Avoir son poulailler en ville

Monsieur Denis élève des poules à domicile, à... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Monsieur Denis élève des poules à domicile, à Sillery, depuis 20 ans. Il en possède actuellement trois.

Le Soleil, Pascal Ratthé

Laurie Richard

(Québec) Un jardin, ce n'est plus assez pour certains adeptes de l'agriculture urbaine. On veut aussi des oeufs frais, pondus à domicile. L'idée est tellement tentante pour plusieurs citadins qu'ils bravent la réglementation pour garder des poules à la maison. Elles caquettent - discrètement - dans les cours, jusqu'à Québec.

Manger local est une façon de vivre. Et rien n'est plus «local» que «dans ma cour». Mais plusieurs propriétaires de poules urbaines ne veulent pas en parler. Ils demeurent discrets pour ne pas écoper d'amendes de leur municipalité. Reste que les règles dans la région de Québec ne sont pas très claires (voir l'encadré). À moins que votre volière cause tout un vacarme dans le voisinage.

Lise Savard, de Val-Bélair, a toujours eu des poules à la maison. Avec son conjoint, elle habite en fait dans la résidence qui appartenait à ses parents, qui se trouve au centre du quartier. Sur leur terrain assez spacieux se trouve un poulailler, qui abrite actuellement une quinzaine de locataires. «On n'a jamais acheté d'oeufs de l'épicerie!» lance-t-elle.

Chez eux, les volatiles se promènent souvent en liberté. La propriété est entourée de commerces et la famille n'a jamais eu de plaintes.

Monsieur Denis élève des poules à domicile, à Sillery, depuis 20 ans. Il en possède actuellement trois. «Dans ma famille, on a toujours eu des poules à la campagne, et en ville, je trouve ça agréable.» Il lui faut aussi ses oeufs tous les matins. «Et quand j'en ai trop, je fais des oeufs dans le vinaigre!»

Selon M. Denis, les poules ne sont pas dérangeantes du tout. Elles poussent seulement un cri lorsqu'elles pondent un oeuf, remarque-t-il.

Marie-Christine aménagera dans une nouvelle maison à Charlesbourg dans peu de temps. La possibilité d'élever des poules sur sa nouvelle propriété figurait en haut de sa liste de priorités pendant son magasinage immobilier. Pourquoi? Elle adore les animaux et veut produire sa propre nourriture.

Elle débutera avec trois poules, qu'elle compte garder deux ans, donc pendant l'hiver. Aimant voyager, Marie-Christine ne sait pas trop de quelle manière elle procédera lorsqu'elle s'absentera. Elle devra probablement se trouver une «gardienne»... mais rien là pour la décourager.

Installation

Dans le poulailler, on doit avoir des boîtes de bois, afin que les poules fassent leur nid pour pondre, indique d'abord Mme Savard. Elle étend aussi du bran de scie au sol pour recueillir les fientes. Le tout sert chez elle, comme chez M. Denis, à fertiliser le jardin avec le compost ménager. L'hiver, Mme Savard ne chauffe pas le poulailler, mais pose une lumière chauffante juste au-dessus du bol d'eau, qu'il faut remplir chaque jour. On doit également avoir une mangeoire pour la moulée.

Une poche de moulée, qui vaut moins de 15 $, nourrit une poule pendant un an environ, calcule la dame de Val-Bélair. L'été, les poules pondent un oeuf tous les jours, trois jours sur quatre, en général. Dès l'automne, la ponte ralentit. Et puisqu'une poule pondeuse coûte moins de 10 $, ça ne fait pas très cher la douzaine. Cela ne comprend bien sûr pas le coût du poulailler, qui peut prendre différentes formes. On peut par ailleurs le fabriquer soi-même avec des plans trouvés sur Internet. C'est ce que Marie-Christine compte faire, avec du bois récupéré.

Signe que la poule urbaine est tendance, on trouve même sur la Toile des poulaillers domestiques en kit très design (et plutôt chers), telle l'Eglu d'Omlet, une compagnie anglaise.

M. Denis conseille d'ailleurs de mettre le poulailler à l'abri du vent. Les cabanes qui ne sont pas bien vastes n'auront pas besoin d'être chauffées en hiver. Les poules de M. Denis disposent aussi d'une volière connectée au poulailler pour prendre l'air. Avant la crise de la grippe aviaire, il les laissait se balader jusque chez le 10e voisin et dans la rue, sans problème. Elles attiraient davantage la curiosité que les plaintes.

Le futur terrain de 550 mètres carrés de Marie-Christine héberge déjà un garage qui servira de poulailler. C'est tout planifié! Une ouverture sera pratiquée pour relier l'intérieur et l'extérieur. Elle construira une cage à l'extérieur et des nichoirs, dans le cabanon, où les poules pondront ces oeufs tant attendus.

Entretien

Les poules aiment beaucoup les restes de table. Pour elles, les croûtes de pain, «c'est le summum», dit Mme Savard. Elle leur offre aussi les pelures et les végétaux flétris, mais pas de viande. M. Denis, lui, leur donne de tout. Mais c'est la moulée avant tout pour leur garantir un régime équilibré, note Mme Savard.

Pour ceux qui songent à se lancer dans l'aventure, Mme Savard suggère tout d'abord d'obtenir la bénédiction des voisins. «Tant que les règlements ne seront pas changés, en ville, il faut que ce soit quelque chose de communautaire», soutient-elle. Souvent, les voisins se plaignent même s'ils étaient d'accord au début. Après des commentaires de l'entourage, par exemple.

Car Mme Savard accueille également les poules «rejetées» dans les zones plus denses. Tous les animaux, en fait, de la chèvre au cochon chinois. Les gens veulent éviter l'amende après avoir été avertis et se débarrassent de leurs protégés. «Les gens s'imaginent que ça ne va pas grossir, et aussi à cause des voisins intolérants. Mais trois poules, c'est moins tannant qu'un chien qui jappe», appuie-t-elle. Ils comptent même avoir un coq cet été. «À mon avis, un bruit de tondeuse le matin, c'est pire que ça!»

Est-ce permis?

La réglementation concernant l'agriculture urbaine n'est pas claire et est surtout appliquée lorsqu'une plainte est déposée par un concitoyen.

À Québec, la réglementation stipule seulement qu'on ne peut pas posséder plus de trois chiens ou de trois chats, ou quatre de ces animaux domestiques au total, explique Mireille Plamondon, conseillère en communication à la Ville de Québec. Les poules, les abeilles et les lapins sont pour leur part considérés comme des animaux d'élevage: ils ne sont permis que dans les zones agroforestières.

«On n'est pas supposés avoir ça chez nous, mais on les tolère. Il ne faut pas que ça incommode les voisins, car ils pourraient porter plainte, souligne Mme Plamondon. On fait appel au bon sens.» Bref, «c'est l'esprit du bon voisinage qui prédomine», car le règlement sur les nuisances de la Ville de Québec s'applique. Une plainte des voisins pourrait donc se transformer en amende.

À Lévis, les animaux de ferme ne sont également permis qu'en zone agricole. «Mais 70% de notre terrain est agricole», spécifie le directeur des communications à la Ville de Lévis, Christian Brière. Si une plainte est portée, une infraction à la loi entraîne une amende minimale de 300$ selon le Règlement sur les nuisances, la paix, l'ordre, le bon gouvernement, le bien-être général, la sécurité et les animaux.

«Si vous habitez Saint-Rédempteur et que vous achetez une poule à Pâques à votre fils, j'imagine que si vous n'êtes pas dénoncé par personne, vous pourrez l'élever», nuance cependant M. Brière.

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