Un trio d'Espagnols remporte le «Nobel» de l'architecture

Rafael Aranda, Ramon Vialta et Carme Pigem, du... (AFP, Eddy Kelele)

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Rafael Aranda, Ramon Vialta et Carme Pigem, du cabinet catalan RCR Arquitectes, ont mérité le prestigieux prix Pritzker qui est souvent considéré comme le Nobel en architecture.

AFP, Eddy Kelele

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Daniel Bosque, Laurence Boutreux
Agence France-Presse
Barcelone

Un trio d'architectes espagnols, Rafael Aranda, Carme Pigem et Ramon Vilalta du cabinet catalan RCR Arquitectes, a été récompensé mercredi par le prestigieux prix Pritzker, souvent considéré comme l'équivalent du prix Nobel en architecture.

C'est la première fois que trois personnes sont récompensées conjointement par ce prix, créé en 1979 pour rendre hommage au travail d'un architecte vivant.

Rafael Aranda, 55 ans, Carme Pigem, 54 ans, et Ramon Vilalta, 56 ans, avaient accolé dès 1988 les premières lettres de leurs prénoms pour fonder le cabinet RCR, dans leur ville natale d'Olot, en Catalogne, en Espagne.

C'est là qu'ils ont développé l'essentiel de leur oeuvre, avant de travailler en France, en Belgique et jusqu'à Dubai.

Issu de l'école technique supérieure d'architecture de Vallès, près de Barcelone, le trio a bâti une oeuvre internationalement reconnue, sans jamais quitter la petite ville d'Olot, réputée pour son exceptionnelle forêt de hêtres ou ses volcans tout proches.

Ses constructions ont la sobriété et les teintes du parc naturel de la Garrotxa, tel l'acier sombre omniprésent qui rappelle la pierre volcanique.

«Olot, c'est notre petit univers. C'est à partir de notre ville que nous avons commencé notre propre chemin», avait expliqué en 2014 à l'AFP Ramon Vilalta.

«Pas parce qu'on voulait prendre nos distances, plutôt pour conserver notre façon d'être, de sentir», complétait alors son épouse, Carme Pigem.

Mercredi, après l'annonce du prix, elle a insisté sur cette idée, en disant à l'AFP par téléphone: «Parfois, on a l'impression qu'il faut choisir entre le local et l'international. Avec nous, chacun peut comprendre qu'on peut être très lié au local et en même temps ouvert sur le monde. Et c'est très beau que le jury l'ait reconnu».

Les membres du jury du Pritsker ont en effet délivré jeudi un message teinté de politique: «Nous vivons dans un monde globalisé où nous devons nous appuyer sur des influences internationales, les échanges commerciaux, des discussions. Mais de plus en plus de gens ont peur qu'à cause de ces influences, nous perdions nos valeurs locales, notre art local, nos coutumes». Les lauréats «nous disent qu'il est possible d'avoir les deux», ont-ils insisté.

Le trio de RCR avait été marqué par l'école d'architecture de Barcelone, qui marqua les Jeux olympiques de 1992. Mais il a aussi revendiqué l'influence des sculpteurs espagnols Eduardo Chillida et Jorge Oteiza, celle des peintres américain et français Mark Rothko et Pierre Soulages ou encore de l'architecture traditionnelle du Japon...

L'année 2014 avait été particulièrement fructueuse, avec l'inauguration de leur oeuvre majeure, à Rodez, dans le sud de la France: un musée conçu pour abriter les peintures abstraites de Soulages.

Cet édifice, situé dans la commune de L'Hospitalet... (AFP, Josep Lago) - image 2.0

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Cet édifice, situé dans la commune de L'Hospitalet de Llobregat, près de Barcelone, est l'une des constructions du cabinet RCR.

AFP, Josep Lago

«Sobriété impressionnante»

Cet édifice avait été salué par le quotidien Le Monde comme «un lieu d'exception» à «la sobriété impressionnante»: un ensemble tout en lignes droites et en angles, avec des parois extérieures en acier oxydé, donnant à l'ensemble une teinte rouille.

En France, leur respect de la nature avait aussi marqué un projet bien plus modeste, dans le village rural de Négrepelisse: ils y inaugurèrent en 2014 un centre d'art imbriqué dans les ruines d'un château du XIIIe siècle.

Il s'agit de «faire ressentir la nature, l'air, le vide, l'essence des choses, alors que petit à petit, la vie des personnes se "dénaturalise"», plaidait alors Carme Pigem.

Une autre de leurs réalisations notables, la médiathèque Waalse Krook de Gand en Belgique, doit être inaugurée prochainement.

À Olot, les bureaux de RCR sont installés dans une ancienne fonderie d'art, où de nombreux ateliers «architecture et paysage» ont attiré des gens du monde entier.

Pour Tom Pritzker, fils du fondateur du prix, cité dans le communiqué, «leur travail montre un engagement sans faille dans un lieu et son histoire, pour créer des espaces en dialogue avec leur contexte».

Le Pritzker, doté de 100 000 dollars, sera remis lors d'une cérémonie à Tokyo, le 20 mai.




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