Le concept de Caroline Laroche, de Serge Pelletier, de Benoît Rochon et de Joëlle Sasseville leur a valu le premier prix à un concours international annuel de design qui s'est déroulé à Austin, au Texas, début mai. La compétition a lieu pendant le Conference on Human Factors in Computing Systems (CHI), une grande conférence sur l'interaction entre l'humain et la machine. Le thème cette année: comment améliorer l'expérience domestique?
L'équipe de Québec s'est démarquée parmi les 55 projets universitaires retenus pour le volet étudiant. Elle a choisi de s'attaquer à un problème près de la réalité étudiante d'ici: l'intimité lorsqu'on vit en colocation.
Le quatuor a d'abord fait enquête auprès de trois groupes de deux colocataires. La chambre a ainsi été clairement identifiée comme zone personnelle à protéger, un «endroit sacré». La porte est la limite de cette bulle privée, souligne Serge Pelletier. «On voulait redéfinir la limite en en faisant un moyen de communication», d'une manière peu intrusive.
«On est partis de là pour trouver une opportunité de design, une solution pour traiter cette problématique-là. On voulait éviter de tomber dans le piège de ce que tout le monde fait: une application iPod ou iPad.» Cette porte nouveau genre n'est toutefois pas tangible, il s'agit d'un concept.
Briser la première barrière
Le projet a été baptisé Shoji, en référence à cette cloison en papier de riz qui laisse passer la lumière dans l'architecture traditionnelle japonaise. En fait, la porte Shoji québécoise est dotée d'une interface tactile des deux côtés. «La porte n'est plus juste ouverte ou fermée, elle transmet des informations au besoin.» Elle fait défiler une ligne du temps verticale sur laquelle l'occupant a identifié des périodes selon le niveau d'intimité requis, grâce à un code de couleurs.
De l'intérieur, on peut aussi voir un plan de l'appartement avec le «statut» des autres chambres. Si, par exemple, un coloc joue de la guitare un peu trop fort, l'étudiant qui a besoin de concentration pourrait lui envoyer un signal lumineux, pour lui faire part de ce désagrément. L'avertissement se veut en douceur et respectueux, souligne M. Pelletier.
Mais pourquoi substituer la technologie à la bonne vieille communication face à face? «On ne veut pas que les technologies remplacent les relations interpersonnelles. C'est pour briser la première barrière pas évidente à percer, comme dans des moments d'intimité sexuelle, par exemple», note M. Pelletier.
L'équipe soutient que la technologie pour concrétiser le concept existe, mais que la réalisation serait beaucoup trop chère pour l'instant... surtout pour des étudiants! M. Pelletier prévoit que le tout pourrait devenir plus accessible dans les 15 prochaines années. Il faudra d'ici là continuer à user de diplomatie pour résoudre ses petits conflits de colocation!