Dès l'entrée, l'artisan dévoile sous nos pieds une (fausse) mosaïque familiale. Un dessin abstrait en noir et blanc qui représente sa conjointe, lui et leurs trois filles, Alice, Charlotte et Rosine. Ces demoiselles profitent du talent artistique de leur papa qui leur décroche la lune en tableau. On jurerait des oeuvres en morceaux de céramique. Encore là, il s'agit plutôt de plâtre recouvert d'acrylique.
Il y a un an, Denys Lacombe déménageait avec sa famille dans cette maison qu'il a mise à son goût. La demeure date de 1949, une époque où l'on posait les premiers murs de gypse, indique-t-il. Pour revigorer l'endroit et «pour faire neuf», il a appliqué deux couches de plâtre partout. Au plafond, il a imité le plâtre ancien qu'il appelle «vieux creton» des maisons d'autrefois. Une technique parfaite pour camoufler les défauts, dit-il.
Denys Lacombe n'est pas un cordonnier mal chaussé. S'il réalise de si beaux faux-finis chez lui, c'est qu'il en fait son métier. Courtier immobilier dans une autre vie, il a appris des techniques de base qui allaient l'aider dans sa nouvelle profession en 1995 chez Couleurs évolution. Puis il a peaufiné son art par lui-même. En 1999, il a lancé sa propre affaire et cumule depuis les projets un peu partout au Québec, jusqu'en Ontario. Il a travaillé pour des épiceries au début et pour des restaurants (dont ceux de Guy Lafleur et Éric Lucas). Mais ce qui le branche, c'est le résidentiel. Louis-José Houde a d'ailleurs eu recours à ses services pour des murs de brique.
Carte blanche
À l'île d'Orléans, un client lui a donné carte blanche pour refaire une salle de bain dans une maison de 320 ans. Une surprise pour sa femme. Denys Lacombe a appliqué un plâtre au fini ancien sur les murs, puis réalisé un faux-fini de céramique d'époque au plancher. La dame était ravie.
L'artisan fait du surmesure. À partir d'un livre, il n'hésite pas à reproduire des éléments du Parc Güell de Gaudí. On lui a demandé un décor de Provence pour une piscine intérieure au Lac-Brome. Il s'est documenté sur le sujet. «Je m'instruis comme je peux et après, je sors les spatules.»
Son processus de création s'échelonne en une quinzaine d'étapes. Il utilise différents types de plâtre, de polymère, de ciment et de pigments qu'il applique avec truelles, spatules, pinceaux et chiffons sur n'importe quelle surface. À l'aide d'un polythène, il se crée une espèce de tente sous laquelle il travaille pour éviter de faire de la poussière.
Pour «briqueter» (il estime avoir fait environ 125 000 pieds carrés de brique dans sa carrière), il marque d'abord le mur et le couvre de ruban-cache, qui deviendra les faux joints. Puis il applique le plâtre, préalablement coloré si jamais un bris survenait que ça ne soit pas blanc. «Je n'ai jamais eu de retour là-dessus depuis que j'ai commencé.» Avant que le plâtre ne sèche, il retire le ruban et applique couleurs et mortier. Le secret du trompeur pour vieillir et user sa fausse brique? Il passe de la chaux et la dilue dans le mur.
«La dernière étape est tellement le fun: tu sors le lapin du chapeau!»
Il aime créer certaines irrégularités dans le relief de la surface, comme sur un mur de 22 pieds de haut qu'il a réalisé dans une copropriété de la haute ville de Québec. Pour mettre en valeur tout ce travail, l'éclairage fait une grosse différence, souligne l'artisan qui semble avoir un penchant pour la DEL.
De 20 à 25$ du pied carré
Si chaque projet est unique et a ses particularités, Denys Lacombe indique qu'il demande environ 20 à 25$ le pied carré pour ses faux-finis. La brique peinte, «très à la mode», est un peu moins chère toutefois.
Un avantage au trompe-l'oeil en trois dimensions? Les murs qu'il crée prennent moins d'espace qu'une brique réelle et sont moins lourds, donc pas besoin d'infrastructure portante.
«Mon trip, c'est de laisser quelque chose au monde. Ma job, c'est une signature», dit l'artisan. Un client de Saint-Irénée pour qui il a fait plusieurs faux finis lui a déjà confié: «Il n'y a pas une journée où je ne pense pas à toi.»
Passionné, Denys Lacombe cherche une complicité avec ses clients. «Je les embarque dans ma galère», dit-il après tout.
Pour voir quelques réalisations de Denys Lacombe:
www.letrompeur.ca
Pour le joindre: 418 262-4391