvaient d'y élever un immeuble avec plusieurs logements. Mais Luc Cournoyer a tenu son bout et convaincu Laurent Prémont de le lui vendre. Il s'est mis en quête d'un architecte dans le quartier et est vite tombé sur la firme Croft Pelletier, qui avait ses bureaux rue Christophe-Colomb à l'époque. Il faut croire que les blocs LEGO ont séduit l'architecte Éric Pelletier...
Quelle expérience de visiter cette maison de 2600 pieds carrés! De l'extérieur, on aperçoit le garage, quelques fougères et des panneaux de verre translucide. On s'interroge, on suppute, on commente tout haut, sans penser un seul instant que Luc et son conjoint, Pierre, pourraient se trouver tout près, sur la terrasse aménagée au-dessus de leur garage. Une belle grande terrasse encadrée par une haie de cèdres et par le bouleau que le constructeur a épargné, ornée de plantes en pot monumentales, meublée pour un confort extrême.
La maison elle-même est un gros bloc d'une vingtaine de pieds de hauteur. La cuisine, la salle à manger et le salon, en enfilade, occupent la portion nord. Au sud, le vestibule et la chambre, à l'arrière, se font face, mais ils sont séparés par une deuxième terrasse, fermée celle-ci, vitrée sur trois côtés, et pas qu'un peu : les fenêtres qui donnent sur la chambre et le salon ont 16 pieds de hauteur. L'intérieur et l'extérieur fusionnent, dans un foisonnement de plantes et de lumière. Une dalle de béton chauffante fait fondre la neige, car il n'y a nulle part où la pelleter. L'été, les occupants la recouvrent de tapis gazon.
Deux mezzanines multiplient l'espace. Comme elles sont situées aux extrémités de la maison, elles ne l'alourdissent pas. Celle du fond sert de chambre d'amis; on y accède par une échelle fabriquée avec du bois récupéré du garage. La seconde, à l'avant, est une salle de détente; en la traversant, on arrive à la terrasse au-dessus du garage.
Les travaux ont débuté en avril 2008 et se sont achevés en septembre. «Il a plu tout le mois de mai, l'échéance a donc été retardée d'un mois», relate Luc Cournoyer. Il a privilégié les matériaux nobles : ardoise, merisier, marbre du Brésil et béton. Il a choisi de laisser apparentes les deux poutres d'acier qui supportent les mezzanines.
Les plantes vertes humanisent ce décor grand format stimulé à la testostérone. Et plusieurs éléments décoratifs le personnalisent avec panache. «Je n'ai pas eu besoin de designer, car j'ai l'oeil», a glissé le propriétaire, un actuaire de profession.
Achetés dans l'ancien magasin Villa, un grand miroir exotique et des portes indiennes apportent de la chaleur au béton et à l'acier. Un aquarium mural sème un brin d'éclectisme et de fantaisie. Dans la chambre principale, des tissus africains répartis sur les coussins et le couvre-lit dialoguent avec la jungle de la terrasse attenante. Au salon, une peau de zèbre entre dans la conversation.
La maquette en blocs LEGO n'existe plus. Mais il subsiste dans cette maison un charme ludique irrésistible.