Selon plusieurs designers interrogés sur la question, la moquette est victime de préjugés, ce qui explique qu'elle ne soit pas prisée. «Quand on en parle, relate l'architecte Daniel Brisson, de la firme G4 Architecture, les gens voient le vieux tapis beige des années 80 ou le tapis humide dans le sous-sol.» Mais peut-être devrait-on voir plus loin que cette perception négative.
En France, il semblerait que la moquette revienne à la mode petit à petit... Et quand on pense que les modes de l'Hexagone arrivent ici avec du retard, on peut penser qu'une vague de moquettes va déferler sur le Québec prochainement. Et le designer Denis Fortin le confirme, «si la tendance est en France, d'ici cinq ans, ça arrive ici!»
Malgré ce que l'on pourrait croire, la moquette a plusieurs avantages. Bien entendu, le premier est l'effet cocon qu'elle peut conférer à une pièce, en plus d'en améliorer l'insonorisation. «Dans les copropriétés, c'est un atout à ne pas négliger», mentionne Denis Fortin. La maison individuelle connaissant un déclin au profit des jumelés et d'autres logements en copropriété, une nouvelle heure de gloire de la moquette n'est peut-être pas si lointaine.
La laine, pour la qualité
Il y a ceux qui trouvent que la moquette est un nid à poussière. Il y en a d'autres qui pensent que pour les personnes souffrant d'allergies, la moquette est l'équivalent de l'enfer. Lucie Guay, designer chez Tapis du Monde, les rassurera. «La moquette de qualité, généralement en laine, évite que la poussière ne se soulève comme sur un plancher, et un bon ménage à l'aspirateur élimine cette poussière», explique-t-elle. «Et la moquette en laine respire et régule l'humidité ambiante», ajoute-t-elle. Denis Fortin abonde dans le même sens : la qualité de la fibre et le tissage serré font toute la différence. La piètre qualité de certaines moquettes a d'ailleurs participé à la mauvaise réputation de ce type de revêtement de sol. Mais l'entretien est aussi très important. Et contre toute attente, ce n'est pas si contraignant : un bon coup d'aspirateur une à deux fois par semaine et un shampooing annuel.
Lucie Guay constate qu'une petite minorité opte pour la moquette, surtout pour habiller les chambres ou la salle de cinéma, «pour la qualité du son», précise-t-elle. Selon Denis Fortin, les personnes qui choisissent la moquette ont le budget pour s'offrir des produits haut de gamme, «car une belle moquette peut valoir entre 300 et 400 $ la verge», calcule-t-il.
En ce qui concerne le design, les moquettes se renouvellent et sont audacieuses. Chez Tapis du Monde, certains modèles sont très graphiques, les motifs s'affichent fièrement, les couleurs varient, allant du classique au plus vif. Et à ceux qui trouvent qu'il est sacrilège de poser de la moquette sur un plancher de bois franc à cause du système de collage, Lucie Guay leur rétorquera qu'après sablage, le plancher sera comme neuf.
Chez Couvre-Plancher Labrecque, on n'a pas peur de la moquette. Le site Internet mentionne même que «le tapis a pris son deuxième souffle et qu'il est très tendance», ce que confirme le propriétaire du magasin, Michel Labrecque. «Depuis environ un an, on voit un intérêt chez les clients, c'est pas encore l'engouement, dit-il, mais ça attire environ 15 % de nos clients. Les jeunes générations cherchent le confort et la chaleur que la moquette apporte.» Chez Couvre-Plancher Pelletier, on est sensiblement du même avis. Le conseiller Jean-François Guay a remarqué ce regain d'intérêt, «mais il faut que ce soit facile d'entretien», précise-t-il. Son collègue Victorin Pelletier a quant à lui constaté que le tapis modulaire en carreaux est de plus en plus populaire. «On peut créer un design personnalisé, ce qui plaît beaucoup.» Les moquettes en matières recyclées et recyclables ont aussi du succès.
En termes de popularité, le sisal ou le jonc de mer devance la moquette. Ce sont des fibres végétales tissées, qui donnent un aspect très naturel à l'espace qu'elles habillent. Ces matériaux représentent l'alliance entre la sobriété et le chic. Les deux matières sont très résistantes. Le jonc de mer est une fibre non poreuse qui résiste aux taches. Que ce soit pour le salon ou les chambres, ces fibres naturelles sont idéales. Denis Fortin, qui voue une adoration au sisal, aime l'utiliser dans les escaliers. «C'est un antidérapant efficace.» La couleur neutre du produit permet aussi d'y déposer une moquette colorée, pour un effet raffiné.
Peur de la permanence
Outre les différents préjugés défavorables envers la moquette, Daniel Brisson pense que la permanence du produit effraie un peu les gens. En cas d'achat ou de vente d'une maison, la présence de moquette est habituellement un irritant. Pourtant, la changer ou l'enlever n'est pas plus compliqué que de changer un plancher ou un sol de céramique, au contraire.
«Les gens ne voient pas le potentiel du produit parce qu'il y a beaucoup de produits intéressants non permanents», pense l'architecte. Ainsi, les tapis sont sujets à beaucoup de convoitise. D'ailleurs, selon l'experte Lucie Guay, les tendances de ce côté sont le sisal, les poils ras, les couleurs et les motifs géométriques... Étranges ressemblances avec les tendances de la moquette. Il y a aussi les «tapis-multi», composés de carrés de vieux tapis raccommodés entre eux, teints et usés pour donner un fini unique.
Le point sur le vocabulaire
Si le terme tapis est communément utilisé, le mot moquette est le terme exact pour parler de cet assemblage de fibres que l'on applique au sol, d'un mur à l'autre, par double encollage (sorte de tissage collant que l'on applique au sol et sur lequel on pose la moquette). Le tapis est un ouvrage tissé délimité, que l'on pose au sol et que l'on peut déplacer à sa guise. Un petit tapis est une carpette. Le paillasson est un petit tapis épais et rugueux situé à l'entrée de la maison, pour décrotter les souliers. Le tapis de couloir ou d'escalier (qui ne touche pas aux murs) est un chemin.