«Lucie tourne; moi, je barbouille», résume Yvon, un policier de la Sûreté du Québec à la retraite, qui se lève à 5h quand il faut allumer le four à gaz et qui seconde la céramiste en appliquant la couleur sur les pièces qu'elle façonne. Remarquable travail d'équipe!
Ils ont baptisé leur atelier La petite école du rang en l'honneur du bâtiment qui abrite aujourd'hui leur maison et qui était l'école du quartier, il y a une cinquantaine d'années, dans cette campagne dominée par la rivière Jacques-Cartier. Originaire de la région d'Arthabaska, Lucie Arseno l'a achetée en 1987 et n'a cessé de la rénover depuis, avec l'inestimable apport de son compagnon.
Ils ont bâti leur atelier en 1994, à côté de leur maison, après des années de perfectionnement dans différents domaines, dont le vitrail, la peinture, la sculpture et la céramique. En 1987, Lucie a passé huit mois en France, où est née sa passion pour la céramique. Yvon l'y a rejointe et a étudié l'émaillage avec Raoul Favretto, un potier de La Borne, dans la région de Bourges, qui a aussi enseigné à Lucie les procédés de cuisson au gaz. Dans ce couple, les compétences sont fusionnelles et transversales.
Pièces utilitaires et singulières
Les portes de leur atelier sont toujours ouvertes. Le couple éprouve une fierté légitime à exhiber sans flafla une production composée de pièces utilitaires et singulières: le fameux vinaigrier de grès; la charentaise, dite «cocotte du diable», conçue pour cuire les légumes sans eau sur le barbecue; la cocotte à viande, dont le couvercle retourné devient un plat de service; et la chocolatière pour un divin chocolat au lait.
La céramique les occupe à temps plein. «J'utilise deux tonnes de terre par année», mentionne Lucie Arseno. Les pièces passent 12 heures dans un four à gaz de grande capacité qui atteint une température de 1300 °C. «Elles mettent deux jours à refroidir», continue-t-elle. C'est dire que les artisans font «deux cuissons» par semaine. Il faut que ça roule! La cuisson au gaz demande beaucoup de vigilance. Mais elle donne de beaux rouges. Et des surprises à chaque fournée. La pression atmosphérique influence la couleur et rehausse le caractère unique de chaque pièce.
L'atelier est doté d'un petit appartement, à l'étage. Des étudiants y séjournent parfois lors de séances de formation que Lucie offre dans des formules personnalisées, en groupe ou en solo, en une seule session ou durant plusieurs fins de semaine. Pédagogue inspirante, elle enseigne le façonnage, le tournage, l'émaillage et le raku, une technique japonaise de cuisson de céramique à basse température qui provoque des chocs thermiques et génère des pièces à l'aspect craquelé.
Si l'atelier est ouvert à longueur d'année, c'est qu'il leur sert aussi de principal point de vente. L'Épicerie européenne, rue Saint-Jean, vend certaines de leurs créations. Mais c'est au Salon des métiers d'arts de Montréal qu'ils obtiennent leurs revenus les plus importants de l'année.
Lucie dit qu'elle ne prendra jamais sa retraite. Elle a trouvé dans le monde de la couleur et du grès un défi à la mesure de son inventivité. «La couleur, c'est de la chimie, affirme-t-elle. Y a plus de fin.»
Information:
www.lapetiteecoledurang.com ou 418 948-1611