Paroles aux architectes: Suzanne Bergeron

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Suzanne Bergeron a ouvert avec Louise Amiot le premier bureau de femmes architectes associées au Québec.

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(Québec) Les débuts d'année donnent envie de se projeter plus loin. Dans cet esprit, nous avons posé cinq questions à des architectes de tout âge sur notre façon d'habiter au Québec. Cette semaine, nous poursuivons notre série avec Suzanne Bergeron.

Présentation

Nom: Suzanne Bergeron

Titre: Architecte senior, designer d'intérieur, détentrice d'une maîtrise scientifique en design urbain, associée de la firme Louise Amiot et Suzanne Bergeron, architecture + design + urbain, premier bureau de femmes architectes associées au Québec.

 «Que nous réserve l'avenir? Je crains qu'il y ait autant d'avenir qu'il y a de gens, car l'avenir pour les uns est déjà passé date pour les autres. L'avenir pour l'architecte est souvent en retard, car l'évolution de l'architecture est ralentie par les procédures et l'acceptabilité sociale.»

1. Quelle est la maison type dans la région de Québec en 2017?

La typologie résidentielle urbaine qui semble vouloir s'installer contre vents et marées est la résidence dite moderne. Ce style évoque dans l'imagerie populaire deux étages, un toit plat, trois matériaux et une fenestration généreuse. Contesté dans certains milieux centraux, il doit toutefois traverser l'acceptabilité sociale, ce qui devrait entraîner une simplification des volumes, une meilleure gestion des agencements de matériaux et une fenestration pertinente selon l'usage de la pièce et son orientation.

Ces maisons, même si elles reflètent davantage l'approche conceptuelle des architectes, marqueront les caractéristiques d'une décennie, d'un courant. Probablement que les toits en pente, les colonnes et les fenêtres subdivisées renaîtront, suivant le cycle de la typologie résidentielle...

Selon l'architecte, la requalification des bungalows passe notamment... (Fournie par Suzanne Bergeron) - image 3.0

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Selon l'architecte, la requalification des bungalows passe notamment par leur transformation en maisons bigénérationnelles, comme ce projet signé Amiot Bergeron Architectes.

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2. Selon vous, comment sera la maison type en 2037, dans 20 ans?

La densification des milieux centraux initiée lors des fusions exigera une politique renouvelée respectueuse des besoins des familles afin de ralentir leur déplacement vers de nouvelles banlieues plus éloignées (Lac-Beauport, Beaupré, Valcartier). À ces familles s'ajouteront probablement les propriétaires déçus par l'expérience du condo. La maison type répondra alors aux besoins humains d'identification et d'appropriation, puisque la densification, la cohabitation et la réglementation auront négligé ces aspects. 

L'avenir appartiendra à la banlieue qui redonnera une certaine latitude aux propriétaires dans le choix de l'agencement des matériaux de leurs résidences. 

Découlant de cette densification, l'organisation des pièces est remise en question. Les séjours se localisent en cours arrière ou même à l'étage avec la cuisine et la salle à manger, afin de bénéficier davantage des vues, de l'ensoleillement et de l'horizon.

Cette même question m'a été posée il y a 20 ans et rien n'a changé. L'évolution de la résidence ne passe pas par le choix des matériaux et des technologies, volet qui évolue de lui-même et sans onde de choc. La résidence de 2037 exigera une réflexion majeure quant à l'urbanisme : conscience comportementale, réglementation, transport en commun, etc.

Qui eut cru que la réglementation exigerait que la porte d'entrée principale soit en façade sur rue? Que cette façade soit parallèle à la rue? Qu'elle soit composée de 30 % de maçonnerie et de 10 % de revêtement léger au minimum? Que les plans d'une résidence privée seraient soumis à l'approbation esthétique d'un comité de quartier? Que la distance entre une porte d'entrée et celle du garage devrait être de trois mètres au minimum?

Si nous voulons que l'habitation évolue au même rythme que les changements de société, actualiser la réglementation urbaine est incontournable et doit permettre une certaine ouverture pour la réalisation de projets pilotes proposés par les acteurs du milieu.

3. Qu'adviendra-t-il de nos quartiers de bungalows?

La typologie s'inscrit dans la mémoire collective. Elle appartient au développement sociétal car elle caractérise un quartier (les logements en brique de Montcalm), une période (les bungalows d'après-guerre localisés dans les premières banlieues) ou un moment de notre histoire (les villas des grands domaines de Sillery). Celle que l'on souhaite préserver ou respecter a probablement été soumise à l'acceptabilité sociale.

Imaginez la réaction des résidents de Montcalm qui ont vécu le découpage de leurs grands domaines et l'envahissement par les premières habitations de moyenne densité, en maçonnerie, avec balcons en façade. Or, aujourd'hui, on exige de protéger cette typologie.

Le bungalow représente le scénario type de l'acceptabilité sociale. Il fut dénoncé, accepté et sera probablement reconnu et protégé comme une empreinte du développement urbain. Le bungalow offre une opportunité exemplaire d'actualisation car les terrains sont grands, la hauteur de la résidence est d'un étage et sa rue d'implantation est très large. 

L'École d'architecture de l'Université Laval analyse des scénarios pour les requalifier depuis plus de 20 ans. Toutefois, la réglementation est lente à s'arrimer à ce potentiel de requalification des bungalows en maisons bigénérationnelles ou en copropriétés, avec cour latérale et limite zéro d'un côté ou construction dans la cour arrière.

Pour que l'habitation évolue, une réflexion sur les... (Fournie par Suzanne Bergeron) - image 4.0

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Pour que l'habitation évolue, une réflexion sur les façons de faire actuelles s'impose, selon l'architecte qui pointe de nouvelles avenues, comme cette cour latérale limite zéro avec implantation en «L».

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4. Que pensez-vous de la mode des mini-maisons?

C'est justement une mode. Pour qui? Pourquoi? Où? Je distinguerais trois types de mini-maisons.

Les mini-maisons de ville. Je suis assurée qu'il y a une demande pour elles. Mais elles devraient satisfaire les besoins d'une première famille (deux chambres, deux niveaux, un vestibule, partage des espaces extérieurs privés et publics). Elles exigeraient donc une surface minimale, un profil de clientèle bien dosé et surtout une réglementation adaptée.

La mini-maison secondaire. Elle ne peut être présentée comme le fruit d'une réflexion responsable, car elle est souvent la deuxième maison. Elle est cute, mais probablement construite sans permis, puisque les hauteurs des pièces sont non conformes et les échelles remplacent les escaliers. Mais le vrai problème, c'est justement que la réglementation n'est pas nuancée, que vous soyez sur le bord d'un lac ou en ville.

La mini-maison sur roues. On l'appelait roulotte, plus petite et adaptée aux nomades. Elle a ceci d'intéressant, elle a sa propre réglementation en construction et elle permet l'audace. Ce que je retiens de cet intérêt, c'est que les gens ont des maisons de ville traditionnelles pour une revente facile et laissent aller leur folie dans les mini-maisons.

En conclusion, peut-être qu'il y a une clientèle pour des maisons empreintes de folie, même en ville!

5. Qu'est-ce qui vous vient à l'esprit quand vous pensez au projet de tour Le Phare? Quelle serait, selon vous, la limite optimale de hauteur pour permettre la densification à Québec et pourquoi?

Étant membre de la Commission d'urbanisme et de conservation de la Ville de Québec, je ne peux répondre à cette question. Mais voici quelques pistes de réflexion.

Lorsque les décideurs souhaitent construire un bâtiment emblématique, qui sous-entend un projet unique, la suite des décisions concernant le développement urbain exige une cohérence. Comme le courage de limiter la hauteur du bâti des îlots adjacents au-delà des «il l'a fait, je peux le faire...».

Les réalisations emblématiques ne peuvent se multiplier et, à la limite, ne se commandent pas. Elles sont le résultat de l'appropriation citoyenne, ce qui ne les exempte pas d'une période d'acceptabilité sociale.

Le Château Frontenac est devenu l'emblème de la ville de Québec autant pour les citoyens que pour les touristes. Le temps a contribué à cette reconnaissance dans le plus grand respect de son unicité. Imaginez une tour à côté du Château Frontenac à l'intérieur des murs du Vieux-Québec...

Il en est de même pour la tour Eiffel de Paris, le Word Trade Center de New York, l'Opéra de Sydney et la salle Harpa en Islande.

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