Berlin: des mini-maisons pour héberger des réfugiés

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Ali Fadi, réfugié kurde de Syrie, au travail

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Agence France-Presse
Berlin

Des mini-maisons pour héberger des réfugiés ou des pauvres? Le projet, encore balbutiant, a germé un jour d'hiver 2015 dans la tête d'un architecte devant la file d'attente d'un centre social pour demandeurs d'asile à Berlin.

«Je suis allé chercher ma perceuse et j'ai ramassé du bois trouvé au hasard dans les rues pour les apporter là où les gens attendaient», puis, avec quelques réfugiés, «on a simplement commencé à construire», raconte à Van Bo Le-Mentzel, architecte berlinois.

En peu de temps, une maison modèle réduit prend forme. Elle servira d'abri aux enfants lors des intempéries, également à tromper l'ennui lors d'attentes interminables devant ce centre littéralement débordé en cette année 2015, lorsque l'Allemagne a accueilli 890 000 réfugiés.

Bouts de bois

Cette demeure de fortune bricolée avec trois clous et deux bouts de bois constituait la prémisse de la Tiny House University : un projet rassemblant architectes, designers et migrants, destiné à expérimenter de nouveaux modes d'hébergement pour les populations dans le besoin, réfugiés ou travailleurs pauvres.

Cette tendance a émergé il y a quelques années par choix politique pour préserver l'environnement ou par nécessité financière. Elle s'étend à présent.

Van Bo-Mentzel, pdg de Tiny House University, à... (AFP, Adam Berry) - image 2.0

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Van Bo-Mentzel, pdg de Tiny House University, à l'intérieur d'une des maisons construites dans le cadre du projet

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«Nous essayons de créer de nouveaux types d'hébergements» pour ceux qui n'ont ni terrain ni argent, explique M. Le-Mentzel, concepteur en 2010 d'une série de meubles à bas coût réalisés à partir de matériaux de récupération.

L'équipe de la «Tiny House University», qui compte six réfugiés, travaille actuellement avec le musée Bauhaus de Berlin pour construire 20 «mini-maisons» de 10 m2 chacune.

Certaines serviront d'hébergements, d'autres de librairie, de café ou d'atelier. Elles sont progressivement exposées sur le terrain du Bauhaus Archiv jusqu'en mars 2018.

Utopie

Ces logis seront montés sur roues et pourront être garés dans un espace de stationnement. «À Berlin, il y a 1,5 million de voitures garées la nuit sans être utilisées» et chacun de ces emplacements de stationnement «fait environ 10 m2».

«Que se passerait-il si on remplaçait ces 1,5 million de voitures par des mini-maisons» dans lesquelles des réfugiés pourraient vivre?», rêve l'architecte.

À l'instar de nombreuses villes dans le monde, Berlin a connu ces dernières années une hausse des prix de l'immobilier compliquant l'accès au logement pour les couches populaires.

Selon Van Bo Le-Mentzel, sa Tiny100 - nom qu'il a donné à sa première version - constituerait un début de solution face à cette crise du logement : fabriquée en partie avec des matériaux recyclés, elle serait louée 100 euros par mois (environ 150 $CAN), et donc accessible au plus grand nombre.

Un brin utopiste, l'architecte caresse aussi l'espoir de voir des immeubles classiques abriter des logements plus compacts, à l'image de sa Tiny100, pour permettre à tous, «riches et pauvres, étudiants et entrepreneurs», de vivre ensemble.

Des discussions sont en cours avec «trois ou quatre investisseurs», glisse-t-il. «Mais nous n'en sommes qu'au début du processus».

13 personnes dans 6 m2

Réfugié kurde venu de Syrie, Ali Fadi n'a pas encore en tête d'avoir sa propre «tiny house». À 33 ans, ce charpentier de métier souhaite une seule chose : pratiquer son métier. En l'absence de papiers prouvant sa formation, il n'a en effet pas pu trouver de travail en Allemagne.

Arc-bouté sur un bout de bois qu'il mesure avant la découpe, il confie son espoir que sa participation à ce projet l'aidera à «obtenir un travail».

Dans un entrepôt du sud de Berlin, un autre membre de l'équipe, Noam Goldstein, travaille sur sa demeure modèle réduit : outre les équipements normaux d'une maison, elle sera équipée de panneaux solaires, de toilettes sèches et d'un jardin hors-sol.

Sa fabrication coûtera entre 17 800 $CAN et 22 300 $CAN, la plupart des composants, étant issus de la récupération, estime-t-il.

Amelie Salameh, Berlinoise de 23 ans, est conquise : «La façon avec laquelle elle a été conçue, les miroirs, la lumière abondante [font que] je ne me suis jamais sentie prisonnière dedans», confie celle qui a vécu trois semaines dans cette maisonette.

Elle a convié deux amis à dormir dedans et a même invité 13 personnes à la visiter. «Il suffit juste de réfléchir où on met ses affaires et de la ranger constamment, parce que ça se remplit vite!»




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