Une oeuvre lente dans un monde trop pressé

Suzanne Paquette a appris son métier de Bernard... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Suzanne Paquette a appris son métier de Bernard Fortin, lissier des Gobelins. Elle a été son apprentie durant presque une année.

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(Québec) Dans l'atelier de Suzanne Paquette, une vieille image encadrée attire l'attention. Il s'agit d'une planche originale de l'Encyclopédie Diderot qui illustre la technique de la haute lisse, une sorte de tapisserie confectionnée à la verticale. «Ça n'a pas beaucoup changé, à la différence qu'on ne s'éclaire plus à la chandelle», lance en riant l'artiste lissier.

Ses pièces sont naturellement ignifuges, indique l'artiste lissier.... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 1.0

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Ses pièces sont naturellement ignifuges, indique l'artiste lissier. «Je maintiens toujours un haut taux de laine qui n'est pas conducteur de feu.» Pour entretenir les tapisseries? «Un bon coup d'aspirateur!»

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Laine, coton, lin, fibres synthétiques, acrylique... Suzanne Paquette... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 1.1

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Laine, coton, lin, fibres synthétiques, acrylique... Suzanne Paquette utilisent des fibres «grand teint», résistantes à la lumière. Ses fournisseurs sont européens et américains.

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Suzanne Paquette s'installe à son grand métier à tisser, signé par l'unique fabricant au Québec, Nilus Leclerc. La demande n'est pas énorme : «On est comme les bélugas, en voie d'extinction», dit-elle.

Elle a été formée à l'Université du Québec à Montréal, puis à la Banff School of Fine Arts. Mais son savoir-faire, elle dit l'avoir réellement appris du lissier Bernard Fortin, de qui elle a été l'apprentie presque une année. La façon dont elle mêle les laines est associée à une technique européenne, à celle de la manufacture des Gobelins, créée au XVIIe siècle. Pensez à Paris, à Louis XIV et à ces grandes tapisseries de scènes épiques. «À cette époque, les gens tissaient à plusieurs et chacun avait sa spécialité : les visages, les animaux, les fleurs...»

Le style peut avoir changé, mais la méthode, elle, est restée intacte. Qu'est-ce qui pousse quelqu'un à embrasser un métier que la technologie n'a pas accéléré? Suzanne Paquette s'est posé la question, a exploré différentes pratiques textiles, d'autres médiums. Puis un jour, elle a réalisé qu'elle avait besoin de ce temps que demande la tapisserie. «C'est un moment de méditation qui fait partie de mon processus de création. Je me suis rendu compte que même si tout va plus vite, mon coeur bat à la même vitesse et mon sang circule au même rythme. J'ai le droit de faire quelque chose à un rythme humain.»

Sachant qu'elle ne pourrait pas produire en grande quantité, elle privilégie les biennales et les expositions de groupe pour présenter ses oeuvres. Elle enseigne aussi à temps plein le dessin et les techniques de création au Cégep Limoilou, pour «subsister». L'été est donc le temps fort de sa production, dans son atelier du boulevard Langelier.

À travers les pelotes de laine et diverses bobines, il y a aussi des dessins, la base de son travail. «C'est là que l'informatique vient tout de même jouer, dans les étapes préparatoires.» Dans sa recherche d'idées, elle dessine entre autres avec le logiciel Photoshop. «Le but n'est pas de reproduire à l'identique. Je m'inspire de la composition, de l'organisation.»

Du dessin, elle fait un repérage pour identifier les zones importantes. Elle agrandit et imprime ce qu'elle appelle un carton, qu'elle glisse à l'arrière de son métier. Puis au crayon, elle marque les cordes (les chaînes entre lesquelles s'entrecroiseront les fils), ce qui lui permet de guider son travail.

La conception, le jeu de couleurs et de textures se fait sur le métier, explique-t-elle. «C'est pourquoi je ne pourrais pas faire faire mes tapisseries par quelqu'un d'autre.»

L'influence du Maroc

Sur les murs de son atelier, elle montre une tapisserie «avant Maroc» et une tapisserie «après Maroc». Elle explique avoir fait un va-et-vient entre ici et là-bas durant sept ans. Le Maroc est venu la chercher pour rencontrer des artisans, cerner les besoins et assurer le développement de formations pour préserver les savoirs anciens, explique-t-elle.

Son passage là-bas a indéniablement influencé sa palette de couleurs, qui s'est élargie et réchauffée. «Mes récentes tapisseries s'inspirent de la culture marocaine qui m'était étrangère, du rapport aux femmes.»

Déjà, Suzanne Paquette s'intéressait à une thématique qui a été renforcée par ses séjours outre-mer. «J'ai toujours été fascinée par le rapport du textile, qui est à la frontière entre ce qui est privé et public. Le rideau, le décolleté... Au Maroc, la notion du privé-public est très présente. On passe toujours des arches, les maisons sont cachées derrière des murs. De là est arrivée l'imagerie des portes dans mes tapisseries. Le comportement des gens en privé et en public change aussi.»

Toujours, ses pièces sont liées à ce qu'elle vit. Même ses miniatures qu'elle appelle ses «petites études». «Ce sont des fragments de ma pensée, de mes idées.» Des oeuvres de 20 centimètres par 20 centimètres qu'elle ne finit pas au bout pour reprendre l'idée des artefacts.

Ses minitapisseries à encadrer se vendent environ 100 $ alors que ses grandes oeuvres à suspendre au mur comme un tableau se détaillent 2000 $ et plus.

Sa clientèle? Les collectionneurs, Loto-Québec, l'arrondissement de Charlesbourg, la Ville de Saint-Léonard. Chez les particuliers, elle ne voit pas de profil type. «Ils achètent par coup de coeur.»

Suzanne Paquette dit prendre des commandes. «Mais il ne faut pas que ce soit pour la semaine prochaine!»

Pour prendre rendez-vous avec l'artiste lissier ou en savoir plus sur son travail : suzannepaquette.com, suzannepaquettelissier.blogspot.ca

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Tapisserie de haute lisse ›

Les tapisseries sont des tissus formés par l'entrecroisement de fils horizontaux (la trame) et de fils verticaux (la chaîne). La technique de haute lisse réfère à une confection qui se fait à la verticale. Les fils de chaîne sont séparés en deux par un bâton. Ceux qui se retrouvent devant sont facilement accessibles en glissant la main. Suffit alors de passer l'outil, appelé broche, chargé des fils de la trame. Les lisses sont une série de cordelettes au-dessus de l'artisan qui, une fois tirées, permettent de ramener vers l'avant les fils arrières auxquels elles sont rattachées. En repassant la broche, on obtient ainsi l'entrecroisement désiré.

- Sources : Wikipédia et Suzanne Paquette

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