Les résidants de l'Îsle-aux-Grues, au large de Montmagny, ont compris le principe. Le long du Saint-Laurent, toutes leurs maisons ont des parterres fleuris simplement : hémérocalles, mauves et géraniums s'épanouissent au soleil sans souffrir du vent impitoyable. Pour égayer leurs plates-bandes, de nombreux propriétaires ont aussi disséminé des petites statues humaines ou animales : ici, un grand héron, là, un nain de jardin sur une souche et, par-ci par-là, des oies en accord avec l'environnement. Ce n'est pas kitsch, ni ringard, c'est à peine naïf et plutôt charmant.
«Il n'y a pas de recette», explique la conceptrice de jardin Christiane Cimon. «Mais il faut qu'il y ait un lien avec la personne ou avec la maison.» Elle recommande la parcimonie. Comme les plantes, en effet, les sculptures et les objets inanimés doivent être subtilement agencés.
Aux jardins de Quatre-Vents, à Cap-à-l'Aigle dans Charlevoix, Christiane Cimon a découvert un modèle de sobriété et d'intégration d'éléments sculpturaux. Conçus par Francis H. Cabot, ces grands jardins privés recèlent de nombreux objets qui se transforment en surprises des sous-bois, en fantaisies des bosquets, en vedettes du jardin. Une statue constitue «un point focal» au fond d'une allée. Une autre se dresse au bout d'un chemin, comme une balise pleine de poésie. «Dans un grand jardin, explique-t-elle, on peut passer d'une atmosphère à l'autre, intégrer des objets sculpturaux différents les uns des autres, qui éveilleront des émotions différentes.»
Les objets peuvent nous entraîner vers une autre partie du jardin, attirer notre regard pour le détourner en même temps d'un endroit moins joli. Lorsqu'ils sont assez volumineux, ils créent de la perspective.
Le restaurant La Goulue de l'Îsle-aux-Grues est situé sur un emplacement de rêve, en face du quai. De larges plates-bandes ont été aménagées devant la terrasse. La statue d'un grand héron domine les bosquets. Mais des petits bonshommes de plâtre asexués ont aussi été insérés à travers les plantes avec beaucoup d'humour. L'un d'eux gît sur une pierre, on le dirait mort. Il fait jaser. Il ne laisse pas indifférent.
«Un petit personnage regarde le terrain à sa propre hauteur, philosophe Christiane Cimon. Un lapin caché sous les feuilles nous invite à imaginer comment il perçoit notre jardin. Les oiseaux et les animaux nous tiennent compagnie dehors.»
Quatre saisons
Les objets ont aussi l'avantage d'agrémenter les quatre saisons. Ils peuvent se couvrir de mousse au fil des ans, changer, embellir. Christiane Cimon suggère de les placer de façon à ce qu'on puisse les admirer de l'intérieur de la maison.
Il y a 20 ans, les ornements de jardins résidentiels étaient rares au Québec. Aujourd'hui, il y en a de plus en plus. Ils deviennent parfois «l'âme du jardin». Qu'ils complètent une plante en pot ou qu'ils animent un coin-repas, qu'ils soient abstraits ou figuratifs, ils attirent l'attention, d'où la nécessité de rechercher l'harmonie avec l'architecture de la maison et les autres éléments extérieurs. Christiane Cimon : 418 848-7305 ou Christianecimon@gmail.com