Tout est surdimensionné dans cette maison, si bien que les gens et les meubles semblent lilliputiens au centre de l'espace à aire ouverte que des fenêtres sans rideau agrandissent encore davantage. La charpente et le toit sont constitués de sapin Douglas (BC Fir), dont les pièces, gigantesques, ont été assemblées avec une grue. «La résine perle encore», fait remarquer Christiane, en montrant des gouttes collantes qui suintent d'une poutre près du foyer.
Dans la cuisine, les armoires sont en merisier. Le plancher du salon est en pin blanc. Le plafond de sapin est quadrillé par des poutres qui se détachent des planches horizontales parce qu'elles sont légèrement plus foncées. Le bois est roi chez Christiane et Richard. En plus, la forêt révèle sa beauté et ses trésors à longueur d'année. «On voit des chevreuils, des renards et des lièvres», confie Christiane.
Le couple a choisi d'aménager le salon, la salle à manger et la cuisine à l'étage pour profiter au maximum du panorama. Au rez-de-chaussée, les deux grands bureaux et le vivoir bénéficient tout de même d'une vue plus que valable sur les troncs d'arbre et la nature.
Le vaste vestibule est d'une hauteur vertigineuse: de l'entrée du rez-de-chaussée, le visiteur aperçoit la charpente de bois, tout en haut, qui s'étend au-dessus du balcon extérieur en une massive lucarne. Un escalier mène au salon, l'autre à un petit corridor sur lequel s'ouvrent les chambres et la salle de bains. Une balustrade de verre aménagée dans la cuisine permet aux occupants d'apercevoir le vestibule du haut d'un charmant perchoir.
Le «filet mignon» de l'arbre
Charpentes Montmorency, dont l'usine est située à Saint-Raymond de Portneuf, est le manufacturier de bois massif impliqué dans la réalisation de cette maison de Lac-Beauport. Vous trouvez qu'elle est imposante? «C'est un projet de milieu de gamme», a commenté le président de l'entreprise, Dan Morency. Pour fabriquer de telles charpentes, il faut des arbres énormes, explique-t-il, car on ne prend pas le coeur. Seuls les sapins Douglas de la Colombie-Britannique sont assez gros, assez droits, assez stables, bref parfaits, pour satisfaire aux exigences du manufacturier qui n'utilise que le flanc de l'arbre, entre le coeur et l'écorce. «C'est le filet mignon de l'arbre», illustre cet homme qui vient d'une famille de bûcherons de Chibougamau.
De nombreux projets
Cette année, Dan Morency a accumulé une cinquantaine de projets, dont plusieurs dans le secteur commercial. La mezzanine de la boutique La Vie sportive, rue Bouvier, porte sa signature. Il a fourni des charpentes pour des ensembles résidentiels de Lac-Beauport et de Stoneham, notamment pour des maisons plus grosses que celle de Christiane et Richard, moins champêtres, plus contemporaines.
Cinq ingénieurs travaillent pour lui, essentiellement pour perfectionner les mouvements des machines qui taillent les poutres. Ils ont, entre autres, développé de nouvelles technologies inspirées d'Allemagne pour le bois québécois. Des planeurs pourront ainsi se servir du coeur de l'arbre, en coupant les troncs en deux sur la longueur et en les collant de façon inversée avec un produit écologique. C'est la technique du contrecollé.
Au printemps, Charpentes Montmorency lancera une gamme de structures préfabriquées qui serviront à la rénovation. Selon Dan Morency, la maison la plus courante du Québec est le bungalow à toit plat de 26 pieds sur 40. Il proposera à leurs propriétaires d'enlever leur toiture et de la remplacer par une charpente de bois massif qui lui donnera un sacré coup de jeune. «C'est à peine un peu plus cher que de refaire une toiture», affirme-t-il.
Il inclura aussi dans sa gamme de produits des gazebos et des petites constructions pour la cour.