Rabot-D-Bois: l'«artisantrepreneur» de Sainte-Anne-des-Monts

Un plateau de service en bois de David-Yan Auclair,... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Un plateau de service en bois de David-Yan Auclair, utilisé au Sam, bistro du Château Frontenac

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Sainte-Anne-des-Monts) Le Sam, bistro évolutif du Château Frontenac, sert certains de ses cocktails sur des plateaux de service en bois confectionnés en Gaspésie. Le Soleil a rencontré David-Yan Auclair, un ébéniste 2.0 qui fait rayonnerson coin de pays.

David-Yan Auclair, 35 ans, fier ébéniste entrepreneur de... (Photo de Chok Images) - image 1.0

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David-Yan Auclair, 35 ans, fier ébéniste entrepreneur de Sainte-Anne-des-Monts

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David-Yan Auclair a percé le marché français avec le D-Bouchon, un petit support en bois qui permet d'y déposer le bouchon et d'absorber les dégoulinades. «J'ai été accepté dans une mission de réseautage en France et j'ai pu trouver un distributeur pour ce produit là-bas.»

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«J'ai toujours voulu partir de la Gaspésie. En secondaire 5, je rêvais du 24 juin pour pouvoir partir.»

À voir le sourire de David-Yan Auclair, un ébéniste bien implanté dans sa ville natale de Sainte-Anne-des-Monts, on comprend que ce besoin de s'exiler lui est complètement passé.

Aujourd'hui, il se décrit comme un «artisantrepreneur» qui veut prouver qu'on peut vivre en région avec ses idées. Son secret : Internet et le bouche-à-oreille virtuel pour vendre ses plateaux de service, ses supports à téléphone, ses petits accessoires et ses meubles créatifs.

Son entreprise, le Rabot-D-Bois, est suivie par près de 5000 personnes sur Facebook, un outil qui lui permet de faire ses études de marché. «Quand je sors un nouveau produit, je le mets sur Internet. Quand je vois qu'il se vend, qu'il reçoit des J'aime, je comprends qu'il y a une demande. S'il n'y a aucun commentaire, aucune réaction, ça dit tout aussi.»

Le Château Frontenac l'a repéré par les réseaux sociaux et lui a commandé quelques centaines de plateaux de service pour son nouveau bar et son volet mixologie. Les planchettes peuvent notamment recevoir un verre et des fioles pour composer un negroni, mélange de trois alcools (voir la photo de une). Touche personnalisée, David-Yan Auclair a gravé au laser dans le bois le nom du bistro évolutif du Château, Le Sam.

Laser, une valeur ajoutée

Dans son atelier de Sainte-Anne-des-Monts, l'ébéniste montre une machine qui ressemble à une imprimante. Il y glisse une planche de bois et lance l'impression d'un dessin ou d'une signature. Un fin rayon de lumière reproduit sa commande, dégageant une petite fumée aspirée à l'extérieur.

«Le laser me permet de m'amuser et de développer un produit vraiment adapté aux clients corporatifs. Il donne une valeur ajoutée», dit l'artisan et entrepreneur de 35 ans.

Des compagnies lui commandent des planches sur lesquelles il inscrit au laser les noms des employés ou des clients. Il peut reproduire des logos.

Pour les parcs de la SÉPAQ, il découpe des porte-clés, des aimants sur lesquels il grave une silhouette de caribou, il reproduit des minipanneaux avec le nom des sentiers. «J'ai commencé pour le parc de la Gaspésie. Je suis allé leur porter 50 aimants un matin, et à midi il n'y en avait plus!» raconte-t-il avec fierté.

Et pourtant...

«Pour moi, le laser, c'était le diable», confie en riant David-Yan Auclair. Si l'informatique et la technologie le servent si bien aujourd'hui, il refusait de les utiliser au début de sa carrière d'ébéniste, il y a neuf ans. «C'est ce qui a failli me tuer, parce que je ne voulais rien savoir des ordis.»

Il faut dire qu'en quittant sa Gaspésie natale, David-Yan Auclair a étudié à Sherbrooke en informatique... et il a détesté. Après une année en Europe, où il a découvert les métiers d'art, il est revenu au pays faire sa formation en ébénisterie.

Puis il est rentré dans son patelin chercher un peu de tranquillité et lancer sa compagnie. Les premières années, il faisait du mobilier à l'ancienne, de la reproduction d'antiquités. «Je faisais mes dessins de meubles à la main, je ne voulais rien savoir de vendre par Internet.» Pour réaliser quelque temps plus tard que ça devenait inévitable.

«On est 7000 personnes à Sainte-Anne-des-Monts. On est bien, mais ça fait un bassin de population pas très élevé pour acheter du mobilier fait à la main. Et un meuble, ça s'envoie mal par la poste.»

Il a donc changé son modèle d'affaires. «Il ne faut pas avoir des oeillères. Le but de vivre en région, c'était d'y habiter, mais il faut en vivre quand même. J'ai commencé à produire de plus petits objets et à avoir une présence sur Internet. De fil en aiguille, c'est ce qui m'a fait connaître.»

Les planches intitulées D-Zartailles, ont d'abord été conçues... (Photo de Chok Images) - image 2.0

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Les planches intitulées D-Zartailles, ont d'abord été conçues avec des restes de bois. La demande a aujourd'hui explosé. Il est possible d'y faire graver son nom.

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La Gaspésie... sur un plateau, un magnifique exemple... (Photo de Chok Images) - image 2.1

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La Gaspésie... sur un plateau, un magnifique exemple de l'utilisation que David-Yan Auclair fait du laser.

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Un mentor nommé Atkins

Pour l'aider à «focusser», il a aussi été coaché par un mentor, James Atkins, cofondateur des produits de la mer Atkins et frères à Mont-Louis. «Avant, je faisais au-delà de 100 items différents. Avec mon mentor, on a vu que je ne voulais pas prendre de l'expansion, que je voulais une qualité de vie. La solution a été de réduire la quantité de produits, de développer mes planches sur un format pour me permettre de fabriquer en série et de vendre sur Internet.»

Ce qu'il a apprécié de James Atkins : sa mentalité de production artisanale. «Quand on est artisan, on a toujours le syndrome de l'imposteur. Maintenant, avec Internet, on peut commercialiser de petites productions de façon artisanale.»

L'ébéniste cumule d'ailleurs des prix de la Chambre de commerce et de Cultiv'Art. 

David-Yan Auclair, qui travaille seul, dit avoir trouvé son point d'équilibre. L'été, il peut finir à 16h pour aller faire du kayak. Il prend parfois des lundis et des vendredis pour être avec ses enfants et sa femme enseignante, qui vient aussi du coin. «Nos deux kits de grands-parents sont ici. C'est un choix de revenir en région, la qualité de vie et la proximité de la famille.»

Autrement, il travaille de 9h à 17h, il est très actif sur les réseaux sociaux, envoie un démo en moins de deux pour une commande commerciale et prend le temps de placoter avec les clients qui s'arrêtent à son atelier-boutique, installé dans l'ancienne épicerie de ses parents.

Aujourd'hui, il vise tout le Québec comme marché. Il estime que 10 % de sa production est vendue localement, alors que 90 % de son chiffre d'affaires se fait à l'extérieur de la Gaspésie. Pour une livraison au Québec, peu importe l'adresse et la grosseur de la commande, il a des frais fixes de 12 $.

Et même si c'est «anecdotique», il dit avoir expédié des items jusqu'en Australie, en Irlande, en France et aux États-Unis.

Comme quoi un artisantrepreneur peut rayonner et aller loin.

Rabot-D-Bois, 40-B Dontigny, Sainte-Anne-des-Monts; 418 763-8499; rabotdbois.com ; d-bouchon.com

Le logo de Rabot-D-Bois... (Photo de Chok Images) - image 3.0

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Le logo de Rabot-D-Bois

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Un premier superhéros du bois

Après le Castor bricoleur, le Rabot-D-Bois se veut le premier superhéros du bois québécois. Il est né dans l'esprit de l'ébéniste David-Yan Auclair et s'est concrétisé sous le crayon habile de Simon Dupuis l'illustrotteur. Un personnage qui s'inscrit dans la philosophie de l'atelier, «redistribuer la richesse de la nature dans chaque maison», un peu comme Robin des Bois.

«Je veux que tout le monde qui touche au bois au Québec, du stylo à l'armoire Louis XV, se voie comme un Rabot-D-Bois», lance David-Yan Auclair. 

Depuis deux ans, l'artisan voulait moderniser le nom de son entreprise, autrefois appelée l'Atelier du Vieux Rabot. Il est passé au 2.0 et, plutôt que d'adopter le i typique des produits électroniques d'Apple, il a opté pour la lettre D pour Design, David, Développement, Débrouillardise.

Ses collections se voient aussi apposer la fameuse lettre: le D-Bouchon, les planches D-Servir, les tableaux D-Corer. 

En un mot

ÉBÉNISTE => Quand David-Yan Auclair parle de son «trip» d'ébéniste, il parle de placage. Et pour expliquer la chose, il refait la genèse de son métier. Il raconte qu'à l'origine, les charpentiers se sont divisés en deux corps de métier, les charpentiers et les menuisiers, lesquels faisaient les menus travaux: portes, escaliers, lambris. Puis, ces menuisiers se sont eux-mêmes séparés en menuisiers de grande cognée et en menuisiers de petite cognée, ces derniers fabriquant le mobilier. Quand les colonies se sont développées, poursuit David-Yan Auclair, le bois exotique servait de lest pour les bateaux. Mais ce bois était difficile à travailler en Europe, où le taux d'humidité était différent, il fendillait et se tordait. «Ils l'ont coupé en fines tranches pour le coller sur des meubles en bois moins noble, comme le sapin. Ils ont commencé avec l'ébène, un bois très noir, et de là les menuisiers de petite cognée sont devenus les ébénistes.» Durant ses études, David-Yan Auclair voulait faire du placage de mobilier, ce qui est méconnu au Québec. Il a même poussé l'expérience en créant une soixantaine de tableaux de placage. Six ont été choisis pour être exposés en France tout un été lors de l'exposition Les traversiers des arts de Brouage. 

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