Profession: chasseur de tendances

Couleur Haricot Pinto (6078-31) Collection souvenirs vivants... (Photo fournie par SICO)

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Couleur Haricot Pinto (6078-31) Collection souvenirs vivants

Photo fournie par SICO

Sophie Gall
Le Soleil

(Québec) Vous ouvrez le journal, et vous apprenez que pour 2012, la tendance est au bleu pour les murs de la maison. En magasinant, vous vous apercevez que les poignées pour armoires de cuisine sont toutes longilignes ou, au contraire, rondes et discrètes. Pour les divans, les lignes épurées sont préférées. Qui décide ces tendances? Et comment ces décisions sont-elles prises?

Tendances de 1970 à 2011 (images)

Dominique Pépin, directrice du marketing chez Sico, connaît bien le métier de chasseur de tendances. «Ce sont des gens qui font ça à l'année longue, ils se promènent dans tous les salons du monde : carreaux de céramique, tissus, couleurs, meubles, objets de déco...» explique celle qui se considère seulement comme une interprète des tendances.

Les créateurs et les manufacturiers exposent leurs créations dans ces salons, et les chasseurs scrutent, épluchent, analysent tout ce qu'ils voient. Puis, ils publient leurs conclusions, qui deviennent la bible des producteurs, des fournisseurs, des détaillants.

Mais pour ces chasseurs de tendances, il ne suffit pas de trouver du beau. Il faut «comprendre» le produit pour qu'il corresponde aux attentes des clients. Les chasseurs de tendances ne sont donc pas seulement des férus de design, de déco ou d'architecture. Il y a aussi des sociologues, des politologues, des économistes. Rien n'est laissé au hasard pour les tendances.

«Depuis les 10 dernières années, on sentait une préoccupation sociale avec les attentats, les fraudes financières, les crises économiques, les pandémies, illustre Dominique Pépin. Cet état d'esprit général influençait le monde du design et de la déco, on retrouvait beaucoup de beiges sur les murs, toutes ces teintes douces, durables, sécurisantes. Ce sont des couleurs avec lesquelles on ne peut pas se tromper, c'est rassurant.»

La Bourse influence les couleurs

Aujourd'hui, bien que le climat ne soit pas beaucoup plus joyeux, on propose davantage de couleurs vives, plus éclatées, pour rompre avec la monotonie des années précédentes. Auriez-vous cru que les aléas de la Bourse auraient une influence sur la couleur de vos murs, de vos divans et de vos rideaux?

Pour les couleurs, le Color Marketing Group a une grande influence sur les tendances. Les manufacturiers en tout genre se réunissent et discutent des tendances de l'année à venir... ou des années à venir. Si les chasseurs de tendances ont remarqué l'émergence de telle couleur, de tel motif ou de telle texture, c'est toute l'industrie qui va surfer sur la même vague. La mode vestimentaire aura une influence sur l'ameublement, l'industrie de la peinture et de revêtements de murs s'adaptera, les fabricants de plancher aussi.

Ces regroupements donnent le ton... peut-être même pourrait-on parler de «collusion chromatique», pour reprendre les mots d'Anne Darche, spécialiste du marketing et de décryptage de tendances. «Et heureusement qu'il y a une certaine concertation! précise celle-ci. Ça oriente les goûts des consommateurs, mais les couleurs de tissus doivent être agencées avec les couleurs des boutons, ou des fermetures éclair, sinon tout sera dépareillé.»

Selon Dominique Pépin, ces grands groupes de décisions ont un peu moins d'influence qu'il y a quelques années. Internet permet de découvrir davantage de modes, de partout autour du monde; les chasseurs de tendances peuvent donc moins guider les goûts des consommateurs.

Mais Internet n'a pas mis au chômage tous les chasseurs de tendances de ce monde. Il faudra toujours des gens qui analysent les produits par rapport aux besoins et aux volontés de la population à desservir. Manon Routhier travaille pour Céramique Décor. Une partie de son travail consiste à visiter plusieurs salons spécialisés à travers le monde.

«Je regarde ce qui se fait de nouveau un peu partout, mais je vais choisir ce qui correspond à notre marché. Aujourd'hui, au Québec, il y a une forte conscience écolo, les gouvernements offrent des subventions pour tout ce qui est LEED, donc on doit offrir des céramiques qui dérivent de cette culture.»

On ne s'étonnera donc pas de voir, en 2012, des céramiques très naturelles, en matière brute, qui donne un effet bétonné. L'aspect «chic artisanal» des céramiques semble être l'écho de la conscience écologique collective.

Anthropologie moderne

«De plus en plus, en Europe, on trouve des toilettes économiques, donc qui ont très peu d'eau au fond, explique David Soligo. Ça marche très bien, certains modèles sont très design, mais au Québec, on n'est pas prêts à ça.» Qu'on se le tienne pour dit, les Québécois aiment leur fond de bol avec de l'eau!

Ainsi, l'actuelle conscience écologique semble disparaître quand on parle du design et du fonctionnement des installations sanitaires. M. Soligo travaille pour Céramique Décor, pour la section plomberie, éviers, baignoires et toilettes.

Comme quoi, être chasseur de tendances, c'est être branché design, mais c'est aussi, dans ce cas précis, être un brin anthropologue. Et ça se confirme dans le choix du design des baignoires. «Les baignoires ne sont pas les mêmes ici, et en Europe, on ne se lave pas de la même façon, lance David Soligo. Mais on essaye quand même, on ramène quelques produits, et ça fait son chemin.»

L'expert en design de plomberie donne l'exemple des robinets : «En Europe, ça fait 30 ans que les robinets mitigeurs, à une seule manette, sont très populaires, et ils sont effectivement très pratiques. Et aujourd'hui, la plupart d'entre eux sont très beaux. Mais ici, le robinet à deux manettes est encore la norme et est perçu comme plus chic. Mais c'est en train de changer.»

Pour Anne Darche, le métier de chasseur de tendances change peu à peu, mais une chose demeure fondamentale : «Il faut comprendre le consommateur, ses envies, ses désirs, ses bibittes, il faut observer, lire la société, lire le marché», dit-elle. Pour être un bon chasseur de tendances, il faut être constamment en état d'éveil, il faut côtoyer toutes sortes de personnes, s'intéresser à des domaines variés.

Inspiration de l'aspirateur Dyson

«Les bonnes idées sont souvent aux frontières des domaines, elles naissent souvent de la confrontation de deux univers», remarque-t-elle. Et on n'a pas besoin d'aller chercher bien loin pour trouver un exemple très parlant : l'aspirateur Dyson. Le design de cet aspirateur s'inspire directement de l'automobile, de l'aérospatial. C'est un design, et un marketing, qui vient directement d'une lecture du comportement du consommateur : les hommes s'attellent davantage aux tâches ménagères qu'à une certaine époque.

«On voit le moteur de l'aspirateur. Dans la pub, on nous explique sa puissance, son système d'aspiration est décortiqué... c'est très masculin comme approche», constate Anne Darche. Et c'est M. Dyson en personne qui nous présente son invention, un peu comme un exploit. Chaque élément de design est pensé, et pour cela, plusieurs tendances ont été lues par des experts.

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