La commande était costaude: transformer en quelques mois à peine un restaurant sombre et encombré en adresse branchée et haut de gamme. «Il fallait donner un nouveau souffle au resto pour une période de 18 mois», explique-t-elle.
En investissant ce grand local de 4200 pieds carrés, Nancy Ricard a été épatée par «cet espace extraordinaire». Elle a vite repéré les trois grands miroirs du mur principal et décidé de «les exploiter» de façon inusitée: elle a fait peindre les cadres en noir et elle a demandé au designer Jean-Claude Poitras de dessiner des esquisses directement sur les miroirs. Dans du tissu rayé noir et blanc du designer français Christian Lacroix, elle a fait tailler des tentures pleine hauteur avec lesquelles elle a habillé le fond du restaurant. Avec ces deux éléments, elle venait de trouver le thème de sa création: la haute couture.
Nancy Ricard a travaillé avec les structures et les matériaux existants de façon intelligente et réfléchie. Ainsi, elle n'a eu aucun scrupule à peindre la brique en blanc. «Ça fait respirer», analyse-t-elle. Le mur d'ardoise, à l'entrée, a eu droit lui aussi à un coup de pinceau, ainsi que le plancher de bois à chevrons, dans la partie surélevée du bar, les lampes murales en métal et les poutres d'acier du plafond. Il ne servait à rien de tout bazarder pour ce décor éphémère. Mme Ricard en a mis plein la vue sans ruiner le propriétaire, Jean Pilote, qui possède aussi Le Capitole et le restaurant Il Teatro, à côté.
Les banquettes blanches se fondent au décor. «Approchez-vous», nous a invités Nancy Ricard pour bien montrer les dossiers dont les motifs évoquent ceux de Gucci. À l'entrée, un mur a été recouvert d'une mousse, puis enjolivé d'un vinyle noir d'inspiration Gucci lui aussi. Les touches de haute couture sont omniprésentes, mais subtiles.
Quant aux chaises, elles ont simplement été repeintes en noir. Sous les nappes blanches, elles composent des ensembles élégants et intemporels.
Digne de New York ou de Barcelone
La touche Nancy Ricard s'affiche dans les exubérants luminaires ronds et blancs fixés dans le dôme noir du plafond. «Ce sont les master pieces du restaurant», se réjouit-elle en précisant qu'ils ont été «les coups de coeur de Jean Pilote». Elle les a dénichés aux États-Unis et jure qu'ils sont uniques à Chez l'Autre. Du côté de L'Autre Bar, séparé du resto par des portes de verre, des versions plus petites des mêmes luminaires agrémentent l'espace. Là, les nappes sont noires, signe à peine perceptible d'un lieu à vocation différente.
Nancy Ricard se félicite du résultat en constatant que le design a été épuré et que «la pollution visuelle» a été éliminée. Au coeur de Québec, les clients se trouvent dans un environnement digne de New York ou de Barcelone, estime-t-elle.